Sadok Chaabane, toujours épris des « Leçons de la politique »
On attendait ses mémoires, il les fait devancer par une série de réflexions. Dans un nouveau livre intitulé « Leçons de la politique », Sadok Chaabane, professeur universitaire, ancien ministre de la Justice, et de l’Enseignement supérieur et conseiller politique du président Ben Ali, revient sur des enseignements qu’il tire de la politique, dans ses concepts et ses pratiques. S’appuyant sur une relecture sans cesse approfondie d’Al Moqaddima d’Ibn Khaldoun et du Prince, de Machiavel, il s’emploie à identifier des lignes directrices qui continuent à peser de leur poids, en Tunisie, mais aussi dans d’autres pays de la région.
Sadok Chaabane reprend dans ce livre une série de posts qu’il avait publiés sur sa page Facebook, en les enrichissant cependant en deux dimensions. D’abord en tenant compte des commentaires reçus, et ensuite, en les soumettant à un dialogue avec l’Intelligence Artificielle. L’interaction avec l’IA lui a porté contradiction, et apporté de nouvelles références de livres et de documents. Doté d’une vaste culture, l’auteur y a prêté attention pour synthétiser certaines pensées et les mentionner en soutien à ses thèses.
Evoquant les prérequis pour la réussite de la démocratie, Sadok Chaabane a mentionné le déploiement à large échelle de l’instruction publique, un niveau de revenu élevé, un élargissement de la classe moyenne, un niveau minimum de cohésion sociale, l’émancipation de la femme, l’encouragement de l’initiative privé et de l’économie libre et l’émergence d’une société civile active.
Rappelant les élections législatives et présidentielles de 1989 en Tunisie, il a souligné qu’elles devaient essayer d’introduire du sang neuf et de marquer une ouverture du régime, sans cependant y parvenir. Le concept était que le pluripartisme renforce le parti au pouvoir en l’incitant à se regénérer et compter sur lui-même, tout en permettant à l’opposition participer à la vie politique et de combler son grand vide. Il explique pourquoi cette expérience n’a pas abouti au succès escompté.
Sadok Chaabane mentionne également la grande consultation menée auprès des jeunes en 2008 pour sonder leurs préoccupations et aspirations. Ses résultats qui étaient très clairs et édifiants, ont été au départ accueillis avec attention par Ben Ali. Mais, ils seront balayés par certains de ses conseillers. Cette même écoute auprès du chef de l’Etat sera finalement contrée par un barrage de ses proches.
En 25 textes courts et denses, l’auteur partage une lecture quasiment en direct des grandes questions qui se posent à la Tunisie dans sa transition. S’il n’apporte pas des réponses catégoriques, Sadok Chaabane, propose, avec le recul qu’il a pris par rapport à l’action politique, des éclairages utiles. Le style est agréable, la pensée est bien structurée.
Leçons de la politique
de Sadok Chaabane
Editions Nirvana, 2026, 216 pages, 30 DT