Questions à ... - 02.08.2012

Mohamed Damak, Time

Juillet et août : c’est la période de l’orientation universitaire pour des dizaines de milliers de nouveaux bacheliers, mais aussi des étudiants qui souhaitent changer de filières ou aller plus loin. Les options ne sont pas nombreuses : l’enseignement public, les établissements privés ou le départ à l’étranger. Le tout avec à la base une double grande interrogation : comment garantir la réussite pour accéder au marché du travail ? Et combien ça coûte si on choisit le privé ou l’étranger ? Deux questions qui constituent en fait la problématique centrale du système.

Avec 42 établissements autorisés, accueillant plus de 17 000 étudiants (dont plus de 4 000 étrangers), l’enseignement supérieur privé tunisien, né il y a à peine 11 ans, connaît une évolution rapide, avec son lot de réussites et d’insuffisances. Réussite de certains établissements qui ont misé sur la valeur scientifique et académique, investi dans le corps enseignant et les infrastructures, faisant fi de toute considération purement commerciale. Insuffisance pour d’autres qui n’arrivent pas à se conformer totalement à la réglementation en vigueur et offrir à leurs étudiants les conditions nécessaires à leur bonne réussite. Le gap risque de s’élargir.

Mais plus, la compétition s’accélère depuis la révolution. Pas moins de 25 nouvelles demandes d’autorisation ont été déposées auprès du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. En plus de certains groupes tunisiens formés notamment par d’anciens enseignants et dirigeants universitaires, de grandes universités internationales, nord-américaines, européennes et arabes (pays du Golfe), envisagent sérieusement de se lancer dans le secteur. La cible visée ne se contente pas des étudiants tunisiens mais s’élargit à des étudiants étrangers de divers pays, en priorité ceux de la Méditerranée, de l’Afrique subsaharienne et de la région arabe. Certaines nouvelles universités se consacreront à l’économie, au management, au marketing et d’autres aux technologies et dispenseront leur enseignement totalement en langue anglaise.
Mais quelles sont...

I - les spécificités distinctives de chaque établissement (filières, modèle pédagogique, enseignants, partenaires étrangers, locaux, frais…) ?
II - Quelles sont les difficultés rencontrées ?
III - Quels sont les conseils que vous donneriez aux futurs étudiants et aux parents pour bien choisir l’université privée à fréquenter ?
IV - Comment promouvoir l’enseignement privé universitaire en Tunisie ? Que doit faire le gouvernement ? Que doivent faire les universités ?  
V - Comment attirer plus d’étudiants étrangers ?

Poursuivant notre tour de Tunisie des établissements supérieurs privés(1), nous donnons la parole cette fois-ci à Mohamed Damak, Directeur de Time.

1. Quels sont les spécificités distinctives de votre établissement (filières, modèle pédagogique, enseignants, partenaires étrangers, locaux, frais...)

Opérer dans deux domaines, les technologies de l’information et le management de l’entreprise (TIME) et assurer une intégration entre ces deux domaines, rendant possible la double maîtrise, respectivement des outils IT pour le manager et la dimension managériale pour l’ingénieur.
Appuyer les enseignements académiques pour une formation orientée certification.
S’inscrire dans une perspective d’obtention du label pédagogique européen « European Quality Improvement System » (EQUIS).

2. Quelles sont les difficultés rencontrées?

Notre autorité de tutelle, malheureusement, nous traite d’une manière assez marginalisée et nous donne le sentiment que la direction de l’enseignement supérieur privé n’est pas outillé pour traiter nos dossiers pédagogiques, nous contrôler et nous accorder les avantages financiers, sociaux et fiscaux tel que prévus par la réglementation en vigueur et donc, l’impression qui se dégage remet en cause la crédibilité de notre autorité de tutelle.
Le traitement des établissements privés s’opèrent moyennant l’imposition des règles de conduite du secteur public, oh combien incompatibles avec celles devant prévaloir dans le privé.

3. Quels sont les conseils que donneriez-vous aux futurs étudiants et aux parents pour bien choisir l'université privée à fréquenter?

Pour faire le choix d’une orientation universitaire, les futurs étudiants ont intérêt à se renseigner sur les métiers d’avenir garantissant un emploi et à accorder l’attention qui se doit pour découvrir les établissements de l’enseignement supérieur privé qui sont entrain d’évoluer et de miser surtout sur la qualité de leurs dispositifs pédagogiques et administratifs, notamment à partir de leurs anciens diplômés et du niveau élevé de leur employabilité.

4. Comment promouvoir l'enseignement privé universitaire en Tunisie: que doit faire le gouvernement? Que doivent faire les universités?

Il serait souhaitable que l’on cesse de dénigrer l’enseignement supérieur privé, qui est un enseignement supérieur à part entière et non entièrement à part. de plus offrir les mêmes droits aux étudiants du privé que ceux du public (restaurant universitaire, cité universitaire, transport, services sanitaires publics, ect…), nous semble une règle de base qui supprimerait un sentiment de discrimination venant de la part des étudiants du privé. Egalement la gestion de la carrière des enseignants identique à celle du public (absence d’un texte de loi en la matière).

De plus il serait grand temps qu’une réflexion en profondeur se fasse afin de favoriser les passerelles d’enseignement supérieur vers les deux sens, public et privé

5. Comment attirer plus d'étudiants étrangers?

Avant d’augmenter l’effectif d’étudiants étrangers, il est primordial que notre pays s’organise et s’oriente vers trois axes principaux qui favoriseront la venue d’étudiants étrangers :

1. l’accueil : ceci commence dès la réception de l’étudiant étranger à l’aéroport, Nous pourrions déjà inciter les autorités responsables à créer un bureau de douane et de police spécifique aux étudiants étrangers, où un accueil particulier pourrait être accordé.
2. La location : il s’agit également de créer des partenariats avec les propriétaires de biens immobiliers afin de faciliter la démarche de location d’un appartement qui reste le souci majeur de nos étudiants.
3. Un kit de bienvenue mentionnant toutes les démarches pourrait être proposé dès l’arrivée de l’étudiant étranger. Dans ce kit on y retrouverait outre les éléments d’hébergements, les informations concernant l’assurance maladie, les démarches pour la carte de séjour (et pourquoi pas un bureau à l’aéroport qui permettrait aux étudiants étrangers de fournir l’ensemble des documents pour l’obtention de la carte de séjour), les lois, les coutumes, et toutes informations nécessaires à l’intégration rapide d’un étudiant étranger dans notre pays.

L’accueil nous semble un des éléments importants pour pouvoir attirer nos étudiants étrangers, en commençant d’abord par deux conditions préalables :
-  Assurer un bon service de traitement des visas sur le maximum de pays africains, en plus de nos ambassades existants, des consulats tunisiens ou honoraires ;
-  Lancer des vols directs à destination de l’Afrique centrale et de l’ouest, touchant le maximum de pays francophones.


(1) A lire aussi les interviews de :

  Ridha Gouiaa, Directeur de  l'APBS (Avicenne Private Business School),  Farouk Kammoun Directeur de SESAME, Ridha Ferchiou, Président de l'Institut Tunis-Dauphine, Tahar Ben Lakhdar, président du groupe Esprit et Naceur Ammar Directeur scientifiqueM. Mahmoud Triki, Directeur de MediterraneanSchool of Business (MSB) et Mehdi Majeri, Directeur de l'Ecole Privée d'Ingénieurs.

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