News - 14.06.2018

En marge de la Coupe du Monde - Le football professionnel en Tunisie : vingt ans après, des réajustements s’imposent

Le professionnalisme, vingt ans après: Les réajustements s’imposent

Lorsque la FTF, sous la férule de Raouf Najar, préconisa en 1996 l’instauration du non-amateurisme, c’était essentiellement pour mettre un terme à une hypocrisie générale : l’argent avait fait irruption dans le football tunisien depuis belle lurette et beaucoup de joueurs n’avaient d’activité que le football avec rémunération sous le libellé trompe-l’œil d’aide sociale. Dans l’esprit du président de la FTF, la démarche devait être graduelle car le temps de l’adaptation était nécessaire. Mais le départ de Najar, aussitôt la mise en place effectuée, a compromis le concept car le calendrier escompté n’a pas été respecté.

Dans son document présentant un argumentaire exhaustif du projet, Najar précisait :

«Empruntant à l’économie ses concepts et même sa terminologie, les décideurs sportifs ne cessent de rechercher l’optimisation des résultats par l’adoption d’une stratégie, la mise en place de structures et de moyens. Atouts incontournables si l’on veut tutoyer en permanence la performance, en tirer les plus-values, améliorer sans cesse le processus de gestion afin de conquérir une place de choix dans un marché de plus en plus formidable englobant aussi bien le spectacle, le matériel que les athlètes eux-mêmes.»

A l’évidence, le projet était légitime, fondé et porteur. Les premiers pas ont été accomplis un an plus tôt : attribuer aux clubs l’organisation de leurs matches à domicile pour améliorer leurs recettes, puis les autoriser à avoir quatre joueurs sous contrat professionnel. Mais là où Najar n’a pas été suivi, c’est dans l’établissement d’un cahier des charges à moyen terme pour que les clubs évoluant dans le championnat non amateur disposent de tous les moyens induits par le sport d’élite : stade, budget, qualification des techniciens, limitation du nombre de joueurs, etc. Les prévisions accordaient ses chances à huit clubs pour répondre à terme à ce projet de cahier des charges. Restait la composante politique : l’Etat craignait la réaction des régions où les clubs promus en Nationale seraient incapables de répondre au cahier des charges, et donc d’évoluer parmi l’élite qui est a priori un rêve légitime.

Dès lors, le professionnalisme, consacré par les textes de la Fifa elle-même, est devenu en Tunisie un concept à plusieurs vitesses regroupant les nantis, les survivants et les démunis.

Mais si les quatre clubs sont ceux disposant d’atouts déterminants, à savoir la démographie, l’économie et l’infrastructure, les autres ont pu prétendre épisodiquement à cette dynamique générée par la circulation des joueurs, la manne de la publicité, du sponsoring et des droits de télé, ainsi que la ponction sur les recettes du Promosport. Donc, il y a quelque part une participation économique non négligeable comme l’illustre la création d’environ cinq mille emplois dans le football. Ce qui laisse certains observateurs fustiger le professionnalisme, c’est sans doute la disparité entre les clubs et les privilèges indirects dont bénéficient les grandes «écuries». Mais comment occulter aussi les dérives enregistrées dans la gouvernance ou la législation qui sont à l’origine de pratiques inadmissibles comme l’indiquent certains salaires accordés aux techniciens et aux joueurs alors que la part importante des budgets des clubs provient directement ou indirectement de l’argent public.

Les réajustements s’imposent donc pour que les dérives cessent, que les clubs se soumettent à la loi en matière d’impôt, pour que la grille des salaires soit en harmonie avec la taille du pays. Un footballeur tunisien qui touche un salaire équivalant à trois cents fois le Smig est une insulte à la masse des travailleurs. En 1999, lors d’une conférence donnée à Olympie, Jacques Marchand, journaliste sportif français, précisait : «Sans éthique, sans règles morales, le sport n’est plus le sport, il est autre chose, il est n’importe quoi, il est livré à la complète anarchie et sujet à toutes les dérives et exploitations. Il ne mérite plus le traitement médiatique que nous lui accordons.»
A méditer.

 

Sommaire

• Coupe du Monde de football Russia 2018: C’est parti sur Leaders !

• Football et mondialisation: Le business florissant de la FIFA

• Russia 2018 : A la découverte de la planète foot

• Fifa - De Jules Rimet à Sepp Blatter Comment la Fifa est devenue un empire: Comment la Fifa est devenue un empire

• Les Tunisiens de la Fifa: Ahmed Zouiten, Tarek Bouchamaoui, Slim Aloulou, Slim Chiboub et Néji Jouini

• L’arbitrage tunisien a eu six ambassadeurs en Coupe du monde: quatre arbitres et trois arbitres assistants

• Samy Ghorbal - Coupe du monde 2026: Le match Maroc/Etats-Unis, perdu d’avance ? 

• Coupe du monde Russia 2018: Il était une fois, le football...

• Des îcones du football mondial

• La Coupe du Monde de football, le titre sportif le plus prestigieux

• La petite histoire de la Coupe du Monde

• La Tunisie et la Coupe du monde : une seule victoire en 40 ans !

• Foued Mebazaa : C’était l’Argentine 78

• Abdelmajid Chétali: L’artisan de l’épopée argentine

Une distinction Chokri El Ouaer au Mondial 98

• La liste élargie des 23 joueurs convoqués

• Le grand absent : Youssef Msakni

• Le sélectionneur : Nabil Maaloul

• Mohamed Ali Chihi, Ambassadeur de Tunisie à Moscou : nous veillerons à la réussite de la participation tunisienne au mondial

• L'ambassadeur russe à Tunis : J'espère que la Tunisie va nous gratifier d'un football de haut niveau en Russie

• Coupe du monde Russia 2018: Regards sur le football tunisien

• Le professionalisme en Tunisie, vingt ans après

• Coupe du Monde Russia 2018 : La Poste tunisienne s’apprête à émettre deux timbres postaux

Samy Ghorbal - Coupe du monde 2026: Le match Maroc/Etats-Unis, perdu d’avance ?

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