Opinions - 09.01.2018

Tunisie: comment transformer la grogne… rester libre… et accessoirement sauver la démocratie

 Tunisie: comment transformer la grogne… rester libre… et accessoirement sauver la démocratie

En ce début de janvier 2018, il y a de la grogne dans l’air. Les nombreuses augmentations causées par la nouvelle loi de finances provoquent un air de mécontentement général rappelant vaguement ce souffle d’il y a sept ans.

Avec tout ce qu’ils ont vécu les sept dernières années, les Tunisiens doivent se convaincre que leur seule voie de sortie est de transformer leur mécontentement en effort, en développement, en idées, en travail bien fait, en surplus de productivité, de sérieux, de rigueur, de créativité.

C’est à leurs dirigeants politiques de les inciter à aller dans cette voie. Les dernières augmentations décidées n’auront de sens que si elles sont accompagnées d’une accélération de la guerre, encore timide, contre la corruption, contre ces tumeurs que représentent l’économie parallèle et la délinquance fiscale généralisée.

Avec tout ce qu’ils ont vécu les sept dernières années, les Tunisiens ont compris qu’un nouveau soulèvement, des manifestations, des blocages sociaux ou des changements de régime ne feront qu’empirer leur quotidien. Ils doivent tous revenir à la seule valeur refuge: le travail. Personne ne leur fera de cadeaux. Ils doivent tous trimer, suer, créer, entreprendre, rêver, innover comme le font les citoyens de toutes les nations libres. Ils doivent eux-mêmes dénoncer les tricheurs, les absentéistes, les resquilleurs, les profiteurs des failles encore nombreuses du système. Ces profiteurs doivent être publiquement sanctionnés pour que l’Etat retrouve sa pleine autorité.

C’est aux dirigeants politiques d’expliquer, avec pédagogie et optimisme, les raisons des sacrifices demandées et de l’énorme effort attendu. Les politiciens doivent embarquer les Tunisiens dans un projet d’avenir, ambitieux, volontariste, optimiste et capable de leur faire traverser les futures zones de turbulence sociales, économiques et politiques encore nombreuses. L’amateurisme de certains grands partis politiques, leurs liens troubles avec plusieurs barons financiers et leur recours en force à plusieurs tacticiens de l’ancien régime font craindre pour cette frêle démocratie des scénarios plus inquiétants les uns que les autres (désintérêt total des électeurs, retour aux manipulations des urnes, élections pourries par l’argent sale, suspension de la constitution et recours au scénario égyptien, voire même, par une succession improbable de drames, une importation du scénario cauchemardesque joué aujourd’hui de l’autre coté de nos frontières orientales).

Les prochaines échéances électorales seront d’une importance capitale. Elles nécessitent une classe de jeunes dirigeants post-2011 compétents, crédibles, visionnaires et patriotes. Or la Tunisie souffre de l’absence de pépinières pour jeunes politiciens. La machine à fabriquer des leaders qui a si bien fonctionné avec l’Indépendance est en panne. La Tunisie n’a aujourd’hui ni  traditions, ni mécanismes, ni structures modernes permettant l’éclosion de jeunes leaders talentueux, formés politiquement, charismatiques, bien initiés, stratèges et capables de galvaniser les troupes pour faire face aux innombrables défis et lancer et réussir les changements de fond qui ne peuvent plus attendre.

La Tunisie a besoin de dirigeants politiques jeunes, forts, compétents, charismatiques et populaires. C’est à eux d’inventer un nouveau discours permettant de convaincre les Tunisiens d’adhérer pleinement à un projet où ne les attend d’abord que sueurs, larmes et souffrances. Or l’éclosion de cette nouvelle génération de dirigeants politiques ne peut se faire que lors des épopées qu’ils commenceront à écrire avec les masses lors des échéances électorales.

Le président Beji Caïd Essebsi a piloté, en fin stratège, le lancement puis la continuité du processus de transition démocratique. Cette transition nécessite aujourd’hui que le président déclare clairement qu’il ne se représentera pas en 2019. Pour le moment, il laisse planer un doute qui pourrait être uniquement tactique. Il aurait peur que les cartes du jeu lui échappent. Or il doit avant tout jouer son rôle constitutionnel d’arbitre sage et respecté de tous. Il l’a déjà fait avec brio en 2011 après avoir interdit à toute son équipe de candidater. En entretenant le doute, il risque de piper les dés, l’arbitre ne serait plus crédible. En déclarant son forfait pour 2019 il aura la possibilité de garantir de futures élections législatives et présidentielles transparentes, libres et surtout non influencées par les mannes financières nauséabondes qui pourraient fausser tout le jeu et hypothéquer l’avenir et l’indépendance du pays.

 

Mhamed Aroui

Universitaire

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