News - 09.10.2011

Nessma TV ciblée par des salafistes : une condamnation unanime

Nouveau cran dans la montée de la pression salafiste, à deux semaines du scrutin du 23 octobre. Au lendemain des incidents perpétrés à la Faculté des Lettres de Sousse pour imposer l’inscription d’une étudiante portant le Niqab, c’est autour de la chaîne Tv Nessma de subir, dimanche, des tentatives d’assaut de ses bureaux sur l’avenue Mohamed V, par un groupe de salafistes. Se déclarant indignés par la diffusion, vendredi soir, par la chaîne du film Persepolis, ils étaient venus de Bab Saadoun et ont dû être interceptés par les forces de l’ordre, avant qu’ils n’arrivent aux locaux de Nessma Tv.

 
Selon le porte-parole officiel du ministère de l'Intérieur, Hichem Meddeb, des salafistes s'étaient dirigés vers deux établissements de la chaîne Nessma TV à Tunis, après avoir tenu une réunion à Bab Saâdoun, avec la participation d'environ 280 personnes, en vue de l'assaillir. Toutefois, les forces de sécurité les ont repoussé et les ont dispersé », précise la même source. La Police a procédé à des vérifications d’identité et déféré certains des assaillants devant le Parquet.
 
Un communiqué de Nessma TV précise qu’il s’agit de « groupes d'hommes barbus et de femmes portant le niqab. Certains des assaillants étaient armés de couteaux et de bâtons".
 
Le personnel de la chaîne (journalistes, techniciens et responsables) a, également, condamné, dans ce communiqué, ce qu'il a considéré comme étant "une attaque violente", appelant l'opinion publique et la société civile à faire face à de telles pratiques qui sont de nature à menacer la stabilité sociale et à interdire l'opinion contraire.
 
Pour sa part, M. Nabil Karoui, directeur de la chaîne de télévision "Nessma TV", a dénoncé ce qu'il a qualifié de "dictature de la violence", à travers laquelle "certains tentent d'étouffer la voix de la liberté d'expression", réaffirmant que la chaîne "continuera d'accomplir son rôle et maintiendra sa ligne éditoriale."
 
Les partis politiques et la société civile sont unanimes à condamner ces attaques et mettre en garde contre leur recrudescence. Samir Dilou, membre du bureau politique d’Ennahdha a souligné qu’  « on ne peut que condamner », tout en estimant qu'il s'agissait d'"actes isolés" et qu'il n'y avait "pas lieu de s'inquiéter".
 
Le PDP (parti démocrate progressiste) a également "condamné énergiquement" l'attaque de Nessma. "Tous les sujets qui concernent de près ou de loin l'identité arabo-musulmane sont explosifs" en Tunisie, a estimé Sami Ghorbal, conseiller politique au PDP. Le président d'Ettakatol (gauche) a exprimé "sa solidarité" avec Nessma et insisté sur "le droit à la liberté d'expression". "Les salafistes n'ont pas à remplacer la dictature de Ben Ali", a réagi Nadia El Fani à l'AFP. "Les barbus atteindront leur but si on continue à avoir peur. On se tait en pensant qu'il ne faut pas réveiller la bête, mais la bête est là".