Comment Mehdi Jomaa compose-t-il son gouvernement

Comment Mehdi Jomaa compose-t-il son gouvernement

L’annonce est peut-être imminente. Mehdi Jomaa ne compte pas épuiser les 15 jours qui lui sont accordés pour remettre au président de la République provisoire la liste des membres de son gouvernement. Il y travaille d’arrache-pied, conscient qu’il y a urgence. Tout au long de ce weekend prolongé, il n’a cessé de poursuivre ses consultations et de mettre les dernières retouches aux déclarations et discours qu’il devra faire. Coulisses.
 
Tôt le matin, il arrive au ministère de l’Industrie seul au volant d’une petite voiture, suivi d’une escorte discrète et monte directement à son bureau au cinquième étage. Son assistante qui avait travaillé avec nombre de ses prédécesseurs est en place, fidèle au poste. Une équipe restreinte se déploie fébrilement, avec discrétion, chacun semble être en charge d’une tâche bien précise. On y reconnaît un haut fonctionnaire, un ancien diplomate et un économiste-financier. Pas de communicants, pour le moment du moins. Silence radio : rien ne filtre. Ou presque. Il faut guetter en bas devant le ministère la sortie de ses visiteurs pour leur tirer quelques confidences.

Pas de stars, jouer collectif

Mehdi Jomaa semble avoir fait ses choix. Il sait que sa mission est de mettre le pays en marche vers les élections. Il ne cherche pas des technocrates, mais, l’indépendance et la compétence étant un contrat de base, «des hommes et des femmes capables de creuser de larges tunnels dans d’insurmontables montages», selon la formule de l'un d’entre eux. Trouver des solutions rapides et efficaces à des maux profonds et menaçants : la mission n’est guère facile, d'autant plus que pour choisir son équipe, le Dialogue national lui impose une feuille blanche qui ne comporte aucun ancien ministre, depuis l’indépendance, aucun membre de parti ou dirigeant dans une organisation nationale. Est-ce pour autant que soustraits des impératifs d’équilibres politiques, il aura les mains totalement libres ? Jusqu’à une certaine limite, sans doute. N’appartenant pas lui-même à parti, et ne disposant pas d’une majorité qui lui est propre à l’Assemblée nationale, il doit réunir un consensus en faveur de son cabinet.
 
Dès le premier jour, des centaines de CV de tous bords ont atterri sur son bureau, certains revêtus de «recommandations ». C’est son équipe qui les prend en charge et les épluche à la recherche de vraies pépites. Elle en aura tout vu : les vantards, jamais approchés en fait, qui citent « un ami, proche d’un ami, en contact direct », qui… Il y a aussi « les indispensables » qui les bombardent de fax, mails et sms pour décrocher un entretien. Les «volontaires», sincères ou pas, prêts à sacrifier leur carrière, renoncer au salaire de ministre et ne demandent que de servir, les exaltés, les illuminés... Les CV sont triés, classés, certains seront retraités dans un format commun. 
 
Ce qui compte, en plus de l’engagement, c'est la capacité de jouer collectif. Point de stars, l’ultime critère de choix est la fusion dans une équipe, cohérente, solide et solidaire. « Réussir ensemble » est l’engagement requis. Médias et réseaux sociaux grouilles de listes, de fuites. L’équipe laisse faire, sachant que jusque-là, rien n’est définitif. Il est vrai que certains ont été approchés et se sont désistés. D’autres, minutieusement sélectionnés ont eu droit à un entretien avec le chef du gouvernement désigné. Mais, c’est encore dans les choix finaux.

Jusqu’à la dernière minute…

«J’ai eu un long entretien avec Mehdi Jomaa, qui s’est montré intéressé par mon parcours et mes centres d’intérêt, nous confie un visiteur. Sans évoquer un portefeuille précis, il m’a dit qu’il aura besoin de mes compétences, sans que j'en déduise qu'i pense au gouvernement ou à son cabinet ». 
 
Le seul qui a été pressenti directement par Mehdi Jomaa en personne, est pour le moment Radhi Meddeb qui a courtoisement décliné la proposition tout en s’engageant à prêter main forte. Il s’en est d’ailleurs expliqué dans une Tribune publiée sur Leaders. Gardant jusqu’au bout les coudées franches, le nouveau chef de gouvernement a probablement bouclé son équipe à 99%. Il s'accorde une ultime marge de manœuvre qu’il conservera jusqu’à quelques heures seulement avant la remise de sa liste, ce qui est très fréquent dans pareils exercices. Son prédécesseur, Ali Laarayedh n’était-il pas venu jeudi 7 mars 2013 à 22H00, de peur d’épuiser le délai des 15 jours, au Palais de Carthage informer Marzouki que son gouvernement était quasi-prêt avant de revenir le lendemain lui présenter la liste complète
 
Cette-fois-ci, Mehdi Jomaa n’est pas dans le même contexte, mais garde toutes ses cartes jusqu’au dernier moment. Le moindre nom, vrai ou faux, évoqué par les médias est immédiatement torpillé. La confidentialité devient de rigueur au sein de l’équipe. Ali Laarayedh intervient-il auprès de son ancien ministre et futur successeur? "Nullement, nous confie un proche. Parfois,il passe un coup de fil amical, de soutien, lui qui est bien passé par là et connaît l'ampleur de la pression et ne manque pas de l'encourager à chaque rencontre lors de cérémonies officielles".
 
Lorsque on demande à l’un de ses proches si Mehdi Jomaa dispose d’un large choix en composant son équipe, la réponse se veut affirmative mais avec humour : « Oui, bien sûr. Même s’il ne nous parle que lors du déjeuner qu’il prend parfois... à 8 heures du soir entre une pizza ou un sandwich ». Un style, un rythme et un menu qui risquent de le suivre à la Kasbah.
 
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Les Commentaires
  • Maher Ben Mohamed BEN ABDALLAH

    Il faut accorder au développement régional sa place ultime pour sauver le pays et assurer sa cohésion et son équilibre. ce n'est pas le pain qui nous préoccupe c'est comment faire le pain!

    14-01-2014 21:55
  • Pr. Amine GUARRAOUI

    Au temps de la Dictature, J'écrivis dans le même Leaders toujours fidèle : " Je préfère faire le ménage à la Sorbonne, que faire le semblant Ministre en Tunisie!" Aujourd'hui rien n'a changé au contraire, notre pays souffle le chaud et le froid et les bougres serviteurs d'hier, risquent de prendre le dessus. Une Seule Phrase à dire à Monsieur Mehdi Jomaa: " Sous la cendre couve le Volcan! Ne jouez jamais avec la Dignité d'un Peuple Révolté, de Bizerte à Hajeb El Ayoun et De Sidi Bouzid à Borj El Khadra, Un Grand et Noble Peuple, qui vient de se réveiller après 58 ans de Néocolonialisme et de domination de serviteurs claniques, eux même Victimes et Bourreaux. Faites en Sorte que La Justice soit la Règle et que la Reconnaissance soit la Lumière du Pardon..." Vive La Tunisie Libre, Vive Le Grand Peuple Tunisien Uni Solide et Solidaire, Vive La Révolution Tunisienne Une Ecole pour La Liberté, La Justice et La Dignité Humaine. Bon Courage Monsieur Le Premier Ministre Provisoire.

    14-01-2014 22:20
  • Naima Remadi nour

    Ce ne sera pas une mission impossible mais c'est bien les selections des hommes et femmes au nouveau gouvernement qui feront de la Tunisie le modele de reussite. Nous offrons support et collaboration a tous les niveaux pour que Notre Tunisie sorte de sa torpeur. Bonne chance Monsieur Le Ministre.

    15-01-2014 02:55
  • bouzaiane Mohamed

    L'essentiel pour cette étape est de faire l'audit des compétences tunisiennes non politisées et désintéressées des chaises et des projecteurs et de préparer de solides et saines bases pour la prochaine étape(dans l’esprit d’une équipe d’athlètes sans distinction de partis politiques). La Tunisie dispose d'un formidable potentiel humain mal utilisé qu'il convient de connaitre et le mettre au service du pays. Est-il possible de proposer un ministère de l’énergie s'occupant des énergies fossiles, renouvelables et humaines. En effet l'énergie humaine est la multiplication de la puissance intellectuelle par le temps passé au travail productif? Ainsi, nous constaterons d'emblée que pour nous développer, nous devons utiliser judicieusement nos ressources sans gâchis ni tricheries, bien exploiter les énergies renouvelables disponibles et créatrices d'emplois, et bien gérer et mettre à niveaux nos puissances intellectuelles disponibles. De ce fait l'exclusion et le chaumage se dissiperont par le temps et chacun aura une tache à accomplir en groupe afin que son énergie s'ajoute positivement à celle des autres. Notre société aura pour idéal, l'amour du travail, de la créativité et de la recherche des concepts et objets qui lui permettront d'avoir une stabilité durable basée principalement sur le respect le service de l'autre (et cela ne contrarie aucune religion sur terre).

    15-01-2014 06:32
  • fadhel

    le gouvernement de Mehdi Jomaa ne satisfera jamais les élus car chacun d'eux essaie de tirer les ficelles en sa faveur.Sa mission est trop difficile si ce n'est pas impossible.les gens compétents n'accepteront pas car il ne sont pas si bêtes pour être critiquer par les ignorants de l'A.N.C.(regardez les débats de l'A.N.C.et vous comprenez le reste).La Tunisie est embourbée et plus on avance plus on s'enfonce et le nouveau gouvernement ne peut pas revenir en arrière car les opportunistes sont plus nombreux que les gens intègres.

    16-01-2014 21:22
5 Commentaires
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