Festivals d'été : Un fourre-tout qui coûte cher
A dix jours de leur clôture, les festivals d’été cuvée 2012 n’arrivent pas encore à poser les marques de la transition démocratique, ni à tracer de nouveaux concepts. Seules quelques mesures éparses émergent ici et là, juste pour donner l’impression d’un changement. Marcel Khalifa est envoyé dans l’arrière-pays, jusqu’à Sbeïtla et Sidi Bouzid, la subvention aux petits festivals est passée à 200 000 DT pour toutes les régions, et la programmation se veut plus sélective. Mais, si le quantitatif est satisfaisant, le qualitatif innovant l’est moins. La scène culturelle et artistique tunisienne post-révolution ne s’est pas encore recomposée.
L’été, c’est de tradition la saison des festivals dont le nombre dépasse les 300, toutes catégories confondues. Ceux de Carthage et Hammamet en sont certes les plus prestigieux, suivis des festivals de Bizerte, Tabarka, Sousse et Sfax, mais l’immense majorité reste constituée par de petits festivals qui se débattent dans de multiples difficultés institutionnelles (forme juridique), logistiques (lieux et équipements) et financières (budget, subventions et recettes de billetterie insuffisantes).
C’est pourtant une véritable activité économique qui engage cette année dans les régions pas moins de 213 troupes (employant 1 486 artistes et musiciens) pour un budget, hors les grands festivals, estimé selon le ministère de la Culture, à 1.6 MD pour l’achat des spectacles. Le budget public y apporte directement une subvention de 785 000 DT bénéficiant à 109 spectacles. Et, c’est en fait ce qui fait vivre ou plutôt survivre. Depuis des années déjà, chaque nouveau ministre de la Culture promet d’ouvrir le débat sur les grands maux des festivals, surtout celui des financements, et de revoir les critères de sélection des spectacles et d’attribution des subventions, mais, en fait, il n’y aura rien de concret.
Des budgets en quête de rallonges
Avec 27 soirées dont 7 tunisiennes, le festival de Carthage (5 juillet – 15 août), nécessitera cette année pour sa 48e édition pas moins de 3.5 MD. Son cadet d’Hammamet (9 juillet - 18 août), qui a programmé 31 spectacles dont 12 tunisiens, compte sur un budget de près de 900 000 D, alimenté notamment par les subventions du ministère de la Culture à hauteur de 500 000 D et de l’ANEP (100 000 D). Des montants certes significatifs, mais qui s’avèrent en fait insuffisants pour couvrir tous les frais, ce qui ne manquera pas d’exiger des rallonges de subventions.
Quant au public, sa demande demeure claire. Des spectacles de qualité, dans l’éclectisme des genres, avec une nette préférence pour les grandes stars tunisiennes, orientales et internationales, des prix abordables et de bonnes conditions de déroulement des soirées. Un triangle d’or difficile à garantir, ne serait-ce que pour les coûts exorbitants désormais nécessaires pour des productions de qualité. A moins de se replier sur la formule adoptée par le festival de la Médina de Tunis qui se concentre sur un nombre réduit de spectacles soigneusement sélectionnés, dans la limite de son budget, mais au grand bonheur de ses fans, très fidèles. A lui seul, Kadhem Essaher, par exemple, réclame pas moins de 80 000 $ par soirée, sans compter les autres frais logistiques et d’organisation. Pourtant, la programmation n’a pas lésiné sur les moyens.
Après une bonne production tunisienne pour la soirée d’ouverture, ponctuée par les prestations de Zied Gharsa et Hédi Habbouba, Carthage accueille en effet — aux côtés de Saber Rebai— Kadhem Essaher, Marcel Khalifa, Liz Mac Comb, Paul Young, Alpha Blondy, Rami Ayech, Wael Jassar, Nacir Chemma, Mika, Jamel Debbouze, Najwa Karam, Ragheb Alama… Bref, on prend les mêmes et on recommence.
En fait, ce qui fait cruellement défaut à nos festivals cette année, ce sont les créations, qu'i s'agisse de méga-spectacles, de pièces théâtrales ou de ballets. La vocation première d’un festival qui se respecte n’est pas seulement de programmer des galas, mais aussi d’encourager la création artistique. Seul le ministère de la Culture peut le faire et, le cas échéant, une institution nationale ou internationale, et seul le festival de Carthage et, dans un degré moindre, celui d’Hammamet peuvent constituer le cadre adéquat pour accueillir ce genre de représentation. Nous avons en mémoire les méga-spectacles de Fadhel Jaziri : Nouba, Hadhra dans les années 80-90 et bien avant, dans les années 60, les «premières» de la troupe de Maurice Béjart et celles d’Ali Ben Ayed et de Peter Brook. Pourquoi ne pas renouer avec cette tradition, d’autant plus que la révolution tunisienne peut constituer une source d’inspiration inépuisable pour nos créateurs ?
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