Opinions - 02.11.2013

C'est le moment d'oser abolir la peine de mort !

Le parti islamiste au pouvoir broie du noir. Il l'aura cherché ! Gagnant des élections après avoir merveilleusement manoeuvré pour, sinon satelliser des partis supposés de gauche, du moins s'assurer leur silence sur ses dérives au pouvoir, il a eu l'occasion de gouverner, et de mal gouverner. Avec le silence comlplice de ses partenaires, elles furent nombreuses ses violations des libertés publiques et de la neutralité nécessaire de l'État, des rouages de l'Administration ! Et comme tout excès entraîne un autre, on a eu fatalement ce à quoi on assiste aujourd'hui. Il faut dire aussi que la Tunisie ne pouvait échapper à l'ombre portée d'Égypte. Englué dans ses contradictions, le parti de cheikh Ghannouchi continue malgré tout à chercher à louvoyer. Il reste encore incapable de se déterminer pour sa conversion à la démocratie, nécessaire et inéluctable s'il veut vraiement survivre sur la scène politique, et ce quitte à éclater.

Car sa stature électorale ne fait plus illusion; il est bien le colosse aux pieds d'argile, même s'il lui arrivait d'en imposer à ses partenaires, trop pusillanimes de perdre le pouvoir, qui s'empressaient de plier à ses desiderata. Aujourd'hui, enfin, de sérieuses avancées s'ébauchent à l'Assemblée nationale constituante sur, par exemple, le caractère nécessairement civil de la Tunisie ou l'abandon définitif de cette honteuse arme de destruction massive de l'exclusion politique de l'adversaire que fut le projet d'immunisation de la Révolution. Aussi est-il temps que tous les démocrates dans ce pays manifestent enfin leur credo en osant déclarer hors-la-loi en Tunisie la peine de mort, cette survivance de l'antiquité politique, marque honnie de toute dictature. Il est temps que par un acte de courage et de lucidité, les démocrates véritables consacrent dans la constitution l'abolition de la peine de mort comme un éminent symbole de la modernité de l'État tunisien issu de la Révolution. Car la peine de mort constitue, assurément, un critère majeur indispensble du régime démocratique de nos jours. Ce sera la meilleure preuve qu'administreront les plus modérés du parti Nahdha de leur adhésion sans arrière-pensées à la démocratie et à l'esprit civil de l'État.

Et quel bel exemple ils donneront de courage et surtout de libération de leur conception surannée de la religion en permettant à la Tunisie d'être le premier pays arabe et musulman abolitionniste !

De surcroît, ils ne feront que se conformer aux visées véritables de notre religion et de son esprit authentique qui appelle explicitement à la levée de la peine de mort des mains des humains, privilégiant le pardon à l'exemple de Dieu clément et miséricordieux.

En islam, selon son esprit authentique, donner la mort est le privilège de Dieu, unique créateur et devant être seul à reprendre la vie qu'il donne à ses créatures.  Que Nahdha ose voter l'abolition de la peine de mort ! Alors et alors seulement, on commencera à donner crédit à sa profession de foi démocratique ! Ce serait aussi un magistral coup politique à réussir aux retombées incalculables, atténuant, sinon effaçant la noirceur actuelle.
Le parti de cheikh Ghannouchi m'entrendra-ti-l? Espérons-le au nom de la démocratie !

Farhat Othman
 

Tags : d   ghannouchi   islamiste   r   Tunisie