News - 18.03.2015

Mustapha Tlili : L’attaque au Bardo est une opération politique qui vise l’Etat tunisien et la démocratie naissante

Mustapha Tlili

« C’est l’horreur, calculée, planifiée, une opération politique qui, au-delà du terrorisme, est destinée à abattre l’Etat tunisien et saper la démocratie naissante tunisienne ! ». C’est ce que déclare à Leaders, depuis New York, le chercheur Mustapha Tlili, fondateur et directeur du Centre de NYU pour les dialogues : le monde islamique - les Etats-Unis - l'Occident. « La gravité est énorme, ajoute-t-il. Elle requiert une réponse à la hauteur des évènements, une grande réponse politique. Il s’agit, d’abord, de renforcer et moderniser l’outil sécuritaire, sans pour autant verser dans le vice contraire, c’est-à-dire, renoncer aux principes démocratiques. Il faudrait montrer que le terrorisme, dans son but politique, a échoué ».

 

Tlili en appelle à la cohésion de toutes la classe politique « à condition, précise-t-il, qu’il n’y ait aucune nuance dans le rejet ferme et total du terrorisme islamique ou autre ». « Il faut l’exprimer clairement, souligne-t-il, sans le moindre vague, comme on l’a observé durant ces quatre dernières années ». Gardant espoir, il ajoute : « Oui, nous pleurons les morts, nous pleurons les invités de la Tunisie, c’est la tragédie, mais, au bout du tunnel, il y a la lumière : c’est la démocratie tunisienne ! »

« Donner à la Tunisie les renseignements, les technologies et les équipements dont elle a besoin »

Que faudrait-il faire ? « Créer un service de renseignement moderne et efficace qui s’emploie à infiltrer ces groupes terroristes et y aller jusqu’au bout, comme le font les pays modernes », préconise Mustapha Tlili.

 

Que doit faire la communauté internationale ? « Commençons d’abord par les amis de la Tunisie, et à leur tête, les Etats-Unis, dit-il. Il faudrait en appeler au président Obama qui venait juste d’affirmer le soutien des Etats-Unis dans sa stratégie de sécurité nationale et lui dire que c’est le moment, aujourd’hui plus que jamais, que ce soutien est le plus précieux pour le pays. Il s’agit d’abord de faire bénéficier la Tunisie d’échange d’informations sur le terrorisme et nous savons tous combien les capacités américaines sont énormes dans ce domaine ».

« Si la Tunisie échoue, c’est tout l’Occident qui échoue »

« Le deuxième volet, poursuit Tlili, est de renforcer la coopération sécuritaire. Il faut donner, et non pas vendre, à la Tunisie les moyens qu’elle n’a pas, c'est-à-dire les technologies et les équipements. Si la Tunisie échoue dans sa lutte contre le terrorisme et son expérience démocratique, c’est tout l’Occident qui échoue ».

« Il n’y a pas d’état d’âme aujourd’hui, affirme Mustapha Tlili. La même lutte, issue de la même tragédie en France qui, il y a deux mois a décimé la rédaction de Charlie Hebdo, doit susciter la même solidarité. Cette même fraternité doit s’exprimer pour honorer concrètement la mémoire de toutes les victimes du Bardo ».

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