Blogs - 15.09.2010

Quand la surmédiatisation aboutit à "la banalisation du mal"

Terry Jones chef de la mal nommée église de la colombe fait des émules. Même s'il n'a pas osé mettre à exécution sa menace de brûler des exemplaires du Coran (en avait-il  vraiment l'intention ?), ce pasteur a réussi à faire parler de lui pendant quelques mois, réussissant à mettre en émoi le monde entier qui a vécu pendant quelque temps dans la hantise d'un "choc des civilisations". Les 150 interviews qu'il a accordées aux médias et les dizaines d'heures d'antenne qui lui ont été consacrées ont fini par laisser des traces: une secte anglicane menace de brûler des exemplaires... de l'évangile pour protester contre la visite à Londres du pape Benoit XVI, accusé d'avoir réagi mollement aux cas de pédophilie dont s'étaient rendus coupables des évêques anglais. Rien qu'en en agitant la menace, Terry Jones avait réussi à remettre au goût du jour, et à banaliser (on n'a jamais autant entendu parler de brûler des livres) des pratiques qui nous renvoient aux heures les plus sombres de l'histoire de l'Humanité.

Dans cette société du spectacle où nous vivons, le moindre évènement peut avoir un retentissement mondial et son auteur passer en quelques jours de l'anonymat à la postérité. Il suffit de choisir une idée originale, le moment opportun...et d'avoir un peu de culot. C'est le cas de cet obscur chef de secte comme il en existe des centaines aux Etats Unis qui végétait au fin fond de la Floride...et avant lui, celui de ce journaliste irakien, Montadhar Zaïdi qui avait  osé l'impensable il y a quelques années en lançant une vieille chaussure sur l'ex président américain Bush en visite à Baghdad. Lui aussi est passé en boucle sur toutes les télévisions du monde et lui aussi a fait des émules. L'ancien ministre britannique, Tony Blair en a fait les frais, dernièrement, lors d'une séance de dédicace de ses mémoires à Dublin...

Il est probable qu'il ne serait venu à l'idée de personne de brûler des livres saints ou de lancer des chaussures sur un homme politique (fût-il George Bush) s'il n'y avait pas eu Terry Jones ou Montadhar Zaïdi et tout ce tapage fait autour d'eux. Heureusement, et mis à part un bimoteur qui s'est écrasé il y a quelques années sur un immeuble dans une ville italienne, personne n'a tenté jusqu'à présent de suivre l'exemple des auteurs de l'attentat contre le World Trade Center. Mais ce qui est sûr, c'est que les Terry Jones, nous en aurons dans les années à venir.  Car le mimétisme est le corollaire de la surmédiatisation ; et au train où vont les choses, c'est un phénomène  dont on a tout lieu de penser qu'il est irréversible. Il semble même que nous soyons au tout début d'un processus qui fera ressembler le monde de plus en plus à l'univers de George Orwell avec ces centaines de caméras installées à tous les coins de rues pour capter vos  faits et gestes (officiellement pour vous protéger et non pour vous espionner) et ces satellites, tels des big brothers tournant au dessus de nos têtes, à l'affût du moindre évènement ,y compris les gestes les plus farfelus pour les répercuter dans la planète entière C'est bien connu, on n'arrête pas le progrès. Tout au plus, devons-nous y mettre des garde-fous pour en limiter les dérives. Faut de quoi, on risque de banaliser ces actes et de donner des idées à des exaltés ou tout simplement à des personnes en mal de publicité. Avec le pasteur de Floride, on a frôlé la catastrophe. On aura peut-être moins de chance, la prochaine fois.

                                                                                                                                                                       Hédi Béhi