Opinions - 17.06.2013

Tunisie, Turquie, Iran dans la presse déchaînée: Informer ou désinformer ? That's the question!

La Tunisie, la Turquie et l’Iran sont  à la une des médias en ce mois de juin 2013. S’agissant de notre pays, les projecteurs étaient braqués sur la question des Femen et le projet de constitution évoqué du bout des lèvres.  Nulle  allusion aux magnifiques débats qu’animent nos intellectuels, notre syndicat et nos femmes et toute la société civile - du Kef à Tataouine et de Bizerte à Médenine- sur la liberté de conscience et d’opinion, la forme de gouvernement, la liberté de la presse ou le droit des enfants ! Non, Amina et les autres, c’est tellement plus aguichant…, même pour les organes les plus sérieux !

Pour la Turquie, on se serait cru à l’époque ottomane quand les diplomates occidentaux du XIXème siècle parlaient de « l’homme malade  de l’Europe ».

Le pire des traitements était réservé à l’Iran et à ses élections présidentielles. On parle de Mahmoud Ahmadinéjad - super méchant de service, comme on parlait du  Colonel Gamal Abdenasser en son temps. Droits de l’homme, bombe atomique, Israël…, tout est bon pour noircir l’image de ce pays. En somme, on cogne comme des sourds, toujours les mêmes têtes de Turcs, si l’on peut dire !

 Il est clair que, pour ces médias, l’Iran du temps du Chah, soumis au bon vouloir américain, était bien plus attrayant que celui d’aujourd’hui. Bien plus attrayant assurément quand la CIA a fomenté son coup d’Etat contre le gouvernement démocratique du Dr Mohamed Mossadegh - premier ministre de 1951 à 1953 - coupable d’avoir nationalisé le pétrole au profit du peuple iranien et non au bénéfice des actionnaires anglais et américains de l’Anglo-Iranian Cy ! Bien sûr, Ahmadinéjad est un horrible conservateur et un piètre diplomate, mais comment oublier que l’ancien premier ministre israélien Golda Meir - née Ukrainienne -  affirmait le 15 juin 1969, au Sunday Times de Londres,  qu’il n’y avait pas « une chose comme les Palestiniens » et que ceux-ci « n’existaient pas » ? Comment oublier que le guide spirituel de nombreux politiciens israéliens - y compris Netanyahou qui en reçut des amulettes pour assurer son succès aux élections - l’ancien grand rabbin sépharade Ovadia Yossèf - né à Basra, en Irak - qui compare les Palestiniens à des serpents, qui  a appelé à la mort de Mahmoud Abbas et qui a demandé aux Juifs, le 28 août 2012, de prier pour l’anéantissement de l’Iran ? « Le saint homme », sur les ondes de la BBC, le 10 avril 2001,  avait déjà demandé au Ciel, l’anéantissement des Arabes ! De Ben Gourion à Itzhak Shamir et d’Ehud Barak à Golda Meir, quel politicien sioniste n’a pas comparé les Arabes à des bêtes, à des insectes  ou n’a pas demandé leur éradication ? Du reste, d’après l’historien israélien Tom Segev : « Faire disparaître les Arabes demeure au cœur du rêve sioniste et était également une condition nécessaire à sa réalisation… A quelques exceptions près, aucun sioniste ne contesta l’intérêt du déplacement forcé ou sa moralité. » (Michel Bôle-Richard, »Israël, le nouvel apartheid », Editions LLL, Paris, 2013, p.62).

Se gausser des élections iraniennes permet à certains médias français de faire oublier que celles-ci n’existent même pas en Arabie Saoudite, un si bon client de l’industrie d’armement, ni à Qatar.

Taper sur l’Iran pour mieux cacher ce qui se passe à Jérusalem où les femmes qui veulent prier au Mur des Lamentations en viennent aux mains avec les ultra-orthodoxes que révulsent cette présence féminine dans un lieu à leurs yeux sacré (Chicago Tribune du 20 mai 2013). Taper sur l’Iran, exonère-t-il d’exposer les violents et âpres débats qui fracturent Israël aujourd’hui et menacent toute sa société et son gouvernement ? L’exemption du   service militaire des ultra-orthodoxes -qui ne travaillent pas pour la plupart et vivent aux crochets de l’Etat-  imposant leur mode de vie à des quartiers entiers ainsi que leur système éducatif d’un autre âge,  cristallise en effet la haine que leur porte le reste des Israéliens. 

Montrer les violences policières de la place Taksim à Istanbul dédouane-t-il de passer sous silence le rapport de Richard Falk sur la situation à Gaza et en Cisjordanie ?

Ce rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits humains - juriste et juif américain - a rappelé lundi 10 juin 2013 qu’Israël impose « une punition collective » au 1,75 million de Gazaouis dont la vie même est menacée par un embargo et un enfermement inhumains. Falk a aussi mis en lumière les faits de torture à l’encontre des prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes lors du débat au Conseil des Droits de l’Homme, débat dûment boycotté par Israël et son chaperon américain.

Les violences de la place Taksim servent-elles à passer sous silence la violence récurrente enracinée de la société israélienne, les attaques de plus en plus fréquentes et de plus en plus sanglantes des colons fanatisés contre les Palestiniens et la banalisation de l’usage des armes à feu comme dans ce carnage qui a fait, le 20 mai dernier, quatre morts dans une banque de Bir  Shéba dans le Néguev ?

Evoquer les menées atomiques iraniennes, dispense-t-il de rappeler la résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies de décembre 2012 demandant à Israël de signer le Traité de Non-Prolifération Nucléaire (TNP)? Résolution, soulignons-le, votée par 174 nations contre 6 à savoir : Israël, Etats Unis, Canada, Iles Marshall, Micronésie et Palau !

Pour percer le mystère de  cette permanente poudre aux yeux, de ces entorses à l’objectivité et au respect du lecteur, Régis Debray donne, à notre avis, la bonne réponse : « Le « devoir d’ingérence » est devenu l’eau de rose dont se parfume un empire d’Occident vieillissant. Il ne s’estime plus tenu de déclarer la guerre pour la faire et se moque du droit des gens en tant que de besoin, puisque son droit à lui vaut pour tous, la loi internationale ne valant pas pour lui. Tout allogène est un acolyte - ou un client - en puissance. » (« Eloge des  frontières », Gallimard, Paris, 2010, p. 75).

Quant à nous, nous ne pouvons oublier le drame de la Syrie- pays charcuté par les accords Sykes-Picot (1916) ourdis par  l’impérialisme franco-britannique.  Nul ne peut exprimer notre peine et notre désarroi face à la destruction de Damas, d’Alep, de Homs et de toute cette Syrie dont les hommes, le passé, la musique, les arts et  la gastronomie sont si chers au cœur de tous les  Arabes. Face à la division du monde arabe, face aux manœuvres internationales intéressées, égoïstes  et cupides, les milliers de victimes – dont ces trop nombreux enfants- de cet atroce conflit viennent nous rappeler que seules la démocratie et la condamnation de tous les absolutismes sont en mesure de redresser nos pays.

Adonis, ce grand poète libanais né en Syrie nous apprend cependant:
« L’obscurité naît agenouillée
La lumière naît debout. »
Puissent  la lumière et la paix envahir bientôt cette Syrie meurtrie.

Mohamed Larbi Bouguerra

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