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Opinions

Universités Libres: Science, sans bonne gouvernance, n’est que ruine…

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2010-02-08

Au-delà du retrait de l’autorisation  pour  une durée de 3 ans et de la nomination d’un Directeur-Administrateur spécialiste pour assurer la bonne marche des études au sein  de l’institution  afin de préserver les intérêts des étudiants, ce qui vient de se passer à « l’Université Libre de Tunis » pose la grande question du mode de gouvernance des universités privées. S’il est acquis que l’enseignement supérieur privé doit se développer en Tunisie et contribuer à l’œuvre universitaire, en bénéficiant du soutien public nécessaire, il demeure impératif d’en fixer les règles de bon fonctionnement, dans la garantie des principes de l’indépendance, de la transparence et du noble acquittement, rémunéré, de la mission d’intérêt général.

Il faut reconnaître que le législateur tunisien s’était évertué, tant à travers la loi du 25 juillet 2000 relative à l’enseignement supérieur privé, qu'à celle la modifiant le 4 août 2008, d’en dessiner les contours. Plus généralement, et de par la loi du 25 février 2008, relative à l’enseignement supérieur public, il a jeté les fondements organisationnels devant servir de matrice générale. Il n’en demeure pas moins que les institutions universitaires tunisiennes privées se trouvent aujourd’hui à la croisée des chemins, entre, d’une part, le règne de l’entreprise purement commerciale, cherchant une rentabilité à outrance, surtout avec le poids des charges et la rudesse de la concurrence, et, d’autre part, un juste équilibre entre retour raisonnable sur investissement et respect de la vocation éducative.

Le règne du marché et les étudiants en otages ?

Faut-il attendre, cependant, que les dépassements et les dérapages soient aussi flagrants et préjudiciables pour que les pouvoirs publiques interviennent comme ils viennent d’être obligés de le faire ? Est-il admissible aujourd’hui qu’étudiants et leurs familles (qui se saignent aux quatre veines pour payer leurs frais d’études parfois excessifs et toujours obérant pour les modestes budgets) soient pris en otage par un système d’enseignement non respectueux des normes pour ouvrir un vrai débat sur le fonctionnement de l’enseignement privé ? Sans parler du statut des enseignants du privé et de leurs rémunérations souvent minorées.

Dans le cas de « l’Université  Libre de Tunis », les dérapages étaient flagrants : L’ULT n’avait pas de directeur titulaire exerçant à plein temps, certaines filières académiques étaient proposées aux étudiants avant d’avoir été homologuées par l’administration de tutelle , la plupart des enseignants sont tout simplement des cadres « pigistes » prodiguant leurs services sans autorisation de leurs institutions d’origine, des diplômes étrangers non validés étaient offerts aux étudiants dans le cadre de l’enseignement à distance: tant d’irrégularités qui n’étaient pas sans mettre en péril la crédibilité de nos diplômes.

Si la libre entreprise est non seulement souhaitée, mais plus, encouragée, à s’investir dans le secteur et doit légitimement y trouver sa juste récompense financière, elle doit s’exercer dans les intérêts de la société et sur des bases aussi claires que solides, estiment étudiants, parents et enseignants.

Des enseignements utiles pour forger un modèle tunisien

Ce grand débat qui a traversé nombre de pays, ces dernières années, peut nous enrichir de ses enseignements, dans la sérénité de la réflexion, la pluralité des opinions et la souveraineté de nos choix. En France, le modèle en vigueur est en profonde mutation, multipliant dans l’autonomie, les structures de contrôle éthique, scientifique, financier et managérial. Aux Etats-Unis, et c’est ce qui fait le succès du système, groupes, mécènes et organisations confessionnelles, tiennent à « créer des corporations gérées par des « trustees» qui s’assurent que l’institution remplisse sa mission, qu’elle dispose des ressources dont elle a besoin et qu’elle entretienne sa réputation. » Harvard, Yale, Stanford, MIT, Cal Tech en offrent de bels exemples.

Au Canada, autonomie académique, mais transparence, instances opérantes et règles scrupuleusement contrôlées sont de mise. Jean-Marie Toulouse, président de HEC Montréal (et grand Ami de la Tunisie) avait élaboré à la tête d’un groupe de travail, il y a 3 ans, un excellent rapport sur la gouvernance des universités privées au Québec. Il y recommande notamment la constitution d’un conseil d’administration diversifié, représentatif et composé majoritairement de membres indépendants, la création de comités de vérification, de gouvernance et d'éthique et de ressources humaines ainsi que des mécanismes consensuels de contrôle, de nominations, de fixation des frais d’études et de systèmes de rémunérations.

Ne jamais renoncer à l’ambition tunisienne de pôle universitaire régional ?


Nous voilà bien loin de ce qui se passe dans certaines institutions en Tunisie. Pour ne prendre que le cas de l’ULT, l’examen de l’organigramme laisse pantois. Trois membres d’une même famille se partagent les fonctions essentielles, dans une concentration antinomique et guère saine, des pouvoirs. Si le Rectorat est confié, noblesse et marketing obligent, à un éminent ancien Doyen à la compétence reconnue, les postes de deux vice-recteurs et trois directeurs, sont assumés par un même couple et leurs enfants. Quant aux organes de bonne gouvernance, ils sont, tout simplement, inexistants, ne serait-ce que pour sauver les apparences. C'est à  croire  qu'on est dans «un kouttab sous toge». De quoi se résigner à la fatalité de renoncer à l’ambition de faire de la Tunisie, un pôle universitaire et scientifique, méditerranéen, arabe et africain, alors que tout y concourt.

S’il ne s’agit guère d’enfoncer le clou, dans une triste affaire dont les fauteurs, pour toute réponse, ruent aujourd’hui dans la victimisation politique, le débat gagne à s’ouvrir sur l’enseignement privé. Les frais d’études sont très souvent élevés, les enjeux si importants, et les espoirs placés si forts que la Tunisie ne saurait se permettre une nouvelle affaire comme celle de «l’Université Libre de Tunis». Doublement pénalisante, elle porte, en effet, atteinte d’abord à la qualité et à la crédibilité de nos diplômes et à la réputation du système éducatif et universitaire tunisien alors qu’il commence à drainer un nombre croissant d’étudiants étrangers, notamment francophones et d’Afrique subsaharienne. Mais, aussi, de par la récupération politicienne et de la médiatisation iniques, à l’image de marque du pays. Science, sans conscience, n’est que ruine de l’âme. Science sans bonne gouvernance, est un naufrage.




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Les Commentaires
canta kaimana     2010-03-11 16:39:40

JE VOUDRAI COMPRENDRE COMMENT CA FONCTIONNE.

Siw     2010-02-15 12:23:16

Je découvre pour la 1ère fois que Leaders n'est pas aussi libre qu'il ne veut le montrer. Mon commentaire a été plein de questionnements mais ne touchant à personne en particulier, pourquoi l'avoir accepté puis retiré ? Quand allons nous les tunisiens respecter réellement l'avis d'autrui ? Sinon le seul conseil que je donne pour que cette rubrique continue à être "crue par ses lecteurs" c'est d'y enlever la partie "commentaires" tout simplement. On lit (merci pour l'info qu'on ne trouve pas nécessairement autrement et aussi rapidement) et on se tait (pas la peine de mettre une rubrique "commentaire" où il n'y est permis que de "donner des fleurs"). Merci comme même (bien que je ne sais pas si ce commentaire restera ou sera enlevé comme le précédent). Siw

Rédaction     2010-02-11 07:45:17

Les faits sont sacrés et les opinions, libres. C’est au nom de cette pluralité d’expression, que nous avons publié cette tribune. Par respect et par conviction. Respect des idées, quel qu’en soit l’auteur, tant elles sont constructives. Conviction, car nous croyons en la bonne gouvernance. Pour revenir sur le fond, que pensez-vous de la gouvernance dans l’enseignement prive, notamment universitaire. Votre avis nous intéresse pour enrichir ce débat. Merci, par ailleurs pour l’attention que vous portez a Leaders et espérons mériter toujours votre confiance.

3am.ali     2010-02-10 12:51:11

Bonjour, Votre site nous a habitués à lire des articles très intéressants. Cet article, contrairement aux autres, manque un peu de rigueur journalistique, dommage.

ben hassine     2010-02-08 18:53:13

Les Etablissements d'Enseignement superieur appartenant au secteur privé sont exessivement libres dans notre pays. Il est nécessaire de renforcer les règles de leurs gestion, contröler les tarifs exorbitants qu'ils pratiquent, et surveiller de plus près les conditions de délivrance des diplomes.

                                             
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