Tunis - Londres : la Banque Centrale célèbre les Tunisiens de la City
2009-08-03
« Après l’admirable pont de Radès, la Tunisie vient de jeter un deuxième pont, non moins aussi utile, avec les Tunisiens qui opèrent dans le secteur financier à Londres ! » L’auteur de cette parabole est un jeune Tunisien talentueux, analyste financier de renom à la « City ». Invité, avec ses pairs, par le Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, M. Taoufik Baccar, pour une rencontre-débat, il a eu la surprise de trouver aussi, ce lundi 3 août en pleine trêve estivale, les hauts cadres de la BCT et les PDG des institutions financières et banques de Tunisie. Mais, surtout, une grande écoute, beaucoup d’attention et une réelle volonté de concertation et de création de liens.
D’emblée, le Gouverneur a planté le cadre et lancé le débat. « Oui, nous apprécions beaucoup ce que vous faites, vous félicitons de votre réussite et souhaitons vous écouter. Cinq grandes questions pour commencer, mais le débat reste ouvert ». Le passage à Bale 2, le développement des métiers bancaires avec notamment la promotion des banques d’affaires, de gestion de patrimoine et de fortunes, le port financier de Tunis, la politique monétaire et le ciblage de l’inflation, le placement des fonds et la gestion des réserves et le centre d’études financières et monétaires, récemment créé par la BCT… De vrai grands dossiers.
En introduction, Mme Roukaya Ben Youssef et MM. Badreddine Barkia, Mohamed Salah Souilem et Sami Mouley, feront l’état des lieux et présenteront les grandes perspectives. Dès lors, nous assisterons à un débat de très haut niveau qui retiendra l’attention de tous.
Noomane, Nabol, Hela et les autres
Ils s’appellent Noomane Fehri (Atos Origin UK), Nabil Mannai (Natexis), Fakher Ben Atig (BNP), Hela Damak (Société Générale), Ramz Hamzaoui (Medicapital Bank), Mehdi Majoul (Nomura), Slim Feriani (Progressive) et autres Sami Neffati, Mehdi Ayari. Tour à tour, ils prennent la parole pour poser des questions, s’interroger sur certaines options, formuler des propositions et surtout réitérer leur disposition à contribuer à l’effort national. D'autres, qui n'ont pas touché au micro, Firas Jabloun (Nomura), Meriem Smida (Actis), Afef Sellami (JP Morgan), Hichem Zbidi (Lexicon Partners) et Sami Zeghal,les rejoignent avec grand intérêt. L’initiative du Gouverneur de la BCT les a enchantés et leur permet de se connecter désormais en direct sur le marché financier tunisien. La présence des PDG de banques, du Président du CMF et du Directeur général de la Bourse de Tunis, scelle une symbolique forte, et jette des ponts fort utiles, de part et d’autres.
Ciblage de l’inflation ou ciblage de la croissance, comment améliorer le niveau des marges, quelles mesures prendre pour renforcer la compétitivité des produits et systèmes financiers tunisiens face à l’internationalisation et notamment l’implantation du Port Financier de Tunis. Comment réduire la dimension purement immobilière de ce genre de projets pour renforcer leur impact sur le développement économique du pays et la professionnalisation de ses compétences ? Bref et d’autres questions aussi pertinentes les unes que les autres.
Un taux d'ouverture de 120%
Dans ce débat auquel il a été de toute écoute, le Gouverneur n’a pas cherché à répondre systématiquement, préférant permettre à chacun de laisser libre cours à ses points de vue et s’enrichir de leurs pratiques quotidiennes des marchés internationaux. En clôture, il a cependant rappelé les choix fondamentaux judicieusement pris par la Tunisie, qu’il s’agisse de la gestion de la crise que du renforcement structurel et de la stabilisation monétaire. « Nous avançons, a-t-il souligné, au rythme le plus avantageux et le plus approprié, loin de toute improvisation et sans pression. Par le ciblage de l’inflation, nous exerçons une maîtrise de l’inflation, à travers notamment la maîtrise des prix, ce qui est déterminant dans un pays ouvert qui d’ailleurs affiche un taux d’ouverture de 120%. Nous sommes d’ailleurs amenés, face au différentiel d’inflation avec nos partenaires, à adapter notre politique de change sans perdre l’essentiel. »
Abordant la double cotation (sociétés non-résidentes) et l’implantation du Port Financier, il a indiqué que le nouveau cadre législatifs récemment institué offre à la fois de bonnes garanties et d’importantes incitations afin de faire de la Tunisie une grande place financière internationale. Quant à la taille réduite des banques tunisiennes, le Gouverneur n’a pas caché que certaines fusions n’ont pas été faciles à réaliser, faisant allusion aux difficultés rencontrées dans certains cas comme la STB avec la BDET, la BNA avec la BNDA ce qui a exigé beaucoup d’effort pour les résorber. L’idée de fusionner des banques commerciales avec des banques d’investissement n’est pas nécessairement la meilleure, et en tous les cas, un travail d’assainissement et de préparation est indispensable.
Rendez-vous à Londres
Le plus important pour M. Taoufik Bacar, à travers cette rencontre, c’est effectivement d’établir le contact et d’ouvrir les opportunités de collaboration avec ces grandes expertises financières tunisiennes opérant à l’étranger. A cet effet, trois possibilités sont d’ores et déjà offertes : le centre d’études, les commissions techniques pour le passage à Bâle 2 et le jumelage avec la Commission européenne. A cela s’ajoute, des rencontres périodiques à Tunis, comme à Londres, des invitations à animer des formations en Tunisie et des contributions à des symposiums et rencontres spécialisées.
La rencontre a produit son effet magique sur tous les présents : networking, échange de cartes de visite, promesse de se rencontrer, approches d’affaires, etc. Dans cette imposante batisse qui abrite depuis 30 ans le siège de la BCT, quelque chose a changé aujourd’hui. Pour la première fois en 50 ans, des jeunes tunisiens parmi les plus brillants de leur génération et les plus talentueux, sont célébrés, écoutés et mis à contribution. Rien que ce nouvel élan suffit pour produire, avec le suivi nécessaire, ses précieux dividendes.

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