Opinions - 23.05.2012

Quel avenir pour la Tunisie: République ou Califat ?

Quel avenir pour la Tunisie : République ou Califat ?

Le 14 janvier 2011 n’est plus  dans notre histoire  récente qu’un lointain souvenir qui ne nous fait plus rêver. Et au fur et à mesure que le temps et les évènements passent, cette  euphorie ,qui nous a  redonné pour  un  bref laps de temps  le goût  du bonheur d’un pays retrouvé et d’un peuple réconcilié, s’est avérée furtive et éphémère.
Le réveil post révolutionnaire sur la réalité de notre pays nous a fait prendre conscience de la brutalité  et de la dangerosité de ce qui nous attendait. Le vote historique  du 23 octobre 2011 qui devait permettre à nos concitoyens de décider de leur destin  et de rattraper le cortège du monde  moderne  s’est transformé en une marche funeste vers un inexorable déclin.

Une réalité qui n’est hélas pas aussi belle qu’on a bien voulu le croire. On a cru au miracle et on découvre un mirage. On a cru à la lumière et on découvre l’obscurantisme. On a cru à la démocratie et on découvre la théocratie. On a cru à l’apaisement et on découvre la violence. Et c’est ainsi qu’évolue la Tunisie, entre un passé que beaucoup regrettent et un avenir que beaucoup redoutent. Les autres, entre leur passé et leur présent, cherchent un petit coin dans l’histoire pour s’y loger  et guetter leur avenir.

En Tunisie, aujourd’hui, c’est le règne d’une minorité qui gagne du terrain tous les jours, en semant la peur et le désarroi sous les regardscomplaisants, parfois indifférentsdu gouvernement actuel avec un seul décideur Rached Ghanouchi . Rappelons que M. Ghanouchi a été  placé par les nouveau oulémas de la zeitouna ,au dessus de l’espace politique ,auquel doit  normalement appartenir chaque acteur politique tunisien indépendamment de son identité idéologique et  de son statut au sein de sa  famille politique. Sacralisé,Ghanouchi devient l’autorité suprême du pays.

Quand à notre président de la république l’usurpation ne semble pas le déranger ce qui nous laisse croire qu’il compte pour beurre. Si lui ne le  sais toujours pas, nous l’avons pour notre part bien compris.Peut-être nous surprendra t-il en frappant bientôt très fort sur la table ?

Nous sommes tous des orphelins de cette révolution que l’on croyait être une victoire historique contre la dictature.

Un grand défi relevé et que l’on croyait gagnable. En effet
Les acteurs de la société civile, les forces démocratiques  et modernistes non seulement n’ont pas su convaincre mais n’ont pas su mettre le temps et l’action de leur côté.

Des perdants, il y a en a beaucoup, peut-être même  le sommes nous tous.Ceux qui y ont cru, ceux qui n’y ont jamais cru et ceux qui veulent encore y croire. La république démocratique  que la majorité des Tunisiens espéraient voir et avoir n’est plus qu’un rêve brisé par une caste à part  qui n’appartient ni au temps ni à l’histoire de notre pays. Une caste qui n’a aucune légitimité et qui détruit tout sur son passage.  Les derniers évènements de Sidi Bou Zid et de Sousse en sont la preuve.

On me dit on souvent : mais on a retrouvé la liberté .Mais de quelle liberté  s’agit-il ? Celle de nous étriper, de nous diviser, de nous détester les uns, les autres ? Et pour combien de temps cette liberté va-t-elle durer ?  Trop de liberté tue la liberté.

Aujourd’hui, cette liberté au nom de laquelle on légitime la violence, au nom de laquelle on donne une place privilégiée à ceux dont la place est dans les prisons ou dans des hôpitaux psychiatriques, n’a plus de sens. Ceux -là même qui nous terrorisent avec leurs idées moyenâgeuses, abusent de  nos vraies valeurs auxquelles ils n’y croient pas. Ils font tout pour faire sombrer au plus vite notre pays dans les dédales d’un labyrinthe obscur dont on risque de ne jamais en trouver la sortie. Eux aussi agissent au nom de la liberté avec la bénédiction de ceux qui sont censés nous protéger.

La violence, est aujourd’hui partout, elle est  dans les actes, elle est dans les discours, et les prêches.Elle est dans la rue, elle est surtout dans les mosquées, là où on incite la jeunesse d’aller se faire tuer au nom du jihad islamique.

Comment dans un tel climat de peur, de désolation, et de tristesse, veut-on faire prospérer un pays en voie de  paralysie totale par l’instauration d’un système archaïque qui va nous mener droit dans le mur ? Comment avec tant de laxisme et d’inconscience de la part de nos gouvernants et de notre assemblée constituante peut  on être optimiste quant à l’avenir de notre pays ? Comment avec un gouvernement aussi complaisant et peu conscient du danger que représente une minorité d‘individus qui ne croit  ni en la république ni en ses valeurs peut on croire en l’avenir de nos enfants et surtout de nos filles ? Comment peut-on espérer une meilleure évolution de ce pays qui a tant besoin de paix pour passer aux vrais défis qui l’attendent que ce soit dans le domaine politique, économique ou social ?

En accordant un parti aux salafistes,  le gouvernement provisoire n’a fait que nous conforter dans nos craintes. Un parti qui  encore et encore nous prouve qu’il ne reconnaît nine respecteles lois nationales qui gèrent et organisent la vie politique. Qui refuse à la femme d’être l’égale de l’homme en matière de droits et de devoirs .Qu’il refuse la liberté de conscience et de culte.
Il est difficile de nous faire croire qu’ils renoncent à la violence, aux intimidations et surtout à la prétention d’avoir l’exclusivité  sur l’interprétation du divin.

Notre pays n’est pas fait  pour supporter une expérience à l’algérienne, il n’est pas fait non plus pour que l’on vienne y régler des comptes nous ne sommes pas rodés à ce genre d’affrontements.

S’il y a eu des fautes de part et d’autres, il faut aujourd’hui que chacun fasse son mea culpa et sorte ce pays du gouffre dans lequel les différends  gouvernements provisoires l’ont poussé.

Tout ceux qui ont exercé le pouvoir depuis le 14 janvier 2011 sont responsables de ce qui nous arrive. Les différents gouvernements qui se sont succédés .Ceux qui se sont présentés aux élections de la constituante, élus et non élus. Petits partis et grands partis. Haute instance et petites instances. Les égo démesurés nous ont menés là où nous sommes aujourd’hui  en laissant les portes grandes ouvertes  à toutes les dérives et à tous ceux dont le passé est si sombre qu’il nous est  pénible et difficile de nous en débarrasser.

Rien ne pourra se faire avec une situation aussi explosive, sauf jeter de la poudre aux yeux. Ce qu’il nous faut, c’est une volonté commune de sortir notre pays de ce marasme économique social et politique.

Les forces vives de notre nation sont appelées à engager un dialogue national qui implique avec les instances officielles concernées les acteurs de la société civile pour trouver une réponse aux défis majeurs auxquels notre pays fait face dans cette période transitoire particulièrement difficile.

Je joins ainsi ma voix à celle de la militante Emna Menif :
Démocrates de notre pays , de grâce ,UNISSEZ VOUS.

Latifa Moussa

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