Opinions - 15.08.2017

Discours de BCE: Les pavés dans la mare

Les pavés dans la mare

Dans ce pauvre pays, c’est la saison des pavés dans la mare. Le premier dont les conséquences ne sont pas prêtes d’être  éteintes a émané du respectable Cheikh Rached Ghannouchi,  qui sans crier gare et au mépris des dispositions constitutionnelles, a intimé l’ordre au jeune et dynamique chef de Gouvernement Yousef Chahed de ne pas se présenter aux élections présidentielles de 2019 et de le déclarer publiquement s’il entend  rester à ce poste pour expédier les affaires courantes. J’avais, peut-être à tort, pensé qu’il ne pouvait faire pareille déclaration qu’après discussion avec le Président de la République, BCE .Mais, au vu des flèches qu’il vient de décocher à Si Rached ce 13 août (caractère prématuré de penser en 2017 à des élections qui pourraient se tenir en 2019, contestation de ses interventions en matière de politique étrangère, la constitution boiteuse de juin, l’alignement sur l’ami turc…) Je pense  que le courant ne passe plus très bien entre les  deux vieux et c’est tant mieux.
C’est ce nouvel environnement qui aurait poussé BCE, à jeter à son tour son pavé dans la mare, en donnant le signal de l’ouverture de la boîte de Pandore de l’égalité de l’héritage et de l’abrogation de la fameuse  circulaire de 1973 cédant ainsi et enfin aux pressions des femmes démocrates. C’est BCE qui a aussi,  je crois, lever les réserves aux conventions internationales.

Par cette proposition voudrait-il récupérer une partie de l’électorat, surtout féminin, qui lui a échappé après son rapprochement avec Ennahdha et devant le refus du Front populaire ?

A cet effet, il a cru bon de désigner une commission dont la composition est, à mon avis, loin d’être neutre. Elle a été proposée, je pense, par les femmes démocrates. Je n’ai pas vu l’ombre d’un de nos cheikhs modérés comme s’il y en avait pas. Je n’ai pas vu Si Youssef Essedik. Je n’ai pas vu madame Lakhdhar et j’en passe. Quant au Mufti , je lui pardonne sa précipitation.

Affirmer que discuter de ces problèmes ne relève pas de la religion, c’est ma foi, aller un peu trop vite en besogne. Pourtant il y a des versets clairs dans notre Livre sacré. Certes,le droit objectif n’applique pas strictement ce que dispose le Coran puisque ont été exclues de l’héritage certaines personnes mais,Je suis pour une lecture et une adaptation du texte coranique aux réalités du siècle où nous vivons mais non par l’exécutif et sous la pression de certains lobbies. Faisons comme a fait Bourguiba en 1956.Il bien consulté nos Oulémas et des plus compétents. Ils ont entériné la répudiation et j’en suis convaincu mais se sont opposés à l’égalité de l’héritage. Demandons à Si Ahmed Mestiri, que DIEU le préserve, pourquoi.Il est le seul qui maîtrise la question.
Si la loi relative à la défense de la femme et de l’enfant contre les violences est une urgence nationale et qui a été, d’ailleurs, longuement débattue, il n’en est pas de même de la loi sur l’héritage et l’abrogation de la circulaire de 1973 qui peuvent attendre encore, non les calendes grecques, mais au cours de la prochaine  présidentielle, le temps que l’économie reprenne son souffle et que le terrorisme et la corruption soient maitrisés.

Déjà les longues discussions sur l’identité nous ont fait perdre un temps fou et ont contribué à diviser le pays et voilà qu’à la veille d’élections municipales  l’exécutif pose des problèmes qui divisent le pays.
Il y a des concitoyens qui sont prompts à s’aligner sur les valeurs dites universelles comme si nous musulmans, il est vrai faibles actuellement, parce que en état de décadence économique, n’aviez-nous pas nos propres valeurs qui peuvent ne pas coïncider avec celles de l’occident qui cherche à nous les imposer  allant jusqu’à conditionner ses prêts.
 Au rythme où vont les choses, il n’est pas étonnant que cet occident derrière lequel on court et qui en fait nous rejette, surtout après nos exploits obscurantistes, nous demandera de réviser notre Coran, d’en supprimer certains passages ou de le retirer de la circulation.

Certes, je ne suis pas pour une application stricte des textes coraniques qui parfois sont devenus désuets par la force du temps telles que la référence à l’esclavage, mais « Lisons » alors, une fois pour toutes, notre Coran, comme nous y invite Si Youssef Essedik.

Lisons-le ensemble, c'est-à-dire, tous les courants de pensée confondus avec la nécessité de la présence de nos oulémas, de philosophes, d’anthropologues, d’historiens, de linguistes, de grammairiens, de scientifiques … et que cette commission se prononce sur ce nous  divise, éloigne nos enfants de notre religion, attire la haine de l’autre envers l’Islam et proposons des règles à suivre ou à ne pas transgresser pour être en cohérence avec les principaux fondements du Livre sacré.

Boire ou non l’alcool, faire ou non Ramadhan même dans des conditions draconiennes comme cette année, faire le pèlerinage, consentir  le mariage avec le non musulman, les règles à suivre en matière d’héritage et j’en passe.

Les jeunes et les moins jeunes se cherchent et veulent avoir une feuille de route claire. Certains versent dans le christianisme. Allez visiter les églises. Certains ont opté pour le libertinage et le dévergondage. Ils s’éloignent de la vie publique comme le prouve leur absence du registre électoral.C’est leur droit Constitution à l’appui, me diriez-vous, mais en tant autorité politique vous avez la lourde responsabilité de veiller à ce que ce peuple constitué de musulmans essentiellement le reste et que la situation n’empire pas. Le vent de la liberté souffle un peu trop fort et risque de tout emporter. Les paravents sont nécessaires et ce n’est pas certainement la commission de BCE qui pourra faire ce travail avec tous les égards qu’on pourrait porter à ses membres.

Je voudrais revenir sur l’égalité de l’héritage. La justice de Dieu a été amplement  évoquée.

J’avertis la commission que nul n’a le droit de disposer des biens d’une personne. C’est celui qui est propriétaire de ces biens qui a le droit de son vivant, d’en disposer.

Si la loi devrait être amendée, elle devra respecter le principe sacro-saint du droit de la propriété en stipulant que le  propriétaire  des biens pourra les répartir, entre ses enfants et pour qui bon lui semble, dans les proportions qu’il jugera nécessaires. Il pourra, en son âme et conscience, privilégier sa femme, sa fille ou son fils ou les mettre tous sur le même pied d’égalité, ce sera son plein droit. Il n’a de compte à rendre qu’à DIEU.En  agissant ainsi, le parent sait ce qu’il fait. Par exemple,si son fils a réussi dans la vie sociale et que sa sœur non, pourquoi voulez-vous que le fils accroisse injustement ses richesses au détriment de sa sœur( qui est au-dessous du SMIG  puisqu’on lui sert 400 dinars en dépit de ses diplômes) ? Si la fille s’est comportée tendrement à son égard alors que le fils ne l’a pas fait, pourquoi voulez-vous que la loi lui impose l’égalité entre la fille et le garçon ? Vous parlez de justice, c’est ça la justice. Et l’inverse est vrai !
Que la commission ne se mêle pas de ce qui ne la regarde pas.
A bon entendeur salut.

Mokhtar el khlifi
 

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