News - 05.12.2017

Mohamed Larbi Bouguerra: Israël en voie de rééditer le scenario de «Algérie Française»?

Mohamed Larbi Bouguerra: Israël en voie de rééditer le scenario de «Algérie Française»?

A l’heure où des manœuvres honteuses et indignes se trament sur le dos et contre les intérêts légitimes du peuple palestinien***, il est utile de voir que la puissance d’Israël tant convoitée pour attaquer l’Iran n’est pas la cuirasse sans failles que certains imaginent.

« L’ambiance est délétère en Israël » écrit sobrement le correspondant du Monde en Israël ce mardi 3 décembre 2017.

Un  peu comme à Alger à la veille de l’indépendance de l’Algérie ?
En avril 1961, tentative de coup d’Etat et putsch des généraux félons en Algérie contre le gouvernement du général de Gaulle contraint par l’admirable  résistance du FLN et du peuple algérien de se séparer des « trois départements français». Le 24 avril 1961, le Premier ministre Michel Debré appelle les Français à résister aux putschistes « à pied ou en voiture » et ferme tous les aéroports de la région parisienne. Le 3 juillet 1962, l’indépendance de l’Algérie est proclamée. En représailles, l’OAS essaie d’assassiner le général de Gaulle au Petit Clamart le 22 août 1962.
En Israël, on n’en est pas encore là. Dans cette société, patchwork divisé en mille morceaux, tous les ingrédients d’un clash majeur se mettent en place.
Qu’on en juge.

Sus au chef de l’Etat

Le président Reuven Rivlin est considéré comme un traître et grimé en Yasser Arafat ou en kapo d’un camp de concentration allemand - comme l’avait été du reste Rabin par les partisans de Netanyahou - pour avoir refusé d’amnistier le soldat  franco-israélien Elor Azaria. Cet assassin a été condamné à 18 mois de prison pour avoir vidé son chargeur sur Abdelfatah Echarif, un Palestinien de 21 ans, blessé et gisant à terre, ne présentant donc aucun danger. Une exécution de sang-froid. Un geste d’une haine animale sanctionné par seulement cette légère peine de prison par « la justice » sioniste alors que cette dernière inflige trois à cinq ans de geôle à tout enfant palestinien pour jet de pierre sur un véhicule. A la tête de l’armée, l’amnistie de cet assassin n’était pas à l’ordre du jour en vertu du « code éthique » (sic) des militaires israéliens. Le Premier Ministre Netanyahou, prenant le contre-pied du chef de l’Etat et du chef d’état-major, a déclaré publiquement qu’il est pour l’amnistie de cette bête fauve qu’est Azaria. Il est de notoriété publique que les deux hommes à la tête d’Israël se haïssent. Netanyahou n’at-il pas appelé à voter contre la présidence Rivlin à la Knesset ?
De son côté, la Cour Suprême israélienne plie sous les critiques et les manifestations. Les extrémistes et le gouvernement trouvent que ses jugements ne sont pas assez patriotiques. Celui prononcé lundi 4 décembre 2017 par cette Cour va encore bien mécontenter ses adversaires et notamment les membres du Likoud, le parti de Netanyahou. Cette formation politique  cloue sans arrêt au pilori les principes de la séparation des pouvoirs et aimerait se débarrasser de cette encombrante juridiction. Celle-ci, rappelons-le, autorise la torture pour faire parler les Palestiniens. Cas unique dans le monde et dans les annales judiciaires !

Beit Shemesh, à 30 km à l’ouest de Jérusalem, a été bâtie en 1950 sur les ruines de la ville palestinienne de Bayt Natif. Elle compte plus de 100 000 habitants - en majorité originaire du Maghreb et dont 40% sont orthodoxes. Moshé Aboutboul, le maire, a, depuis des années, fait recouvrir la cité  d’affiches appelant les femmes à s’habiller décemment en mettant des jupes et des manches longues et en leur interdisant les vêtements ajustés. Des avis leur interdisent d’emprunter les trottoirs devant les synagogues et les écoles talmudiques (yeshiva), pour ne pas se mêler aux hommes, fleurissent sur les murs. (Lire Judy Maltz, Haaretz, 4 décembre 2017).  Après des années de procédure, le cas de cette ville a atterri à la Haute Cour. Cette juridiction  vient de condamner ces affichages d’un autre âge qui exposent à la violence et aux humiliations  les  femmes qui osent ne pas en respecter la teneur. La Cour siégera fin décembre pour apprécier si son jugement est respecté et si la ville doit payer les amendes infligées lors des procédures judiciaires  précédentes.

La marche de la honte

Dimanche 3 décembre 2017, Tel Aviv a vécu une impressionnante « marche de la honte ». Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Tel Aviv contre la corruption et pour la préservation de l’Etat de droit. Ce qui est très inhabituel dans cette ville généralement dissolue voire hédoniste.

En fait, depuis un an, écrit Piotr Smolar (Le Monde, 5 décembre 2017, p. 2), à chaque shabbat, les gens manifestaient devant le domicile du procureur général Avichal Mandelblit - nommé à ce  poste par Netanyahou - pour qu’enfin Netanyahou, son fils Yaïr, sa femme (qui a empoché près de 90000 euros d’argent public indûment) et son entourage rendent des comptes à la justice pour leurs innombrables casseroles. Le chef du gouvernement sioniste a été interrogé à six reprises par la police. Il y a, en effet, l’affaire des sous-marins allemands, celles « des cadeaux » de riches « amis »: des cigares, des hôtels, du champagne, des dessous de table, et l’entente secrète avec le journal gratuit du milliardaire américain Sheldon Adelson pour chanter les louanges de Netanyahou à longueur de colonne et chloroformer la société israélienne. Sans oublier le trafic sur la TVA en France sur les droits de pollution au carbone  et l’assassinat d’un des bandits impliqués dans cette énorme escroquerie. Escroquerie qui a grugé l’Etat français de plusieurs milliards d’euros.  Les manifestants de Tel Aviv s’insurgent contre la loi qui veut interdire à la police de recommander des inculpations au parquet général quand il s’agit d’affaires « sensibles » - celles impliquant des politiciens, bien entendu. Ce texte est passé en première lecture au Parlement israélien le 27 novembre 2017. Ce qui rappelle aux Tunisiens cette session extraordinaire de la Chambre des députés en septembre 2005, sous la dictature Ben Ali,  pour approuver une loi accordant des avantages mirobolants aux «présidents de la République dès la cessation de leurs fonctions » et à leurs familles en cas de décès. Cette loi fut publiée à la vitesse de la lumière dans le  JORT (Loi 2005-88 du 27 septembre 2005) dans la plus complète opacité! 

Ehud Barak : sauvons Israël de son gouvernement

Le New York Times a publié,  le 1er décembre 2017, un article où l’ancien premier ministre travailliste, ancien chef d’état-major de l’armée d’occupation fustige le gouvernement Netanyahou qualifié d’« irrationnel et frisant le messianisme ».  Et Barak de continuer ainsi sa charge : « Notre pays voit aujourd’hui son propre avenir, son identité, sa sécurité sévèrement menacés par les caprices et les illusions du gouvernement ultranationaliste du Premier Ministre Benjamin Netanyahou. » Ce politicien « has been » s’alarme car Netanyahou semble avoir mis le cap sur « la solution à un Etat » ce qui signifierait qu’Israël ne sera « ni un Etat juif ni un Etat démocratique…  embourbé dans une violence permanente» avertit-il. Il reproche de plus à Netanyahou d’avoir éloigné les juifs américains d’Israël par sa capitulation devant les ultra-orthodoxes en interdisant aux femmes l’accès au Mur des Lamentations. Pour aller vers la paix, Barak est d’avis que l’unité, l’intégrité et la solidarité du peuple doivent passer avant l’unité territoriale et il ajoute : «Netanyahou sanctifie la terre d’Israël qu’il met au-dessus du peuple d’Israël. » et ce leader d’un parti de « gauche » d’exposer sa vision d’un éventuel Etat palestinien. Quand on a cette gauche-là, on n’a pas besoin de droite !

Coup de pied final de l’âne : Barak affirme que Netanyahou a élevé au rang d’un art consommé - et en hébreu - les fausses nouvelles (fake news), les faits alternatifs et le jusqu’auboutisme avant que ces notions n’atteignent la célébrité en anglais. Point d’orgue : « son gouvernement [à Netanyahou] met en danger l’avenir même d’Israël» selon  Barak.

Comme pour vérifier cette mercuriale verte de Barak, le ministre de la Santé, Yaakov Litzman, né en Allemagne de parents polonais, menace de démissionner car il veut que la maintenance des voies ferrées n’ait pas lieu  durant le Shabbat. Cet homme vit en fait sous la direction du rabbin Gour qui  décide de tout pour toutes ses ouailles et qui a ordonné à Litzman de se lancer en politique en 1999. Ce monsieur, qui a refusé,  lors des réunions de l’OMS à Genève, de serrer la main de Marisol Touraine, ministre française de la Santé ainsi que celle de son homologue belge Laurette Onkelinxsous, est un ultra-orthodoxe (haredi), chef du parti religieux Agoudat Israël. La menace de Litzman peut faire tomber le gouvernement d’extrême droite de Netanyahou.

La bataille de l’opinion publique

De plus en plus, Israël perd la bataille dans l’opinion publique dans le monde. Même si les Palestiniens ont affaire à très forte partie !

La presse a fait des gorges chaudes des mensonges et du parjure de Michaël Flynn, ancien conseiller de Trump, face aux autorités américaines. Mais rares sont ceux qui ont signalé que ses rapports avec l’ambassadeur russe à Washington,  Serguei Kislyak,  concernaient aussi la Palestine. Le général Flynn essayait de convaincre Moscou de ne pas voter la motion 2334 (23 décembre 2016) du Conseil de Sécurité condamnant la colonisation israélienne à Jérusalem Est et en Cisjordanie. On se souvient que M. Obama avait donné le feu vert à une abstention de son pays et n’a pas sorti le veto habituel cette fois-là. Au grand dam de Trump et de son gendre Jared Kushner.

En outre, soixante députés anglais ont signé une motion appelant à la protection des enfants palestiniens prisonniers d’ Israël.  Mercredi 6 décembre 2017, le Parlement anglais débattra des démolitions de maisons appartenant à des Palestiniens (crimes de guerre ?) au moment même où l’occupant sioniste va détruire le cinquième du village de Susiya sous prétexte de recherches archéologiques et d’occupation indue alors que les documents de propriété datant de 1881, de l’époque ottomane, confirment les droits des Palestiniens.

Enfin, 56 députés européens ont demandé la libération de l’avocat franco-palestinien Salah Hammouri, embastillé par Israël. Comme le Président Macron va recevoir très prochainement Netanyahou, peut-être demandera-t-il, lui aussi, la libération de son concitoyen sous lettre de cachet dans « l’unique  démocratie » du Moyen-Orient.

Le pire pointe à l’horizon : lors de la journée « Israël-Palestine : que la France s’engage » tenue au Palais du Luxembourg (Sénat) à Paris  le 27 novembre 2017, Aymen Odeh, député à la Knesset et président de la liste unifiée des différents partis arabes israéliens lors des élections législatives de 2015,  a déclaré que le gouvernement est en train de préparer un loi fondamentale pour marginaliser le vote arabe. Netanyahou, comme la mule du pape, n’oublie pas qu’à deux reprises, les députés arabes l’ont empêché d’accéder au pouvoir en donnant leurs cinq voix à Rabin et à Olmert. Aujourd’hui, ils sont 13 et constituent le 3eme groupe parlementaire à la Knesset. Trop dangereux pour l’extrême droite sioniste.

A ceux qui veulent décider à la place du peuple palestinien rappelons que « L’ambiance est délétère en Israël ».

Netanyahou n’est pas le bon cheval sur lequel ils parient. Il  leur faut apprendre les leçons  de « l’Algérie française ».

Mohamed Larbi Bouguerra

*** Lire Anne Barnard, David M. Halbfinger et Peter Baker, «  Les discussions d’un plan de paix qui ne satisfait guère les Palestiniens sème le trouble au Moyen-Orient » The New York Times, 3 décembre 2017.



 

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