Slaheddine Tlatli, l'éducateur, le militant, le père exemplaire
2009-02-08
Dimanche 8 février 2009 marque le 40ème jour de la disparition de l’historien et géographe Slaheddine Tlatli, qui vient de nous quitter. Lui endre hommage constitue une marque de reconnaissance pour un grand patriote, un éducateur hors pair, un écrivain talentueux, un père attentionné, un homme de cœur qui avait bien mérité de sa patrie.
Né en 1916, le Pr Tlatli a grandi dans une famille d’enseignants. Il fit ses études primaires et secondaires au lycée Carnot avant d’aller à Montpellier puis à Paris pour faire une licence d’Histoire-Géographie. Un véritable défi que le jeune Slaheddine lançait au tristement célèbre résident général de l’époque, Peyrouton, qui, ayant appris les prétentions du Tunisien s’était juré « de ne jamais permettre à un indigène d’enseigner leur histoire à de petits français». Notre compatriote revint en 1938 avec un D.E.S de Géographie en poche. Son mémoire sur « Djerba et les Djerbiens» obtiendra la mention Très Bien. Une année plus tard,
En 1939, Il sera reçu à l’agrégation d’Histoire à Paris et publiera, la même année, dans « la revue de politique étrangère », une étude sur les Italiens de Tunisie et les accords Laval – Mussolini.
Sa carrière, il l’entamera, d’abord, au collège Sadiki avant de rejoindre, en 1940, le lycée Carnot. Deux ans après, l’éminent professeur publiera son œuvre maîtresse, « Djerba et les Djerbiens », préfacée par Jean Despois, une étude à la fois historique et ethnologique.
La plume de la résistance
En pleine guerre, le Pr Tlatli entrait en politique comme on entrait en religion avec pour seule arme, sa plume, contribuant, ainsi, à la création des revues « Al Mabahith », «l’Afrique Littéraire», «Hikma», «Forges» (à Alger), « La Jeune Tunisie » (1947), « La Nation Tunisienne » (1949) et « Indépendance » en 1951. Il participa, en 1945, à la fondation du Syndicat de l’enseignement secondaire dont il fut le premier Secrétaire Général. En 1946, il rejoindra l’UGTT qui venait d’être créée par Ferhat Hached. En 1951, il entrera à la Commission exécutive du Destour dont il démissionnera, en 1956, au lendemain de l’indépendance. Néanmoins, il continuera à s’investir dans la vie politique, économique, culturelle et sociale de son pays. Son étude, «Tunisie Nouvelle: Problèmes et perspectives, bilan de la situation économique, politique, sociale et culturelle » constitue, jusqu’à nos jours, une référence obligée pour les chercheurs.
Ecrivain prolifique, il publiera en 1961 « Tunisie de toujours » et en 1967 « Djerba l’île des Lotophages ». La même année, il sera nommé à la tête de l’Institut National d’Archéologie et d’Art. Trois ans plus tard, il publiera «Cités antiques de Tunisie: Dougga, Thuburbo Majus, Mactar, El Djem, Gightis».
Il a fait connaître et aimer à plusieurs générations de Tunisiens et notamment celles d’avant l’indépendance qui en savaient beaucoup plus sur leurs « ancêtres les Gaulois » et le Bassin Armoricain que sur Carthage et la vallée de la Medjerda, l’Histoire et la Géographie de leur pays, tout en continuant à apprendre lui-même et de pousser son parcours universitaire encore plus. C’est ainsi qu’il soutenu son doctorat et l’obtint avec la mention très honorable à la Sorbonne en juin 1977, à l’âge de 61ans, en soutenant une thèse intitulée «Etude urbaine de la Carthage punique: la ville, ses fonctions, son rayonnement». Elle sera publiée et doublement préfacée par le Ministre de la culture de l’époque, Chédly Klibi et le professeur Gilbert Picard, grand spécialiste de la Carthage punique. En 1985, paraissait son dernier ouvrage, «Multiple Tunisie».
Slaheddine Tlatli, le père…
Historien, éducateur, militant, le Pr Tlatli était aussi aux petits soins avec ses enfants veillant, tout particulièrement, sur leur instruction et leur éducation.
Son fils, Sadok Tlatli a du mal à cacher son émotion en évoquant le souvenir de son père «qui nous a appris la tolérance, nous a inculqué l’amour de la patrie, la culture de l’effort, nous a fait bénéficier de sa culture encyclopédique.» Il n’était pas peu fier de la réussite de ses enfants qui ont tous eu un parcours universitaire et professionnel exemplaire. Sadok est médecin, le second, professeur de Géologie à Tunis, le troisième s’intéresse à l’agriculture. Une de ses sœurs est professeur de littérature à Princeton après l’avoir été à Berkeley, la deuxième est cinéaste. «Les conversations étaient toujours riches et intéressantes le soir avec notre père, se souvient Sadok, surtout qu’il avait gardé toute ses capacités intellectuelles jusqu’à sa mort.»
Hajer AJROUDI
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