News - 11.03.2015

Les salafistes jihadistes tunisiens : « Sous la bannière du vautour », un livre instructif

Les salafistes jihadistes tunisiens : « Sous la bannière du vautour », un livre instructif

Le phénomène du salafisme jihadiste tunisien, ses origines fondatrices, son organisation et son prosélytismeont été jusque-là, sous analysés. Hédi Yahmed, journaliste d’investigation nous apporte un complément d’information et d’analyse bien instructif. Dans un livre intitulé « Sous la bannière du vautour » qui vient de paraître aux Editions Diwan, il nous livre les résultats de longues enquêtes sur le terrain, interviews avec des acteurs significatifs à commencer par Abou Yadh, Seifallah Ben Hassine (en 2011) et Abou Ayoub, Slim El Kanteri, portraits d’icônes, comme Al Khatib A Idrissi ou Omar Chalendi, témoignages et synthèses de documents essentiels.

On remonte avec l’auteur aux origines de l’endoctrinement salafiste de ces jeunes qui iront combattre en Afghanistan, se réunissent dans cette maison d’hôtes réservée aux Tunisiens à Jalelabad, et décident de se constituer en groupe combattant appartenant à Al Qaida. On les suivra en Bosnie Herzégovine, Tchétchénie, Irak, Somalie et autres fronts, jusqu’à la fameuse opération de la Ghriba à Djerba et celle de Soliman. Puis on le retrouvera en prison en Tunisie qui sera un véritable couvoir, à Guantanamo, en Europe... 

Hédi Yahmed revient longuement sur cette journée du 21 mai 2011 qui a marqué la première sortie publique du salafisme jihadiste tunisien, devant 800 personnes massées dans une place publique à la Soukra. C’était trois jours seulement après l’affrontement meurtrier de Rouhia le 18 mai 2011 et quelques semaines avant le premier congrès, tenu en juillet de la même année, toujours à la Soukra. Il s’arrêtera aussi sur le deuxième congrès, organisé, une année après, le 20 mai 2012 à Kairouan, beaucoup plus massif et spectaculaire.

Véritable mine d’informations puisées à de bonnes sources et bien recoupées, le livre de Yahmed remplit nombre de cases vides pour ceux qui suivent de près le dossier et y initie les profanes. Ni essai analytique, ni investigation journalistique, et encore moins une thèse académique comme s’en défend modestement l’auteur, c’est tout en un, sobrement et sans prétention ou simple allèchement commercial. S’il n’offre pas de grandes révélations fracassantes, son mérite est reconstituer évènements et positions, dresser des portraits et raconter des parcours. Il offre ainsi un large panorama d’un phénomène encore opaque, complexe et compliqué. Autant de pistes à creuser davantage, autant de clefs pour ouvrir d’autres portes.

Journaliste, Hédi Yahmed est rédacteur-en-chef du journal en ligne Hakaek (www.hakaekonline.com). Lauréat de plusieurs prix journalistiques, il s’était distingué notamment par un grand reportage sur le couloir de la mort où sont détenus les condamnés à mort.