Notre Medecin à Bangui
2008-12-19Dr Amel Ben Said
Il y a 16 ans, jour pour jour, une jeune femme médecin tunisienne débarque le 19 decembre 1992 à Bangui, capitale de la Republique de Centrafrique, en tant que coopérante Volontaire des Nations Unies. Une évocation émouvante.
Nous sommes au début des années 90 . Dr Amel Ben Saïd est un jeune médecin généraliste, a préféré le Nord-Ouest à son Cap-Bon natal pour s'installer en cabinet de libre pratique à Bou Salem. Une manière d'accomplir intensivement son devoir de gratitude à la communauté nationale,. Puis, elle se résout a se dédier totalement à la Santé publique .Chaque jour, elle se rend à Jendouba, distante d’une vingtaine de kilomètres où elle exerce dans un centre de P.M.I. Elle examine, quotidiennement, une soixantaine de patients, essentiellement des enfants avant de rentrer chez elle « complètement vidée ». Un jour, elle reçoit un coup de fil d’un ami qui lui annonce sa visite. Elle court lui préparer quelques plats. Une vingtaine de minutes plus tard, il arrive. Après les salamalecs, il l’interroge sur son travail, le nombre de malades qu’elle examine et puis il lui demande si elle était intéressée de partir vivre une autre expérience de médecine tropicale en Afrique noire. Voyant ses yeux s’illuminer, il lui tend un prospectus. Elle lit: « Programme des Volontaires des Nations Unies, VNU» avec toute la démarche à suivre.
Une nouvelle vie commence pour Amel . Elle se souvient :
« A la première visite à Tunis qui a suivi, je me présente au siège du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) où on m’oriente vers l’ATCT (Agence Tunisienne de la Coopération Technique). J’entame les démarches et en quelques mois, je décroche un contrat de deux ans à Bangui en République Centrafricaine comme médecin du personnel des Nations Unies. C’était le 19 décembre 1992. Ce jour est inoubliable où nostalgie douloureuse, choc culturel, choc géographique, choc psychologique se sont superposés les uns sur les autres mais au lieu de me mettre à plat, il m’ont propulsée vers l’intégration et l’amour du continent africain ; cette Afrique attachante et riche de tous les paradoxes. »
Dès le premier jour, elle se lie d’amitié avec les collègues du PNUD qui sont venus la chercher à l’aéroport. Le soir même, elle est invitée à dîner avec eux chez un couple de Tunisiens dont le mari travaillait comme expert agronome de la FAO (Food and Agriculture Organisation). Lorsque ce couple est rentré en Tunisie en raison du départ à la retraite du mari, elle est devenue la seule tunisienne dans ce pays autrement dit « à moi seule, je formais la colonie tunisienne. »
Les Centrafricains ignoraient tout de la Tunisie. Pour mieux s’intégrer, elle s’est mise à employer l’expression : « nous les africains » et du coup, ses amis noirs, contemplant sa peau, lui disaient : « nous les Africains ? Comment peut-on être à la fois blanc et Africain ? ».
Mais rapidement, l’intégration s’est réalisée comme dans un rêve, très probablement facilitée par sa fonction de médecin dans un pays où les conditions sanitaires et le système de santé en général étaient défaillants : « toute la communauté internationale est devenue une seconde famille pour moi ; du coup, j’avais de nouvelles obligations : rendre visite à des amis, féliciter tel ou tel Ambassadeur ou Chargé d’affaires de tel ou tel pays à l’occasion de leurs fêtes nationales, manger tous les mercredis chez Madame le Consul Honoraire du Canada à qui sa fille manquait beaucoup . Je devais donc la consoler, rompre le jeune durant les 30 jours de Ramadan chez l’ambassadeur d’Egypte si je voulais éviter qu’il m’envoie ses gardes de corps me chercher, accompagner l’épouse du Chargé d’affaires marocain à l’hôpital pour accoucher et que sais-je encore. »
Mais, le plus important pour Amel, c’était l’image de son pays dans la communauté étrangère de Bangui qui avait déjà une idée sur l’émancipation de la femme tunisienne dans un pays musulman et les droits auxquels elle a accédé : « j’étais une curiosité pour elle dans les rencontres où on me posait beaucoup de questions. Mais je n’oublierai jamais le jour où j’ai accompagné notre Ambassadeur , Said El Kateb, qui était venu du Cameroun pour présenter ses lettres de créance au Président de la République Centrafricaine, Ange Felix Patassé. Au moment où on jouait l’hymne national tunisien, mes yeux étaient embués de larmes et je me suis imaginée sur l’aérodrome de Tunis Carthage en train d’embrasser le sol de mon pays. Ce rêve s’est réalisé deux ans, que dis-je mille ans après, en octobre 1994. Mais quelques mois plus tard, je repartais pour une nouvelle expérience avec le PNUD en République du Bénin pour piloter cette fois-ci un projet sur la maternité sans risque dans le fin fond de ce pays. »
De retour à Tunis, Dr Ben Said continue a se dévouer au service de la sante publique... pour repartir?
Le programme des VNU www.unv.org a été créé par l'ONU en 1970, mais n'a connu sa véritable ascenion qu'au début des années 1980, sous l'impulsion de M. Hikmat Nabulsi. A peine nommé, il a été rapidement sollicité par la Tunisie, en la personne de M. Hamed Zeghal, alors Directeur Général de l'Agence Tunisienne de Coopération Technique www.atct.com.tn. Avec la rigueur, le sérieux et l'engagement qu'on lui connait, Si Hamed, ne pouvait accepter de voir seuls des jeunes du pays du Nord en profiter, ni laisser passer une si bonne opportunité pour les jeunes tunisiens afin de s'injecter dans le système de coppération entre pays en développement. Et comme toujours, il y a mis du sien et beaucoup de patience et de persévérance. C'est ainsi que plusieurs dizaines de jeunes tunisiens, justes diplomés, ont pu partir en Afrique et en Asie, notamment au Niger, Comores, Cameroun, Cambodge, Laos, etc. Nombre d'entre-eux, bien confirmés, ont réussi à obtenir des postes d'experts et de fonctionnaires internationaux dans le système des Nationaux Unies. L'histoire de la coopération technique tunisienne est à écrire. Le témoignage du Dr Ben Said nous en offre un premier éclairage.
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