News - 27.04.2019

Mohamed Adel Chehida: Tragédies annoncées de la femme ouvrière agricole

Mohamed Adel Chehida: Tragédies annoncées de la femme ouvrière agricole

Un été mon épouse et moi avions invitée une collègue à visiter notre beau pays. Elle était férue d’archéologie. Nous lui avions fait visiter Douga, Sbeitla, Makthar, Bulla Regia…un soir à Hammamet n’en pouvant plus, elle m’a regardé avec gène et elle m’a dit, nous avons fait des centaines de kilomètres, traversé bien des champs et des villages, et à chaque fois c’est le même spectacle, les cafés sont pleins à craquer d’hommes et les femmes pliées en deux dans les champs, peux-tu m’expliquer ce qui se passe ? Je n’ai pas su répondre !

Des femmes meurent en silence à Ragada, Sabala, Zaghouan, Bouargoub, Sidi Bouzid, la liste est longue. Nous écoutons les infos, nous surfons sur FB indifférents comme si c’était une fatalité.

Ce drame nous rappelle celui des 14 nouveaux nés morts faute de négligences et non application de normes.
Nous continuons à vivre de loin les tragédies des travailleuses agricoles tunisiennes transportées quotidiennement par des exploitants de façon indigne de la personne humaine. Entassées derrière dans des camionnettes ou sur des camions, dont les côtes surélevées on leur demande de rester accroupies pour ne pas glisser et dans les plaines on les cache pour éviter les contrôles de police ou de la garde nationale quand ils ne sont pas complices.

Voilà que le drame continue, des corps des femmes décédées ou blessées éparpillés sur les routes goudronnées ou non. Hier 12 décès à Sidi Bouzid ,7 femmes et 21 blessées. Ces femmes ouvrières, mères de familles souvent exploitées, travaillant dans le secteur agricole à bas prix, faisant une double fonction mère de famille et de principale source d’argent avec un salaire journalier misérable sont dignes et respectables. Souvent les travaux qu’elles font, sont durs, elles doivent commencer le matin très tôt.
Quant aux promesses de couverture sociale et de majoration de salaire promises, elles les font à peine sourire, tant elles sont ridicules. La femme, comme d’autres sujets dits « porteurs » médiatiquement sont exploités jusqu’à l’usure. C’est le règne des slogans et des promesses. 

Le 8 mars dernier, un conseil des ministres présidé par Mr Youssef Chahed a promis de mesures spéciales pour permettre aux transports publics d’avoir accès à des parcours agricoles et autres. Un autre a promis la couverture sociale à des centaines de milliers d’ouvrières agricoles sans préciser d’où proviendra le financement de ces mesures. En attendant l’application de ces promesses pré électorales, une application rigoureuse et ferme de la loi par nos agents de police et de la garde nationale aurait pu sauver plusieurs vies. A titre de rappel une camionnette type Isuzu ne peut transporter que trois personnes autrement l’assurance ne couvre pas…

Plus choquant la déclaration d’abord d’une de nos ex secrétaires d’Etat qui publie sur son mur FB une explication de la tragédie, pour elle il s’agit d’une fatalité, pire encore elle évoque la question de cout et productivité, certain agissements « inacceptables » deviendraient acceptables pour elle. Le nombre élevé de « morts sur les lieux de travail » serait nécessaire à la survie de notre système agricole !!! Culotée comme approche. Je n’arriverai jamais à digérer cette façon de raisonner. Et puis cette déclaration de Mme la ministre de la femme, de l’enfance Naziha Labidi ce samdi sur les ondes de radio Express Fm où elle accuse le conducteur de la voiture et annonce que depuis septembre 2018 il y a déjà une circulaire mais malheureusement elle n’est pas été appliquée. Ces déclarations d’un haut responsable de l’Etat sont inadmissibles. Pourtant Mme Neila Chaabene ancienne secrétaire d’État à la femme de 2014 à 2015 s’était sérieusement penchée sur ce sujet, des mesures avaient été adoptées en conseil des minsitres…Mais depuis il y a eu le fameux GUN, le consensus et la fameuse politique de stabilité qui nous ont mené là où nous sommes.

Alors qu’onne  vienne pas se gargariser de mots pompeux et de discours creux le soir à la télévision, la réalité quotidienne est sombre. On ne peut plus se cacher derrière des excuses ou on assume totalement la responsabilité ou on laisse la place à d’autres. Nous avons assez entendu c’est de la faute des autres. En politique seuls les résultats comptent et malheureusement après plus de quatre ans et demi d’exercice ils se font encore attendre.

Mohamed Adel Chehida