Mohamed Ben Ayed: Un sang d’huile
2009-11-04
Il aurait eu 85 ans le mois prochain. Si Mohamed Ben Ayed qui vient de nous quitter dimanche incarne parfaitement la trilogie réussie que sa génération a cultivé le mieux : l’agriculture, le commerce et l’industrie. Le raffinement en plus. Grand, mince, élégant, la moustache fine, et la Djebba bien brodée, comme le costume bien taillé, il a toujours été dans les valeurs, l’effort, mais aussi l’abnégation. Son intuition a été sa grande force, tout comme son sens des relations humaines.
A 15 ans, orphelin de sa mère, le voilà à la demande de son père, Si Ameur Ben Ayed, grand propriétaire terrien et notable de Sfax, à El Hencha, en plein territoire des Achaches, les originels de Sfax (45 km), pour planter… 20 000 pieds d’oliviers en 24 x 24 m. Planter voulait dire éradiquer le chiendent (Ennjem, ennemi juré) en plein août, creuser, sélectionner les plants, planter et irriguer par petites citernes d’eau transportées sur des charrettes. Mais aussi se couper du monde, vivre avec les paysans, une vie rudimentaire d’ascète, en pleine nature, dans une petite masure de fortune. Six ans d’abstinence et de privations. C’est la règle; Il ne devait rentrer à la maison familiale, en ville, qu’avec ses primeurs.
Jeune et portant beau, enrichi par cette extraordinaire expérience, Si Mohamed Ben Ayed retrouve Sfax, juste au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Aux côtés de son père, il s’initie au commerce de l’alfa tout en continuant à s’occuper de l’oliveraie et à entretenir les liens tissés avec les paysans, compagnons de ce long parcours.
De l’intuition et du génie
L’indépendance l’incite à promouvoir son propre commerce. Qui dit agriculture, dit mécanisation agricole. Il développe alors, dans les années 1957-1958, le commerce de la pièce de rechange pour les engins agricoles et autres véhicules, dans sa ville natale pour le centre et le Sud, avant d’ouvrir une antenne à Tunis. Mais le voilà surpris par la vague collectiviste. Le commerce comme l’agriculture tombent dans l’escarcelle des coopératives. Que faire pour y échapper ?
Son intuition, « son génie dira de lui l’un de ses jeunes disciples Fakher Samaoui, c’est d’opter pour le bâtiment, alors hors de portée des coopératives ». C’est ainsi que Si Mohamed fonda en 1968, s’appuyant sur deux maçons de sa confiance la SOCOBAT qui sera l’entreprise florissante de bâtiment et de travaux publics que nous connaissons aujourd’hui. Ne doit-on pas aujourd’hui à la Socobat des usines et centrales de gaz comme celle de British Gas, des ambassades, comme celle de Grande Bretagne, clef en mains, jusqu’au savon dans les salles d’eau, des hôtels, bureaux, résidences et autres bâtis, partout en Tunisie.
Le cap de la collectivisation dépassé, Si Mohamed se lance dans le développement de ses activités, apportant son soutien à ses frères Ahmed, Mohsen, Hafedh, Moncef et Slaheddine, qu’il lance dans la promotion immobilière, la pièce détachée, la fonderie et, toujours l’agriculture en baraka. Le retour en Tunisie, fin des années 70, de ses deux fils, successivement Abdessalem puis Rafik, envoyés étudier à Paris 2, lui sera précieux et donnera une nouvelle impulsion au groupe Al Badr qu’il constituera.
La 1ère privatisation
Un grand rendez-vous est alors pris avec l’histoire économique de la Tunisie indépendante. Il s’agit de la première privatisation décidée, à savoir celle de la Marbrerie de l’Ouest à Thala. Le groupe s’en porte acquéreur, fort de sa position dans le secteur du bâtiment et de sa volonté d’expansion. Et ce fut le début d’une grande saga qui englobe l’acquisition de la Scin (société de construction navale et industrielle, fondée par M. Thierry, au début du siècle), puis d’autres plateformes industrielles, la création d’un pôle pétrolier et d’ingineering (Pireco, etc.), et le développement dans la production du pétrole et de l’énergie, la construction navale, l’hôtellerie à Djerba, l’agriculture dans le Nord Ouest, le commerce international, les services, etc. Rapidement, Al Badr devient le partenaire en Tunisie et à l’étranger, de grandes multinationales. Ferryboats, plateformes pétrolières, usines clefs-en-mains, et grands projets portent, ici et là cette prestigieuse signature.
Fort du précieux soutien du père, Abdessalem Ben Ayed, longtemps membre du bureau exécutif de l’UTICA et Député, et à ce jour président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Sfax, développe avec son frère Rafik et d’excellentes équipes de haut vol, les projets initiés, cultivent les bonnes valeurs héritées, prompts à rendre service. Comme le furent leurs aïeux.
Si Mohamed Ben Ayed a toujours eu un sang d’huile. Cette noble sève nourricière, consacrée par le livre saint, source de richesse, de santé et de bonheur qui a lubrifié la vie des hommes et constamment rythmé leur vie. A Sfax, et dans les régions de l’olivier, la vie est Huile. Un investissement patient, des récoltes inégales, et une véritable leçon d’endurance, de solidarité, de partage et de récompense céleste. Si Mohamed Ben Ayed fut tout cela à la fois. A voir les foules qui ont déferlé de partout, lundi à Sfax, saluer sa mémoire et l’accompagner jusqu’à dernière demeure dans un ultime hommage, on réalise la valeur de l’homme.
-
Zoubeir Turki
-
Tahar Azaiez, le militant du progrès social
-
Taher Azaiez Letaief
-
Pr. Sadok Mtimet, le modèle et l'exemple
-
Ahmed Boughnim
-
La veuve de Cheikh El Fadhel Ben Achour n'est plus
-
Rachid Driss, une vie tout entière dédiée à la Tunisie
-
Breve histoire du Lycee 9 Avril 1938 de Tunis ex-Lycee Technique Emile Loubet
-
460 hommes d’affaires interdits de voyage : comment concilier justice et reprise économique
3004
-
Accrochage entre les forces de l'ordre et «un groupe armé non identifié» près de Sfax
2614
-
L’arme secrète de Noureddine Ben Ticha
6102 |
5
-
Les conditions de Bruxelles pour accroître son aide à la Tunisie
2044
-
L'accrochage de Bir Ali Ben Khalifa : deux membres du commando tués et un troisième fait prisonnier
1643
-
Adnen Manser, le nouveau communicant de Moncef Marzouki
2285
-
Elyes Jouini: Pourquoi ai-je démissionné ?
50802 |
74
-
Hamadi Jebali "clarifie" sa position au sujet du 6ème Califat
14639 |
54
-
Femmes : les dangers se précisent
14411 |
51
-
Kidnapping d’un enfant à Tunis: Appel à témoins
25903 |
47
-
Tout sur le nouveau gouvernement de Hamadi Jebali
10531 |
44
-
zaama hallal wa ila haram ?
4689 |
41
|
||
|
||
|
||
|
||
|
||
|
||
|
Irréfléchie, dangereuse, précipitée : l’opposition, comme les syndicats n’ont ...
Quand nous nous sommes engagé, depuis déjà deux décennies, à contribuer à ...
Le problème des diplômés au chômage est le talon d’Achille de notre économie. ...
Le président Moncef Marzouki entreprend, à partir de mercredi 8 février une ...
Le Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, M. Mustapha Kamel Nabli a présidé le jeudi 2 ...
Ce texte a été écrit en mars2011, lors de la première visite effectuée par la ...
S’adressant au directeur général du FMI, Christine Lagarde, lors de sa rencontre vendredi 3 ...
La révolution tunisienne fête son premier anniversaire. Que de chemin parcouru depuis le 14 Janvier 2011, ...
La biographie d’Habib Bourguiba qui est à nouveau disponible aujourd’hui a été ...
D’un côté, une situation économique et sociale inouïe. De l’autre, un débat ...
La révolution du 14 janvier 2011 et les événements qui se sont succédé depuis, ont ...
La révolution risque-t-elle de conduire le pays à la catastrophe ? Le désordre politique, ...
Si le parti vainqueur du scrutin du 23 octobre avait été un parti de type ordinaire dans la droite ligne ...
Face au marasme économique que vit actuellement la Tunisie, il n’y a pas de solutions magiques pour ...
Ce qui triomphe aujourd’hui en islam, c’est la politique. Or il s’agit de la partie la plus pauvre et ...
Finalement, la seconde grande nouvelle de la fin de l’année 2011 aura été la naissance ...
Les sociétés d’investissement à capital fixe SICAF ont vu le jour en 1988 suite à la ...
Face à la déterioration de la situation économique et sociale, un an après le 14 Janvier, ...
Faut-il s’inquiéter de la relative mais perceptible dégradation de la conjoncture économique ...
Ingénieur informaticien, Mohamed Lamjed Gdhami, 31 ans, est féru de nouvelles technologies de la ...








