Opinions - 04.12.2017

L’Etendard : Que retirer de cette nouvelle revue militaire?

L’Etendard : Que retirer de cette nouvelle revue militaire ?

Finalement cette revue tant attendue  vient de paraitre et pour laquelle je tiens à féliciter et remercier le Comité de rédaction de l’Association des Anciens Officiers de l’Armée Nationale (AAOAN) pour ce travail intéressent. Ce document qui a peut-être, suscité peu de commentaires sinon peu de débats, aurait mérité une lecture attentive car il est loin d’être anodin. Irréprochable sur la forme, cette revue d’une soixantaine de pages lénifiantes, lissant les aspérités,évitant de choquer, n’est pas sans reproches quant au contenu. Ses rédacteurs ont tenu à noyer la réflexion personnelle sans doute dans un but inavoué de faire disparaitre la composante militaire du paysage régalien. Suis-je trop sévère? Je ne le pense pas.

Que nous apporte cette revue? Une grande satisfaction

Il faut effectivement l’écrire. Ce document pragmatique et lucide donne une réelle satisfaction car il permet aux forces armées de retrouver la place qui leur est due dans la scène médiatique nationale  surtout en ces temps d’insécurité, loin de tous les mélanges que nous connaissons ailleurs avec  nos «stratèges en chambre» ou idéologues passés dans l’utopie de la paix universelle et la seule connaissance livresque.

«Servir autrement», devise de l’AAOAN, cette formule simple peut signifier à elle seule ce que beaucoup oublient dans notre société: «servir oui, se servir non». Bel objectif auquel je peux adhérer comme beaucoup de militaires.

Comment la valoriser?

Il faut rapidement donner à la communauté militaire le moyen de porter son expertise dans le débat public de manière factuelle, sans esprit partisan ni polémique. Le moyen en somme de rendre compte au  peuple  seul souverain des réalités des choses. Il ne faut surtout  pas cautionner les mensonges éhontés  sur la situation de nos forces armées et de notre capacité de défense.

Puisque les politiques ont emprisonné notre histoire, faisons la sortir des cages idéologiques. Libérons nos esprits de leurs chaines, regardons la réalité avec des yeux francs et faisons parler nos émotions, nos traditions, nos valeurs. Ils ont beaucoup de choses à apprendre à notre peuple, sur nous, sur le passé, sur l’avenir. Les demi-vérités, les sentiers battus plusieurs fois empruntés ne mènent nulle part, au plus à la dérive, sinon au fleuve des regrets.

Avec nos plumes respectives, sarclons, creusons, retournons  les feuilles, déterrons les objectifs qui intriguent, analysons les sujets même ceux qui fâchent la hiérarchie.

Nous serons quoique nous fassions, poursuivis par cette question d’apolitisme, tant que celui-ci n’est pas résolu. Nos mots seront tamisés, les silences des uns et des autres accusés.

Le temps n'est-il pas venu de rabattre toutes les cartes, de séparer les faux-semblants, les saints des corrompus et les justes des faussaires?

Rien n’est tabou, tout est discutable. L’officier ne doit rien cacher à ses compatriotes. Il doute de tout, aussi bien des géants sanctifiés que des thèses éternelles.

La priorité devrait être accordée, bien entendu, à la lutte antiterroriste sans pour autant obérer le développement des autres menaces plus traditionnelles mais aussi réelles: Suivi des capacités militaires de nos voisins, la contre-prolifération, la contre-ingérence, le contre-espionnage, les crises migratoires et les réfugiés, le dérèglement climatique, la criminalité organisée...Etc.

Aussi, les actions terroristes impliquent aujourd’hui une chirurgie de guerre notamment dans la gestion des blessés de masse, ce que le civil ne sait plus faire.
Egalement, la prise en compte des menaces informationnelles (Internet, réseaux sociaux, propagande numérique) qui  permettent d’agir à distance en s’affrichant des frontières entre «l’intérieur» et «l’extérieur» des Etats.

L’Etendard, une revue  militaire certes, mais l’objectif ciblé est plutôt civil, l’opinion publique et les pouvoirs publics. La classe politique comme l’élite du pays devront être informées (et formées) sur  les questions de défense.

Nos décideurs seront-ils plus lucides sinon plus courageux en 2018 ? A voir. En attendant, armons-nous moralement et élargissons notre culture générale sur l’ennemi et sur les menaces en cours et à venir. L’Etendard peut y contribuer

Colonel (r) Mohamed Kasdallah



 

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