Opinions - 03.08.2017

A-t-on pensé à la Tunisie ?

A-t-on pensé à la Tunisie ?

Hier soir, premier aout, plus d’un d’entre nous a suivi l’interview inattendue de Cheikh Rached Ghannouchi drapé dans un beau costume et cravaté ce qui est nouveau et remarquable.

Il a annoncé la couleur. Un gros pavé a été lancé dans la mare, bien lourd de significations politiques. Tous les acteurs politiques et les investisseurs locaux et étrangers sont obligés de tenir compte de cette nouvelle donne. La Tunisie change de Gouvernements comme on change de chemise.

L’injonction publique faite au jeune Chef du Gouvernement de ne pas se présenter aux élections  présidentielles de 2019, annonce  une période d’incertitudes préjudiciables pour le pays et surtout pour l’économie. La bataille pour le Pouvoir est engagée.

J’aurais souhaité que les  élections présidentielles soient reportées, à titre exceptionnel, à une date ultérieure le temps que l’économie redémarre,  et que le terrorisme et la corruption soient maitrisés. Mais il y a, malheureusement, ceux qui mettent leurs intérêts personnels avant ceux de la patrie.

Je pense que BCE et Cheikh Rached sont tous les deux d’accord pour empêcher le jeune Chef de Gouvernement  d’accéder à la Présidence en le poussant prématurément à la sortie, ou en le maintenant au Gouvernement à condition qu’il soit sage, c'est-à-dire, qu’il soit un simple exécutant de leurs politiques.

Entendez que la lutte contre la corruption a dérangé certains car si elle était poursuivie elle toucherait bien leurs intérêts.Le contrôle efficace notamment des associations mènerait tout droit à découvrir comment certains partis, en l’absence de subventions suffisantes de l’Etat financent leur activité et dominent la scène politique.

Monsieur Youssef Chahed a par ailleurs, acquis une stature internationale et une forte popularité auprès d’une large frange de la population. En politique, c’est un rival sérieux à abattre.

Ecartez-vous de notre chemin lui a-t-on dit. On ne peut être plus clair et plus direct.

Qui aimerait bien être à la place de Monsieur Y.Chahed? Personne. Quelle sera sa décision? Il devra y bien réfléchir. Le pays l’attend.

Démissionner serait un comportement digne d’un homme blessé dans son amour propre. L’inconvénient est que le pays risque d'entrer dans une période plus ou moins longue dans la recherche d’un remplaçant alors que le pays traverse une situation économique et monétaire difficile.

Le citoyen se rappelle amèrement le temps perdu à déboulonner Si Habib Essid et à le remplacer.

Les éventuelles décisions d’investissement seront annulées, ou dans le meilleur des cas, reportées sine die, car les observateurs n’acceptent pas qu’on change une équipe qui leur a ramené la sécurité dans un pays où la croissance  commence à montrer timidement le bout de son nez.

Ne pas démissionner, déclarer qu’il ne pense nullement aux élections et continuer à travailler en boostant les réformes et en poursuivant la lutte implacable contre la corruption, c’est servir le pays. Il devra s’adresser directement au peuple et lui demander son appui. Une manifestation monstre devra l’appuyer car, bien entendu, il ne peut compter sur l’appui du parti dont il est issu, ni d’aucun autre parti concurrent.

Néanmoins, pour apaiser certains esprits, Y.Chahed devra prendre à témoin le peuple, qu’il n’interfèrera pas dans le processus électoral et que l’ISIE sera garante du déroulement d’élections transparentes sans compter l’œil vigilant des médias et de la société civile.

BCE et Cheikh Ghannouchi doivent enfin comprendre qu’il faut laisser la place aux jeunes surtout ceux qui ont administré la preuve,  beaucoup plus que d’autres, qu’ils sont en mesure de faire quelque chose de bienpour le pays et qu’ils acquis une certaine expérience. Ils ont l’énergie et la volonté de réussir pourvu qu’on les laisse agir.

En ce qui me concerne, qu’ils soient certains que je ne voterai pas pour eux  au cas où l’un d’eux commettrait la maladresse de se porter candidat, étant rappelé que bien que n’appartenant pas à Nida j’avais voté pour BCE.

Faisons confiance à notre Gouvernement, laissons-le s’acquitter de sa mission, mettons de côté les acrobaties politiques et ne perdons pas de temps. Le pays a besoin de plus de stabilité et de moins de tensions. Pourquoi ouvrir  maintenant cette boîte de Pandore?

Mokhtar el khlifi

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