Opinions - 18.05.2017

Slaheddine Sellami: La Tunisie a besoin de sérénité

Crise politique et morale

Il est de plus en plus clair que le fossé entre le peuple et la classe politique, toutes tendances confondues, se creuse irrémédiablement. La loi sur la réconciliation nationale et l’impossibilité aux deux parties en présence à mobiliser la rue en est l’exemple le plus édifiant. Cette loi considérée par les médias comme une loi qui divise les tunisiens est en fait une loi qui divise plutôt la classe politique et non les tunisiens qui ne considèrent pas cette loi comme une de leurs priorités. Ils savent très bien que ce n’est pas son adoption et encore moins son rejet qui changera leur quotidien. En effet le chômage ne va pas baisser même si les défenseurs de cette loi promettent une reprise de l’investissement, Les prix ne risquent pas de baisser, le pouvoir d’achat du citoyen ne va pas s’améliorer et la peur de la perte d’un emploi continuera à hanter plusieurs travailleurs du secteur privé. Le président de l’instance de lutte contre la corruption continuera à déclarer à chaque occasion qui se présente que la corruption se généralise et gangrène le pays sans aucune conséquence et avec un exécutif toujours sourd ou impuissant. Par contre, cette loi risque d’aggraver la corruption et encourager le sentiment d’impunité. Peut-on envoyer un si mauvais signal, à ce moment précis de notre histoire, aussi bien à l’opinion internationale qu’au peuple qui souffre et pour lequel nous demandons toujours plus de sacrifices ?  

Nous avons besoin de remèdes pour guérir notre société et non pour la rendre encore plus malade et plus divisée.

Il est vrai que la crise en Tunisie est à la fois économique et sociale mais aussi et surtout elle est politique et morale. La dilution du pouvoir entre le Bardo, La kasbah et Carthage rend la prise de décision lente, difficile et fait intervenir un grand nombre d’acteurs et surtout de lobbies. Si on ajoute à ceci le retour sur scène d’un grand nombre d’hommes et de femmes qui étaient considérés comme les piliers de l’ancien régime, qui ont participé et profité de la corruption, ou qui ont organisé la propagande pour ce régime et sa main mise sur l’économie, on comprend le pessimisme et le désarroi des tunisiens qui baissent les bras. Ces personnes ont envahi progressivement les partis politiques actuellement au pouvoir, ils ont investi une partie de la fortune amassée sous Ben Ali dans les différentes campagnes électorales de 2011 et 2014 et ont pu infiltrer les différentes sphères du pouvoir. Ils se mettent aujourd’hui en première ligne pour défendre et faire passer la loi sur la réconciliation nationale telle qu’elle est proposée aujourd’hui. On peut penser qu’un dialogue national aurait pu dégager un consensus sur certaines dispositions qui me paraissent légitimes comme le volet qui touche les fonctionnaires qui ont agi par peur et qui n’ont tiré aucun profit de leurs décisions. Les volets qui concernent les hommes d’affaires et les infractions liées au change pourraient attendre un climat plus favorable et surtout des gages d’une totale transparence. Notre pays a surtout besoin de sérénité plus qu’à tout autre moment de son histoire.

Tous les sondages montrent que la majorité des tunisiens mettent la lutte contre la corruption parmi leurs plus grandes préoccupations et que ces mêmes sondages montrent que les personnalités politiques qui utilisent, à tort ou à raison, cette lutte contre la corruption comme slogan sont dans le hitparade des personnalités les plus appréciées. Ne pas tenir compte de ces données montre à quel point le pouvoir est sourd, aveugle, impuissant ou complice.

Il apparait de plus en plus que l’action du gouvernement dans ce domaine se heurte à certains membres du gouvernement, à certains conseillers qui ont été imposés par les lobbies et à certains élus dont le passé est édifiant. Il est donc urgent que le chef du gouvernement fasse un nettoyage profond et surtout montrer au peuple qu’il est décidé à faire de la lutte contre la corruption sa priorité absolue par des faits concrets et non par les paroles. Il rendra ainsi au pays un énorme service et mobilisera l’immense majorité des tunisiens.

Sans une guerre sans merci aux contrebandiers et aux corrompus aucun décollage économique n’est envisageable et aucune réforme n’est possible et ce n’est pas le chiffre de 2,1% de croissance pour le premier trimestre 2017 qui doit nous satisfaire. Ce chiffre apporte une note d’optimisme mais il doit s’inscrire dans la durée et doit être analysé par les experts économiques.

En Tunisie nous avons les moyens de sortir du marasme actuel, nous possédons les compétences nécessaires et les patriotes qui sont prêts à se sacrifier pour permettre un vrai décollage. Malheureusement plusieurs parmi eux considèrent qu’ils ne peuvent rien dans le climat actuel où règne la médiocratie et où des personnes aux mains sales sont de plus en plus influentes et sont les invités privilégiés des médias. Ces mêmes personnes n’osaient même pas se montrer dans les mois qui ont suivi la révolution. Aujourd’hui ils se permettent de donner des leçons aux militants. Malheureusement en Tunisie certains sont prêts à vendre tout y compris leur honneur.

Chasser le naturel il revient au galop

Slaheddine Sellami
  

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1 Commentaire
Les Commentaires
Fakher Fakhfakh - 18-05-2017 21:59

Analyse juste ,elle reflète la réalité et montre qu'on a besoin d'un homme d'Etat qui tient le boeuf par les cornes si non la Tunisie est foutue.

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