M. Mohamed Rachid Kechiche
2009-09-22Ministre des Finances
La crise est-elle derrière nous ? Faut – il craindre un retour de l’inflation ? et comment se présente l’exécution du budget 2009 et quelles sont les perspectives pour 2010 ? Réponse de M. Mohamed Rachid Kechiche - Ministre des Finances.
1) La crise est- elle derrière nous ?
C’est une question à laquelle il est sincèrement difficile de répondre. Et même si réponse il y a, elle ne peut être que relative et nuancée.
Tout d’abord, sur le plan international, il semble y avoir des prémices de reprise quoique timide, cela ne peut que nous conforter et nous rassurer un peu. Le monde économique est devenu tellement interdépendant que n’importe quel événement a des conséquences rapides et directes sur tous les pays.
La Tunisie est un pays ouvert sur l’extérieur, entretenant des relations économiques et financières avec nos partenaires européens à travers un flux d’échange important, cela implique que toute éclaircie au niveau de ces partenaires ne peut que nous réjouir, même s’il est réellement trop tôt pour se prononcer sur la fin de la crise.
Le Fonds Monétaire International et tous les autres organismes de prévision affichent d’ailleurs la même prudence, soutenant à juste titre qu’il faut attendre que la reprise économique soit bien enclenchée et qu’on observe une diminution du chômage avant de se prononcer sur la fin de la crise et, encore moins, marquer une quelconque pause dans la politique de relance adoptée.
Certes, les signes d’un infléchissement conjoncturel sont bien perceptibles au niveau de l’amélioration de l’activité industrielle qui a chuté moins fort que prévu et les promesses de ventes immobilières qui poursuivent leur hausse aux Etats-Unis ainsi que l’amélioration continue des indices du sentiment économique des Investisseurs et du climat des affaires et les commandes industrielles qui ont enregistré des hausses inattendues au sein de la Zone Euro sont autant d’éléments positifs amenant à une légère amélioration des prévisions, pour l’ensemble de l’Economie Mondiale. D’un autre côté, pour certains économistes pessimistes,l'incertitude se situe du côté de la demande. En effet, avec la montée du chômage, du déficit public, de l’inflation et la fin de certaines mesures de soutien direct au revenu, la consommation des ménages devrait reculer dès le début de 2010.
Maintenant, en ce qui concerne la Tunisie, nous faisons tout notre possible pour que notre économie résiste aux conséquences de cette crise, aidés en cela par :
- Des acquis remarquables durant les 20 dernières années qui ont permis à notre économie de se diversifier, d’avoir des fondamentaux solides sur le plan politique, économique et social.
- Ces acquis sont le résultat et la conséquence logique d’un style de gouvernance politique qui a fait ses preuves grâce à l’action réformatrice du Président Zine El Abidine Ben Ali, la Tunisie ayant vécu une transformation remarquable, qui a recueilli l’admiration de tous ceux qui nous observent et dont l’illustration parfaite est le positionnement plus qu’honorable de notre pays dans toutes les classifications internationales financières, économiques, sociales et politiques.
- Une confiance renouvelée des Investisseurs Etrangers, qui, malgré l’effet négatif de la crise internationale, ont continué à investir ou ont maintenu leurs intentions d’investir. A la base de cette confiance, une politique sociale avant-gardiste garantissant la paix sociale, une stabilité politique marquée par l’attachement des Tunisiens à leur Président et leur détermination à ce qu’il continue son action réformatrice et au pays sa marche vers le progrès.
- Une réactivité aux évènements, dès les premiers signaux annonciateurs de la crise. Comme vous le savez, le Président Zine El Abidine Ben Ali, a annoncé dans son discours du 7 novembre 2008, des mesures importantes notamment :
- la constitution d’une commission pour suivre l’évolution de la conjoncture financière et économique internationale et proposer les mesures adéquates pour prémunir notre pays des effets négatifs le cas échéant.
- L’annonce d’un relèvement substantiel des crédits alloués aux investissements publics, un message fort et une illustration évidente de la détermination affichée du Président de la République, pour contrecarrer les effets négatifs par une attitude positive, loin de toute résignation.
- Des mesures pour maintenir la capacité concurrentielle à l’exportation de nos entreprises, au niveau des systèmes de garantie, d’assurance et de financement de l’économie.
- Une détermination à ambitionner des niveaux de croissance positifs malgré la profondeur de la crise Internationale ; il n’est pas facile de réaliser un taux de croissance de 3 % à prix constant en 2009 et 4% toujours à prix constant en 2010 alors que notre principal partenaire, la Zone Euro avec laquelle se font 70 % de nos échanges, affiche des taux de croissance négatifs de l’ordre de – 4 % en 2009 et peut être une stabilité en 2010.
Autant d’éléments qui autorisent notre optimisme sans nous départir de notre réalisme et surtout de notre vigilance et notre capacité à détecter les signaux et à réagir au plus vite.
2) Faut–il craindre un retour de l’inflation ?
Il faut nuancer votre question. La Tunisie est quand même parvenue à maîtriser le taux d’inflation, malgré la succession de deux crises majeures dont la particularité saillante est la pression inflationniste qu’elles exercent sur l’économie. Il s’agit, vous l’avez deviné de l’envolée des prix du pétrole amorcée depuis 2004 suivie en 2008 par celle des prix des produits de base et notamment les céréales.
L’année 2008, où le niveau de l’inflation a atteint 5 % est, aussi paradoxal que cela puisse paraître à première vue, une année où les autorités ont engagé toutes les forces dans la bataille pour circonscrire les effets dévastateurs de cette folle spirale, des prix internationaux sur des produits dont une part très importante de nos besoins est importée. Regardez dans les pays à économie comparable, quels ont été les niveaux d’inflation enregistrés, regardez aussi le Budget de l’Etat et vous pouvez mesurer l’importance de l’effort de subvention pour maîtriser l’inflation. Un seul indicateur suffit à illustrer mes propos, la compensation des produits de base surtout le blé et dérivés est passé de 247 MD en 2005 à 668 MD en 2007 et à 1180 MD en 2008, c'est-à-dire que l’intervention du Budget de l’Etat en matière de compensation des produits de base a été multipliée par presque 5 fois comparée à son niveau de 2005, soit en 3 ans.
En 2009, nous sommes revenus à des niveaux nettement en deçà de ce qui a été vécu et subi en 2008, à la faveur, dois-je le rappeler encore une fois, d’un effort de compensation qui continue. Ce sera le cas en 2010 et s’il y a encore quelques chose à dire, c’est bien que grâce à la volonté et à la détermination du Chef de l’Etat et à sa sensibilité sociale, un 7ème round de négociations salariales a été ouvert et mené à terme en pleine crise Internationale et si depuis le 1er round de ces négociations en 1990 et à ce jour, nous avons vu se succéder tant d’obstacles, sècheresse, crise énergétique, crise alimentaire, le pouvoir d’achat des diverses couches sociales du pays n’a jamais été entamé, bien au contraire, il a enregistré une amélioration sensible, continue et soutenue durant ces vingt dernières années.
3) comment se présente l’exécution du budget 2009 et quelles sont les perspectives pour 2010 ?
Le Budget de l’Etat est la traduction concrète, financièrement parlant, des orientations et des objectifs contenus dans les programmes présidentiels et les plans de développement.
L’année 2009 a été caractérisée par un plan de soutien et de relance pour se prémunir contre les effets de la crise et aussi par l’augmentation conséquente des salaires et enfin par une enveloppe d’investissement public qui cadre avec les ambitions affichées.
L’année 2010 verra la poursuite du même effort, un effort qui s’inscrit parfaitement dans une logique de gouvernance politique visant le bien-être social de tous les Tunisiens sans distinction et un développement harmonieux de toutes les régions du pays, c'est-à-dire en bref, un partage équitable des fruits de la croissance, le vrai développement.
Notre rôle est de veiller à ce que cela soit compatible avec la sauvegarde de la stabilité du cadre macro-économique et des équilibres fondamentaux des Finances Publics. Je pense que c’est le cas.
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