Ce que les opérateurs tuniso-américains ont demandé à Caïd Essebsi

Ce que les opérateurs tuniso-américains ont demandé à Caïd Essebsi

Créer un corps de volontaires tunisiens pouvant servir dans le pays et à l’étranger, lever l’interdiction sur la franchise des marques internationales, débloquer la situation dans nombre d’entreprises à partenaires étrangers tels que Tunisie Telecom ou l’aéroport de Monastir et relancer les méga-projets immobiliers quitte à indemniser les promoteurs des pays du Golfe et remettre les terrains aux enchères : autant de questions qui ont été posées au Premier Ministre, M. Béji Caïd Essebsi par les adhérents de la chambre de commerce tuniso-américaine (TACC). Devant une salle archi-comble et en présence de l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique, M. Gordon Gray, le chef du gouvernement ne cachait pas son plaisir de s’adresser aux opérateurs économiques et de répondre à leurs questions, d’autant qu’il le fait dans « une instance dont, pour la première fois, la direction a été démocratiquement élue, et qui a porté à sa tête une femme, M. Amel Bouchammaoui, deux réalisations pionnières ».

« La dernière fois que vous étiez notre invité à la TACC, lui rappelle le past-président, Me Moncef Barouni, c’était avant la guerre du Golfe. Prémonitoire, vous avez alors prédit que la guerre allait éclater et l’Irak en pâtir ! Aujourd’hui, pourriez-vous nous dire si, d’une manière ou d’une autre, la réussite de la transition démocratique aura un impact, aussi minime que cela puisse être, sur la réélection de Barack Obama ? En ancien ministre des affaires étrangères et stratège visionnaire, M. Béji Caïd Essebsi s’élance : « Vous savez tous combien les Américains sont attentifs à notre révolution et soucieux de son aboutissement. Ils y trouveront une belle démonstration du triomphe de la démocratie, si chère à leur combat et pourront apporter la preuve que cette fois-ci, et contrairement à d’autres expériences menées ici et là, leur soutien n’est pas vain. Nous leur apporteront aussi la preuve qu’être arabe et musulman n’est pas incompatible avec la liberté et la démocratie.»

Il reviendra longuement sur les deux siècles d’étroites relations bilatérales et évoquera la chaleur des échanges qu’il vient d’avoir à Deauville, lors du sommet du G8 avec le président Obama : « il est venu jusqu’au desk affecté à la délégation tunisienne, dira-t-il,  pour nous féliciter du fond du cœur et nous réitérer l’engagement à long terme des Etats-Unis aux côtés de la Tunisie. Tout ce que nous avons demandé, ce n’est pas de l’aide, mais de la compréhension. Voilà donc la nouvelle donne pour vous hommes d’affaires : nous réunissons pour vous les bonnes conditions nationales et internationales, oeuvrons pour la restauration totale de la sécurité et la stabilité sociale, et à vous d’investir et de créer de la richesse. Aujourd’hui, la Tunisie compte 77 entreprises américaines qui emploient 14 000 salariés : à vous de les multiplier plusieurs fois ».

« Nous y oeuvrons, affirmera l’ambassadeur Gray. D’ailleurs les Etat-Unis participeront à la conférence internationale sur l’investissement qui se tiendra les 16 et 17 juin à Tunis avec une délégation de haut niveau, qui sera conduite par M. Jose Fernandez, Assistant Secretary of State for Economic, Energy and Business Affairs, c’est vous dire toute l’importance que nous y accordons. De grandes compagnies, telles que Fedex, seront également présentes.» Le Premier Ministre, s’en félicite, décernant au passage au diplomate américain, un satisfecit sincère.

«Maintenant que vous avez fixé au 23 octobre la date des élections et appelé à la levée des sit-ins et grèves, pourquoi ne pas décréter l’interdiction de toute grève et débrayage social jusqu’au 31 décembre, lui demande un chef d’entreprise ? » La réponse est claire : «une loi suffit-elle d’être prise pour être respectée, dans le contexte actuel. Le gouvernement ne cesse de réitérer les appels dans ce sens et il nous appartient à nous tous d’y œuvrer ».

« Vous incitez les investisseurs étrangers à s’installer en Tunisie alors que certains d’entre eux rencontrent de réelles difficultés », l’interpelle le représentant d’une multinationale, citant le cas des Emiratis actionnaires de Tunisie Telecom. « Je comprends, mais s’ils ont mis 35% dans cette compagnie, la Tunisie y détient 65%, c’est vous dire notre implication et notre intérêt, répond le Premier ministre. Mais, je vais vous rassurer, nous venons de tenir une série de séances de travail à ce sujet et je puis vous assurer que nous nous acheminons vers une solution équitable. Notez avec moi, cependant, que c’est la première fois qu’un syndicat se mobilise pour réduire des salaires… ».

« Et l’aéroport de Monastir ? » demande un journaliste. « Le dénouement est imminent », le rassure M. Caid Essebsi.

Sans la moindre réserve, il approuve la proposition de l’ambassadeur Salah Hannachi de créer un corps de jeunes volontaires tunisiens, celle de Jamel Ksibi de relancer les méga-projets, ou encore l’appel à la levée de l’interdiction qui frappe la franchise des enseignes étrangères. « L’essentiel, c’est que l’économique reprenne, vite et bien, que des emplois se créent, que des produits s’exportent sans barrières, et que la démocratie naissante s’ancre et se propage dans tous les pays de la région. J’ai hâte à voir tout cela se réaliser avant de remettre mon mandat aux élus du 23 octobre », conclura-t-il.

Le style Caïd Essebsi fait mouche, comme le lui déclarera une jeune manager : « vous parlez vrai et proche du peuple, avec vous, nous comprenons les choses, allez encore plus de l’avant et mettez à profit ces quatre mois qui nous séparent des élections, pour relancer l’économie et stabiliser le pays ». La salle applaudit ! Le téléphone portable du Premier Ministre sonne. Il le sort de sa poche échange quelques mots avec son interlocuteur : « oui, j’ai compris, okay ! Je sais que mille une choses m’attendent», avant de prendre congé de ses hôtes : «Désolé, les amis, je dois y aller ! ».
 

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Les Commentaires
  • Nabil Ennabli

    Les multinationales s'inquiètent, et c'est normal lorsqu'on voit la situation invraisemblable qui perdure chez BG, Tunisie Télécom, etc, et un discours vicieux de certains responsables qui laissent penser que ces entreprises auraient toutes profité des largesses de ZABA. Ceci étant dit, les investisseurs internationaux (ni même les opérateurs tunisiens) ne viennent pas faire du social ou résoudre nos problèmes endémiques de chômage. J'espère que l'entrée de Mac Do ou de quelques franchises de la malbouffe américaine ne vont pas devenir une priorité nationale. Quant aux méga-projets immobiliers, la Tunisie est très chanceuse que Dubai a été ébranlée par la crise et que Bukhatir et ses amis sont restés chez eux. Il y a certainement matière à laisser les opérateurs locaux du secteur immobilier faire fructifier leur business, en veillant à limiter la spéculation!

    10-06-2011 09:02
  • Youssef KNANI

    Bravo Si Béji. Ce que vous êtes en train de faire pour la Tunisie est absolument précieux. La démocratisation de notre pays ne peut réussir que si l'économie tunisienne repart sur des bases solides et crée des emplois.

    10-06-2011 10:20
  • taieb essayem

    -L'idee du corps de volontaires tunisiens est geniale,et en tant que veteran tunisian dans ce domaine je suis tout a fait d'aider!. Taieb Essayem.

    10-06-2011 10:41
  • benkhedija

    Pour le corps des volontaires il ne faut pas se faire d'illusions depuis plusieurs années J.Diouf avait proposé un tel systéme pour 1000 volontaires payés 1000$ pour des techniciens en Afrique:résultat des candidats en nombres de quelques dizaines. Pour la franchise la famille Bouchammaoui avait tenté d'ouvrir des Mac Donald il y a plus de quinze ans,l'ancienne administration avait refusé, Mme Bouchammaoui est bien placée aujoud'hui pour faire cette proposition,quand à la question du projet Sama Dhubai il ne faut pas etre un génie pour inventer la proposition du groupe.Le clou de cette réunion est d'ouvrir la porte à l'enseigne Mac Donald. Rien ne presse il faut attendre les élections

    10-06-2011 11:13
  • Lee Jennings

    Il y a 2 anciens vollontiares du Corps de la Parix (Peace Corps) en Tunisie qui sont avec AMIDEAST/Tunis, et nous serons tres content d'aider avec la création d'un eservice de volontariat tunisienne. Lee Jennings et Amy Mabrouk

    10-06-2011 11:21
  • Ben selma Fredj

    Nous aimerions aussi voir participer des resposables de la maison Boeing lors de la conférence internationale sur l'investissement en date du 16 et 17 Juin 2001. L'industrie aéronautique en Tunisie est en pleine expansion et la présence de Boeing à coté d'Airbus créerait un dynamisme d'intérêt commun et incitrait les fabricants des éléments d'aéronefs à mieux developper leurs technologies car leur emplacement dans un même point géographique riche de compétences les aiderait à mieux developper cette industrie.

    10-06-2011 12:47
  • sydy

    quant monsieur Beji Cai¨essebsi s'exprime on entant la voix du disparu le lion le pére de la Tunisie. merci Monsieur d'étre là pour la Tunisie.

    10-06-2011 15:19
  • Lamari Med Taieb

    -C'est tres bonne idee !!!! Un corps de volontaires tunisiens , je suis tout a fait d'aider!.

    11-06-2011 00:38
  • A. ABED

    Voilà la priorité nationale maintenant: MacDonald! Pauvre Tunisie. Avec des hommes d'affaires et des entrepreneurs pareils nous irons sûrement très loin vers... le bas.

    11-06-2011 17:41
  • Chaouki De Ben Arous

    Pas de Mac Donald en Tunisie !

    11-06-2011 20:02
  • lotfi

    1 small is beautiful des pme tunisiennes encouagées par le gouvernement pour innover dans l industrie l informatique pour absorber le chomage 2 au moment ou l alimentation biologique est plébiscité par les consommateurs du monde entier nous n avons pas besoin d un mac do l obesite et la mal bouffe est un fleau parmi les couches populaires au usa 3 a quelque chose malheur est bon nous avons échappé aux megalo projet de souma dubai nous voulons sama tounes et des ouvrages a taille humaine avec une mixite sociale nous ne manquons ni d architectes de talents ni de main d oeuvre nous voulons diar tounes diar quatar resteront a qatar.plus de maitrise des technologies de l environnement et moins de golfs y compris aux portes du desert un non sens dans un pays semi aride ou une partie de la population n a pas accés a l " eau potable.ras le bol les marinas le peuple a aussi son mot a dire sur l amenagement du territoire.on voit le resultat de la mono industrie touristique au moindre couac l "economie est ebranlée

    11-06-2011 22:00
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