Opinions - 06.02.2018

Mourad Guellaty: 2011-2018, un septennat pour rien!

2011-2018 : un  septennat pour rien !

"Les mauvais bergers sont la ruine du troupeau"
Homère ; L'Odyssée, XVII, 246 - IXe s. av. J.-C.

Il y a sept ans, se déclenchait un mouvement d’une grande espérance, emportant sur son passage les  carriéristes  de la politique, et tous ceux que la nature du régime unipersonnel  a éloignés de la chose publique, et  de la vie des citoyens au bénéfice de la recherche  d’une proximité auprès des princes qui nous gouvernaient.

Tout d’un coup, Il y avait du bonheur qui égayait nos rues, nos avenues, nos universités et tout ce qui comptait dans la vie de notre pays.

Une joie s’est propagée durant le mois de janvier 2011, dans la quasi-totalité de nos villes et nos campagnes.

Une joie que nous pensions pérenne, après des décennies de dépendance coloniale et de dictatures nationales.

Et puis patatras, la machine s’est grippée, et nous avons basculé dans une sorte d’euphorie revendicative, d’hystérie collective, de ceux que l’impatience torturait et que l’ordre nouveau n’arrivait pas à vite satisfaire.

Pour eux,  les événements de 2011 devaient déboucher instantanément  sur la culture pour tous, l’argent pour tous, la nourriture pour tous et ce dans un délai quasi immédiat.

Les professionnels du désordre ont fait également leur apparition, dans un but non avoué, mais bien connu, mettre le feu à la maison et se servir en premier lieu de ce qu’il en reste.

Notre mouvement de 2011 a, de plus,  été  un déclencheur, pour des situations semblables dans des pays voisins et amis, avec quasiment  les mêmes objectifs et la même thérapie.

Et  les mêmes résultats !

Une post révolution, gangrenée par l’entrisme de  ceux qui n’avaient rien à y faire

Nous avons eu des gouvernements successifs  qui ont "fait le Job" dans des conditions difficiles.

Nous avons un corps de médias de bonne qualité.

Ils  ont couvert les nombreux évènements   sans complaisance, et le maximum d’indépendance.

Là où le bât  blesse, c’est dans la multiplicité des protagonistes, acteurs de tous bords, pas tous, certains se sont comportés avec élégance et dignité, mais combien étaient ils ceux la ?

Les autres membres de la grande cohorte des nouveaux arrivants sur la scène médiatique, pour beaucoup, pas tous, ont offert un spectacle digne des combats de rue, avec échanges verbaux d’une qualité douteuse, souvent poussés par de gros décibels qui rendaient  leurs discours  inaudibles.

Il en est ainsi des  débats politiques dont  les duels se transforment en combats de coqs avec un contenu incompréhensible, et un exemple fâcheux offert aux téléspectateurs, parmi lesquels se trouvent une grande fraction de la jeunesse, et de tous ceux que la chose politique intéresse, car ils voient en elle  le bras armé de la Tunisie qui se rachète, qui se relance,  et qui au final en sont déçus.

Il ne s’agit pas d’un épiphénomène, c’est bien un problème qui affecte le moral de la nation toute entière qui se détourne de ces supposés membres de l’élite du pays qui ne savent que  dénigrer,  croyant qu’en  agissant de la sorte  ils  redorent leur propre blason.

Mais comment notre peuple qui souffre de conditions de vie délétères, n’a-t-il pas le droit de s’élever contre ces donneurs de leçons, très minoritaires par ailleurs,  ces supposés guides de la nation, ces hommes de pouvoir et d’influence ?

Il le fait à sa manière en protestant, contestant,  faisant la grève parfois.

Cela libère la colère contre les nantis ou supposés tels, mais ne résout en rien le problème.

Au contraire, cela contribue à faire perdurer la grande "chienlit" qui cohabite avec cette période dans laquelle nos principaux indicateurs économiques, le thermomètre de la santé du pays, sont en berne : chômage et déficits  au plus haut, et  taux de croissance de l’emploi, de l’investissement, et des exportations au plus bas.

Conclusion

Quand s’arrêtera cette interminable descente en enfer de nos déficits : de nos budgets, de notre balance des paiements, de la balance commerciale, de l’emploi et tutti quanti ? Quand ?
Difficile de répondre à cette question aujourd’hui, tant elle a été posée dans le passé, sans connaitre ni réponse positive, ni être suivie  par une réalité plus prometteuse.
Et pourtant, plus cette situation perdure,  plus il sera difficile d’en sortir.
Il faudra mieux communiquer, faire preuve de courage dans le discours, un peu à la Churchill, " je n’ai rien à vous offrir……", notre peuple n’est pas dénué de raison dés lors qu’on lui tient un discours de vérité.

Fixer un calendrier pour le redressement de nos équilibres,  le  retour de la confiance et de la croissance, et s’y tenir.
Tenir les engagements, c’est  changer les données de l’équation, et faire que les attitudes d’espoir succéderont à l’incrédulité généralisée, qui s’est emparée du pays au risque de l’enfoncer un peu plus.
Et croire, que malgré tout, ce septennat vécu, ce septennat pour rien, servira au moins comme exemple de ce qu’il y a lieu de ne pas répéter dans les mois qui viennent.

Mourad Guellaty
 

 

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36 Commentaires
Les Commentaires
Touhami Bennour - 07-02-2018 01:44

C´ est triste d´)en arriver à ce stade de délabrement. Mais je pense toujours que ça vaut la peine de persévérer. Dans les anciens pays démocratiques, c´est presque la même chose. Ce que je vois en Europe, c´est que la liberté d´expression, ce n'est même pas la liberté de pensée. On n´a pas encore peur de penser librement mais on peut s´exprimer quand même et c´est bien. L´homme ne peut pas évoluer s´il n´a pas le droit de s´exprimer. Pour penser ce qu´on veut on se débrouille. Ces pays sont riches mais c´est une autre histoire. Il faudrait faire quelque chose dans ce domaine en Tunisie. Il y a peut être "la Ruée vers l´or" qui préoccupe les gens. Quand même l´ancien système tunisien était plus riche que celui de la Révolution Française.

Montasser LITAIEM - 07-02-2018 09:12

Rien à ajouter, tout est triste et vrai!

Naoufel ben Batita - 07-02-2018 10:41

Nous n’avons pas été à la hauteur de ce septennat prometteur. Dommage nous avons perdu tous les acquis de la révolution. Bien vu si Guellaty!

Jaouida Cherif Ben Hammouda - 07-02-2018 11:05

Oui tout a fait d'accord, qu'avons nous fait de positif depuis 2011? rien rien et rien, que de la parlote et rien que ça ! Jaouida Cherif Ben Hammouda

Jameleddinw Bouzayene - 07-02-2018 13:24

Il est vrai que ces sept année ont été une période négative dans dans les sens du terme. C’est donc un septennat pour moins que rien. JB

Jamil Oussama Kéfi - 07-02-2018 18:42

C'est vrai, la situation n'offre pas d'e'spoir et la Tunisie est en moins bonne situation qu'il y a sept ans!Jamil Oussama Kéfi

Abdellatif Meddeb - 07-02-2018 19:51

Il y a rien à ajouter à ce constat réaliste et sombre. Il y a lieu de tirer là sonnette d’alarme et avancer avec des mesures draconiennes! À Meddeb

Amanallah.Guitouni - 08-02-2018 04:20

C’est décrit en termes mesurés la longue et irréversible descente de notre économie. AG

Imene Allan. Boustanji - 08-02-2018 04:36

Constat sévère mais juste et équilibré. Sérieuse constatation. Imene Boustanji

Abdellatif Wazzan - 08-02-2018 07:29

Nous avons vécu un septennat pas pour rien mais pour des pertes générales de nos différents moyens, ce qui n'est pas pareil. Nous avons reculé dans tous les domaines! A Wazzan

Hafedh ben Slimane - 08-02-2018 09:03

C’est un constat amer mais juste. Nous en sommes tous responsables Hafedh

Montassar Ouali - 08-02-2018 09:27

Non par pour rien monsieur Guellaty, mais pour une degradation continue du tissu économique, social et culturel du pays. Montassar Ouali

Montassar Krifa - 08-02-2018 11:06

UNE ANALYSE RIGOUREUSEMENT EXACTE DE TOUS LES AVATARS DE LA PERIODE ACTUELLE. ( Montassar Krifa )

Montassar ben Romdhane - 08-02-2018 11:48

Excellente réflexion sur ces temps troublés de l'histoire de notre pays. L'espoir est que cette période ne s'allonge pas trop, car refaire surface deviendrait une tache insurmontable pour très longtemps.Montassar ben Romdhane

A. FREDJ - 10-02-2018 11:26

C'est une vérité désolante que le moral des tunisiens soit en berne. Seuls les "protagonistes politiques sont dans l'allégresse". Et même ceux qui, jadis, prônaient une démocratie pour la Tunisie nous tournent le dos, pire, nous "backlistent".Le diagnostic étant fait, quelle ordonnance prescrire. J'ai une soif de vouloir vous lire à ce sujet.

Haj mansour Mohamed - 10-02-2018 22:13

Cher ami Mourad, très heureux de partager ton analyse que je considère à la fois objective et pertinente.

Jameleddinw Bani - 11-02-2018 04:43

Constat amer mais juste de sept années passées dans le brouhaha et sans aucun apport pour le pays.

Naoufel Skandrani - 11-02-2018 07:48

tout a fait d'accord!

Moncef Ben Mokhtar - 11-02-2018 18:31

RAS, rien à commenter tout est vrai! C'est triste, et nous avons besoins d’espoir !MBM

Fatma Rym Midani - 12-02-2018 05:24

Tel ce c'est parti et s'il n'y a pas un bon coup dans la fourmilière il risque d'y avoir d'autres septennats du même type.Il faut que tout le pays change.FRM

Imed ben Batita - 13-02-2018 10:28

C’est une tribune forte qui traduit très justement la longue descente en enfer de notre économie, de nos mentalités et la montée en puissance des charlatans de tous acabits. I b Batita

Mokhtar Ben Ali Cherif - 13-02-2018 17:50

Depuis 2011 différents gouvernements se sont succédés avec des fortunes diverses mais dans l’ensemblé peu de résultat. Pire même par rapport à l’année de départ les résultats ont été en recul. Donc un septennat pour rien au mieux, plutôt un résulta pour moins bien!

Jihene Ben Hadid - 14-02-2018 03:43

L'auteur expose une réalité que nous vivons tous, celle du déclin du pays.Quand cessera-t-il? JBH

Badreddine Akkari - 14-02-2018 08:49

La Tunisie est en recul irréversible depuis sept ans et il ne faut pas s'attendre à mieux dans la décennie qui vient. Nous avons un personnel politique malheureusement défaillant et qui ne pense qu'à son petit avenir. B Akkari

Noureddine ben Ammou - 14-02-2018 18:15

C’est hélas la vérité, toute la terrible vérité. Nous sommes très loins des espérances et du compte! Noureddine

Mohamed Ali Ben Mansour - 15-02-2018 15:35

Nous attendons le retour de la confiance et de l’espoir dans quoi rien ne sera possible.

Mohamed Ali Ben Mohamed - 15-02-2018 17:24

Nous sommes tous d’accord avec ce constat, reste le deuxième volet les solutions. Nous en avons grandement besoin, MOHAMED

Mohamed Ali Ben Mansour - 15-02-2018 21:41

Nous attendons le retour de la confiance et de l’espoir dans quoi rien ne sera possible.

Monia Bdiri - 16-02-2018 02:19

Nous avons, nous tunisiens, vécu un grand espoir en 2011 puis sept années d’une descente vers le moins bien. Sept années pour du négatif! A quand le sursaut de nos élites et de tout le peuple de notre pays? Monia Bdiri

Amina Bahri - 18-02-2018 06:24

Très juste cette fidèle image de notre existence contrariée depuis sept années. Amina

BELHASSEN MIDOUNI - 19-02-2018 18:46

C'est devenu une gymnastique politique de faire en sorte que demain sera moins bien qu'aujourd'hui! Avec cela nous ne pourrons jamais décoller! BM

Nabila MESTIRI - 20-02-2018 06:51

Tout est juste dans cette opinion, et surtout dans le titre qui traduit la perte de temps et de substance du pays. Dommage!

Mohamed Ali Attia - 21-02-2018 02:02

C’est un septennat pour le moins bien, hélas!

Jamil Montasser - 22-02-2018 12:24

Nous sommes d’accord avec le contenu de cette opinion, dans tous ses détails.JM

Amanallah Elhakimi - 24-02-2018 17:53

Bravo l’auteur pour ce texte réaliste et qui traite en adultes ses lecteurs! Amanallah

Nassef ben Tahar - 24-02-2018 18:51

Dur dur mais juste mille fois juste. Comment nous en sortir voici la question.? Nassef

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