Chérif Lachnani
2009-02-10Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Nord Ouest
La commémoration des évènements de Sakiet, est une occasion renouvelée chaque année pour les hommes d'affaires tunisiens et algériens de se rencontrer pour faire le point des progrés réalisés sur la voie de la coopération et de la complémentarité et faire des projections sur l'avenir. Chérif Lachnani, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie du Nord Ouest coorganisatrice de cette rencontre fait le point:
Depuis une quinzaine d’années, les hommes d’affaires tunisiens et algériens se réunissent en marge de la commémoration des évènements de Sakiet, ville symbole de la solidarité et de la communauté de destin entre la Tunisie et l’Algérie, pour explorer les voies les meilleures d’une coopération fructueuse entre les deux parties. Dans quelle mesure, ces rencontres y ont-elles contribué ?
Ces rencontres ont permis au fil de ces années de créer un tissu de relations entre les responsables des structures, qui ont œuvré à la réalisation de ces rencontres, à savoir la chambre de commerce et d’industrie du Nord-Ouest, l’union régionale de l’Utica du Kef, appuyées par les autorités régionales et les structures d’appui comme le Cepex.
Au cours des débats souvent passionnés, toujours chaleureux, les opérateurs économiques ont des années durant émis le vœu de voir les flux d’échanges entre les deux pays s’accélérer et notamment au niveau des zones frontalières (l’ouest tunisien et l’est algérien).
Des années durant, les chiffres restaient timides et demeuraient en deçà de leurs aspirations. Face aux blocages, aux interdits, au scepticisme des uns et des autres, la tentation était grande de jeter l’éponge.
Heureusement Qu’il y avait des inconditionnels du grand Maghreb qui ne se sont pas laissé abattre.
Heureusement que l’exemple venait d’en haut. Les présidents ben Ali et Boutéflika ont, à maintes reprises, réitéré leur volonté d’œuvrer pour le raffermissement des liens politiques et économiques entre les deux pays et d’impulser le processus d’édification du Grand Maghreb.
Ainsi au fil des années et des réunions, de nombreuses recommandations et suggestions émanaient de ces hommes et femmes imbus de l’esprit maghrébin et conscients de plus en plus du coût néfaste pour nos économies du non-Maghreb. Certains ont même avancé des chiffres qu’on a peine à croire (10 milliards de $ par an). C’est énorme, compte tenu des défis occasionnés par les mutations de l’économie mondiale.
La banque mondiale a estimé qu’une intégration plus approfondie serait en mesure de croître le PIB réel par habitant entre 2005 et 2015 de 34% pour l’Algérie, 27% pour le Maroc et 24% la Tunisie.
D’où l’importance d’ouvrir des perspectives devant les investisseurs des deux pays, à travers l’ouverture des frontières économiques, en levant les entraves administratives, financières et douanières, de créer des lignes de crédit pour le financement des échanges et encourager la création de projets communs à travers l’installation d’un partenariat durable et efficient entre les opérateurs privés.
Il faudra aussi identifier de nouvelles formes de coopération économique, améliorer les communications, la dynamisation des échanges, la création d’une zone de libre-échange sur la bande frontalière, la multiplication des visites des délégations aux deux pays et la facilitation des formalités de passage aux frontières comme l’établissement d’une carte de passage prioritaire que les chambres de commerce délivreront à leurs membres des deux côtés après accord des autorités compétentes. Il faudra aussi réaliser les accords déjà signés entre les deux pays.
Y a-t-il des réalisations concrètes qui justifient votre optimisme ?
Et comment. Une lecture des premiers résultats des échanges réalisés les trois dernières années démontre qu’il y a une progression dans Les échanges. Entre 2005 et 2007, les exportations tunisiennes sont passées de 237MD à 367MD alors que les importations ont progressé au cours de la même période de 175MD à 383MD. Jusqu’au mois d’avril 2008, selon les chiffres disponibles à notre niveau, l’Algérie demeure notre 10e client et notre 12e fournisseur. Ce qui est remarquable, c’est que cette évolution des échanges profite aux deux parties.
Au cours de ces réunions, les hommes d’affaires algériens n’ont pas caché leurs craintes quant à l’entrée en application trop rapide de la Zone Arabe de Libre Echange. Ces inquiétudes sont-elles, selon vous, justifiées ?
N’oubliez pas que le secteur privé est encore fragile en Algérie. Nous aussi, nous sommes passés par là. Mais il faut savoir qu’on n’a pas le choix. Il faut s’adapter et nos frères algériens en ont les moyens d'autant plus que la conjoncture actuelle nous impose de conjuguer nos efforts pour affronter la marée qui menace de nous emporter.
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