News - 07.08.2015

La Galite: le point le plus septentrional d'Afrique

La Galite: le point  le plus septentrional d’Afrique

L’archipel de la Galite est connu pour ses plages de galets, ces grands cailloux arrondis par l’effet de l’érosion et les agitations des vagues. S’étendant sur 808 ha, l’archipel est situé à 62 km de Tabarka et à 44 km de Sidi Mechreg, le cap le plus proche.

Ce point de la Tunisie le plus septentrional d’Afrique, cette terre en forme de bouchon qui flotte sur l’eau et qui nous appartient est perdu entre ciel et mer.

Le Galion, qui abrite un phare de 14 m de hauteur, et la Fouchelle, sont les deux îles à l’Ouest principalement d’origine volcanique, surtout basaltique, qui forment avec la Sicile et la Sardaigne une chaîne nord-sud du bassin méditerranéen.

A l’Est, les îles des Chiens. Il semble que les premiers pêcheurs y avaient rencontré le phoque moine (disparu depuis 1974 aussi bien de la Galite que de Zembra. Seuls quelques phoques égarés font de rares apparitions entre les îles) qu’ils avaient pris pour un chien du fait de la ressemblance de la tête du phoque avec celle du chien, d’où le nom d’îles des Chiens. Ces 3 îlots sont aussi appelés le coq, la poule et le poussin, et les Galitois, en majorité d’origine italienne, les appelaient Gallo, Gallina et Pollastro.

Cette réserve naturelle de biologie marine, ce laboratoire à ciel ouvert, renferme plus de 300 espèces végétales alors que l’archipel est couvert seulement de maquis à l’exception de nouvelles plantations de pin d’Alep entourant le grand plateau et sur les versants des collines. Cela s’est fait sur le seul train cultivable qui s’en est trouvé réduit à 9 ha contre 40 précédemment. La bonne terre et l’abondance des pluies ont favorisé la réussite de cette nouvelle forêt artificielle qui ne date que de 18 ans à tel point qu’elle était devenue impénétrable.

Parmi les espèces marines rares, existent l’algue brune et l’algue rouge et de vastes prairies de Posidonie. La faune de la Galite est caractérisée par son affinité paléarctique avec quelques espèces endémiques relevées par les chercheurs et les scientifiques. Les dernières missions ont été encadrées par le Professeur Saïd Nouira. La présence de deux reptiles sur la grande île et un scorpion sur le Galiton qui ne se trouvent nulle part ailleurs que sur cet archipel a été enregistrée.

Quant à  l’avifaune, comme à Zembra, deux oiseaux marins sédentaires ont élu domicile sur ces deux îles pour  se reproduire, le cormoran huppé et le goéland d’audouin au bec rouge vif.

Comme Zembra qui a son oiseau emblématique, le puffin cendré, la Galite a  son emblème : le faucon d’Eléonore,  «borni jalta» ce rapace élégant aux ailes étroites avec une ouverture des ailes de 100 cm et une longue queue est très rapide et merveilleusement agile lorsqu’il chasse même sur la surface de l’eau avec un vif battement des ailes et des crochés foudroyants.

Deux formes distinctes à raison de 3 individus de couleur ou phase pâle pour une phase sombre ou foncée.
Voilà ce qui est étonnant : le printemps est la saison des amours et de la reproduction pour la grande majorité animale, sauf notre faucon d’Eléonore qui couve ses œufs à la fin de juillet et début août et commence à nourrir ses oisillons 18 jours après, un choix étudié pour avoir de l’abondance des proies constituées par le flot des migrateurs de l’automne, principalement des passereaux, en route de l’Europe vers l’Afrique.

En effet, généralement les oiseaux qui planent, comme les cigognes, les grues et les rapaces, choisissent des couloirs migratoires comme le détroit de Gibraltar entre le Maroc et l’Espagne ou le Cap Bon entre la Tunisie et la Sicile, mais les passereaux traversent la Méditerranée d’un bout à l’autre sans suivre ces couloirs migratoires à force de battement des ailes.

Arrivés épuisés du voyage, les passereaux cherchent à gagner la terre ferme pour se reposer. Mais seuls ceux qui arrivent la nuit bénéficient de ce repos, les autres  seront chassés à plusieurs centaines de mètres avant même d’atteindre l’île par les 120 couples de faucons d’Eléonore pour se nourrir et faire nourrir leurs petits qui sont entre deux à quatre par nid et qui ont besoin de viande fraîche pour grandir et quitter la dépendance familiale.

Le faucon d’Eléonore prévoit le mauvais temps du fait qu’on trouve à côté des nids des oiseaux chassés et mis près du nid «un garde à manger pour les périodes difficiles» et souvent le lendemain un vent souffle ou une tempête éclate.

L’étonnement ne s’arrête pas là. A la mi-octobre, les parents quittent l’île pour se rendre, tenez-vous bien, à Madagascar, en traversant le détroit du Mozambique. Les jeunes de l’année, abandonnés à leur sort sur la Galite, se comportent comme des adultes pour chasser et se nourrir, avant de quitter eux aussi l’île après quatre semaines, pour se rendre où ? … Bien sûr à Madagascar, sans aide ni guide !

A Madagascar, les deux populations, jeunes et vieilles, vivent en solitaires et se convertissent en insectivores en attendant le retour dans six mois pour se reproduire sur la Galite. Des civilisations se sont succédé sur la Galite y laissant des traces. Les corsaires l’ont choisie pour s’approvisionner en eau, se réfugier et cacher leur butin, jusqu’à l’occupation française lorsqu’ils se sont convertis dans le trafic des armes. Quelques-uns ont choisi la résistance dans les années 50  contre l’occupation française. Parallèlement, des bateaux de pêcheurs italiens y accostaient régulièrement pour pêcher le corail et les langoustes. Certains ont fini par s’installer sur l’archipel.

Ainsi, des insulaires d’origine italienne venus de Ponza, l’île en face de Naples, composés essentiellement des familles Vitiello, Mazella et D’Arco, ont occupé l’île où ils ont développé des activités agricoles terrestres et marines. Les précipitations d’une moyenne de 1 000 mm par an étaient favorables aux plantations d’arbres fruitiers, des vergers, un vignoble, des framboises, du blé, de l’orge, des fèves et l’élevage des chèvres, une production bien suffisante pour l’autoconsommation et pour échanger avec la population du continent.

Le choix de la diversification des variétés des arbres fruitiers est d’une intelligence de durabilité au point que des figuiers portent des fruits à partir du mois de juin et d’autres jusqu’au mois d’octobre. Pour les fruits, ils les consomment, les font sécher sur les terrasses et en préparent des conserves et de la confiture.

Il y a quelques mois, j’ai fait la connaissance d’un Galitois qui a quitté l’île à  vingt ans. Actuellement, chanteur à Paris, connu sous le pseudonyme de Pierre de la Galite, il parlait  de son île avec beaucoup de nostalgie, des 150 habitants de l’île, de l’unique classe de 30 élèves, du curé, de l’infirmier, du maître d’école, du gendarme et de l’épicier H’cen, le deuxième Arabe à la Galite marié avec sa cousine, et de Mohamed le pêcheur bizertin, âgé, aujourd’hui, de 92 ans. Le courrier était acheminé de et vers Bizerte par les marins. Les habitants recevaient les lettres, les colis et les biens qu’ils commandaient par correspondances de la France du  magasin Mani.

Par mauvais temps, les hydravions évacuaient les urgences vers Tabarka ou Bizerte et faisaient parachuter des vivres pour les habitants. Son père était menuisier. Il construisait les barques tout à la main et tous les travaux  en bois, y compris les cercueils. En hiver, les hommes qui ne pouvaient pas prendre la mer à cause des tempêtes très fréquentes faisaient de  la taille de granit pour la construction des maisons et pour les trottoirs de  Bizerte et à Tunis.  Le seul endroit en Tunisie où existait le granit était  la Galite. La statuette de Bacchus, le roi du vin, découverte à la Galite est conservée au musée du Bardo.

Pierre n’a pas oublié non plus l’homme avec qui il jouait à la «chkobba» et aux boules qui était surnommé par les habitants de l’île «Monsieur n’est-ce pas». C’était Bourguiba, qui avait passé 743 jours en exil sur la Galite.

Il se rappelait aussi son chien qui était devenu l’animal de compagnie de Bourguiba, peut- être qu’il était mieux nourri. Lorsque Bourguiba fut transféré en France,  le chien cessa de se nourrir et mourut quelques jours après. Un jour, Bourguiba, interrogé sur son animal préféré, répondit sans hésitation: «Le  chien de la Galite…».

L’Etat tunisien projette aujourd’hui de peupler l’archipel. Des projets sont en cours d’exécution. Seuls les insulaires  pourront s’adapter à une «isolation» de plusieurs mois. Dans les années 60, après l’indépendance, la population qui occupait la Galite et qui était toute d’origine insulaire a été rapatriée vers les villes européennes, laissant l’île à l’abandon. Les maisons ont été pillées, les portes et les fenêtres arrachées, les tombes saccagées.

En revanche, les chèvres et les brebis laissées sur place se sont adaptées  à la vie sauvage. Des visites non contrôlées ont accéléré l’appauvrissement des ressources naturelles et surtout marines par la pêche abusive à partir des côtes, sans respect des deux miles réglementaires où toute activité est interdite.

Comment contrôler l’île? Les militaires et la garde nationale sur l’île sont dépourvus d’embarcation et autres moyens pour contrôler et surveiller un site au relief aigu et difficile d’accès.
Je visite régulièrement l’île depuis 27 ans et  à chaque visite, je constate une dégradation de la situation.

Il est impératif que cette réserve naturelle marine soit préservée et que les plans d’action  soient revus pour sauver l’archipel.

Abdelmajid Dabbar

 

 

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