S&P relègue la note de la Tunisie en catégorie spéculative
L'agence de notation Standard and Poor's a annoncé mercredi avoir abaissé de deux crans la note de la dette à long terme de la Tunisie à "BB", reléguant ainsi le pays dans la catégorie des emprunteurs spéculatifs, selon un communiqué de l’une des trois agences mondiales de notation.
La note est désormais assortie d'une perspective stable, ce qui signifie que l'agence ne compte pas la modifier pour l'heure. SP estime notamment « que le gouvernement de transition, en place depuis décembre 2011, n'est pas en mesure de redresser suffisamment l'économie. »
Le verdict est sans appel, la justification qui l’accompagne ne l’est pas moins. Cela n’empêche pas certains commentateurs tunisiens de relativiser la portée de cette double dégradation en affirmant que la dette privée ne représente que 30% du total de la dette extérieure tunisienne et qu’à ce titre, les effets de la dégradation seront limités.
Il est important de savoir, que hors situations de défaut, la grille des notations de Standard and Poors compte 18 niveaux, allant de la fameuse AAA (Première qualité) à CCC (Risque élevé, ultra spéculatif).
La Tunisie a perdu depuis le 14 janvier 2011, trois niveaux, passant de BBB (Qualité moyenne, Investment grade) à BB (Qualité spéculative, Non Investment Grade). Sur l’échelle SP, la Tunisie est aujourd’hui à la 12ème position sur 18.
Cela veut dire quoi ? Tout simplement, qu’il nous sera de plus en plus difficile de recourir aux marchés financiers internationaux et surtout qu’il nous en coûtera de plus en plus en plus cher, dans un contexte de tensions économiques et financières internationales et de contraction de la ressource.
Cela est d’autant plus handicapant que nos besoins en ressources extérieures explosent, passant cette année à quelques 6 milliards de dollars, contre une moyenne antérieure de 3 et que même les bailleurs de fonds multilatéraux qui ont des capacités limitées, assortissent leurs interventions de conditionnalités strictement politiques, liées à l’approfondissement du processus démocratique.
Une autre conséquence indirecte de cette dégradation sera l’irrémédiable contraction des investissements directs étrangers, qui assortiront leurs analyses de l’économie tunisienne de plus de risque, exigeant des retours sur investissements plus élevés encore.
L’aide des « pays frères et amis » ou la finance islamique nous ont souvent été présentées comme la solution à tous nos maux. Elles auraient exprimé une solidarité culturelle face à l’incompréhension technocratique des marchés. Les derniers mois nous ont déjà montré que la situation est plus compliquée, que les valeurs de la Révolution ne rencontrent pas nécessairement l’assentiment des frères et que leurs interventions, limitées en montant, peuvent l’être beaucoup moins en termes de rémunération.
La Tunisie aura mis plus de quinze ans pour bâtir sa position antérieure et moins de 18 mois pour la dilapider. Il est peut être encore temps de stopper cette descente aux enfers, mais cela suppose une prise de conscience que l’impératif est économique et social et que la priorité doit être réservée à la compétence et non à l’alignement partisan. Le risque de ne pas tenir compte de cet avertissement sévère, serait d’emprunter la voie de la Grèce, de l’ingérence étrangère et de la dégradation du niveau de vie des populations.
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