Le pluralisme audiovisuel a aussi ses servitudes
2009-09-23
Il fallait s'y attendre: d'abord feutrée, la concurrence que se sont livré les chaînes de radio et de télévision tunisiennes a pris une autre dimension au cours de ce mois de ramadan. Le régime de la radio ou de la télévision unique que nous avons connu depuis des décennies a bel et bien vécu et avec lui la notion de public captif, même si celle-ci a été-déjà-largement battue en brêche avec l'avènement de la parabole, pour céder la place à un pluralisme audiovisuel plus conforme à l'air du temps et surtout au degré d'évolution de la société tunisienne.
Désormais, et avec l'entrée en lice prévisible dans les prochaines années de nouvelles chaînes, chacune d'elles devra déployer des trésors d'imagination pour conquérir le public et surtout le fidéliser. La concurrence qui en résulterait ne pourrait que tirer vers le haut une production nationale qui en avait bien besoin car la concurrence est le véritable aiguillon de la créativité et de la qualité d'un produit. On en a eu la preuve cette année avec l'amélioration de la production audiovisuelle en quantité et en qualité.
Il était temps car chaque année, des centaines de jeunes décrochent leur diplôme de monteur, ingénieur du son, designer en scénographie, décorateur, acteur sans grand espoir de trouver un emploi qui corresponde à leurs qualifications. C'est que la Tunisie ne dispose pas encore d'une véritable industrie culturelle. Peut-être qu'avec l'avènement de nouvelles chaînes de télévision, les choses vont changer. On connait le rôle qu'a joué Canal+ dans la relance du cinéma français.
Des chaînes comme Nessma ou Hannibal et peut-être demain Elyssa et TT1 à côté des chaines nationales pourront contribuer au lancement d'une industrie cinématographique qui en imposerait aux cinématographies émergentes du Tiers-monde.
Mais le pluralisme audiovisuel comme le pluralisme politique a aussi ses servitudes. Lors du dernier mois de Ramadhan, on a assisté à une série de dérapages qu'on pourrait imputer au vide juridique car aucun pays aussi démocratique soit-il ne peut faire aujourd'hui l'économie d'un organisme chargé de la régulation du paysage audiovisuel.
La France a son CSA, le voisin marocain son Haca. La concurrence n'est bénéfique que lorsqu'elle s'exerce dans un cadre juridique approprié où les droits et les devoirs de chacun ( stations de radio, chaînes de télévision et public ) sont bien définis. Vivement un CSA tunisien qui viendrait mettre de l'ordre dans un secteur appelé à connaître un développement spectaculaire dans les prochaines années.
Hédi
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