News - 27.06.2016

Le «Build to Target» doit être l’approche adoptée pour former le prochain gouvernement de crise

Le «Build to Target» doit être l’approche adoptée pour former le prochain gouvernement de crise.

De tout temps, les Hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise disait Jean Monnet. Nous sommes aujourd’hui dans une crise, une crise bel et bien profonde et lourde de conséquences et de risques. Le changement à opérer est un défi que nous nous devons de relever tous ensemble non seulement sans exclusion aucune,  mais aussi avec un engagement et une implication réelle de nous tous.
Comme dans toutes les crises, dans tous les domaines, que ce soit celui des entreprises en difficultés, des projets en situation d’échec où de pays en graves tumultes,  il s’agit et avant tout d’aller à l’essentiel le plus vite possible pour sauver les meubles et éviter le pire en alignant les ressources sur les objectifs et en faisant adhérer la majorité des acteurs et de la population.
 
L’approche «Build To Target» que je propose consiste à commencer d’abord par définir les objectifs pour ensuite définir la structure nécessaire pour les atteindre, sélectionner et aligner les ressources pour réaliser les objectifs et enfin de mettre en place le dispositif de suivi, d’ajustement et de gestion de la performance.
L’approche, déjà utilisée sur le plan gouvernemental par nos amis Irlandais lors de leur récente crise économique, consiste à dérouler d’une façon successive quatre étapes clés pour constituer une équipe performante, focalisée et centrée sur l’essentiel et d’une façon urgente:

  1. Définir les objectifs quantifiés, les dater et les hiérarchiser en fonction des urgences du pays.
  2. Définir la structure de gouvernance  la plus serrée possible en adéquation avec les objectifs retenus .
  3. Choisir les personnes en fonction de leurs compétences et de leurs capacités à atteindre les objectifs et à conduire leurs équipes pour les réaliser.
  4. Leur faire signer un contrat d’objectifs individuels et collectifs et bâtir le système de gouvernance et de management de la performance afférent.

Appliqué  à notre situation tunisienne actuelle, le «Build to Target » pour constituer ce nouveau gouvernement d’ «Union Nationale», qu’il convient de rebaptiser à mon sens  en «Gouvernement de Crise»,   pourrait donner:

1- Définir et partager les objectifs les plus urgents pour redresser la barre

Au vue de la multiplicité des attentes et de la complexité de la situation de départ et afin de se focaliser sur le nécessaire vital, les objectifs qui me paraissent dans le haut de la pyramide des priorités pourraient être les suivants:

  • Assurer la sécurité et lutter contre le terrorisme,
  • Mettre les Tunisiens au travail et à la création de la valeur ajoutée (agriculture, industrie, mines, artisanat, tourisme, grands travaux) : pour générer 5% de croissance dès le T4 et un minimum de 6% pour l’année prochaine, avec une progression de 1 point par Semestre sur le reste de la législature
  • Eradiquer l’économie informelle : Passer de 55% d’économie formelle à un minimum de 85% en douze mois (changement de la monnaie, rendre la bancarisation obligatoire, limitation  du montant maximal des transactions en liquide, donner un délai pour inciter les contrebandiers à entrer dans la loi avant de recourir à la justice,  être plus sévère contre la corruption, ….)
  • Relancer l’investissement privé et public: Lancer les grands travaux d’infrastructure (PPP), et attirer un minimum de 5 Mds $ de IDE chaque année
  • Réduire les coûts de fonctionnement de l’état : réduire de 15% le budget de fonctionnement des services publics sur un an et 10% par an sur les 2 années qui suivent avec un focus particulier sur le critère de productivité.
  • Redresser la finance publique : Respecter les échéances contractuelles actuelles, baisser la dette publique pour ne plus représenter que 40% du PIB en deux ans.
  • Réduire de moitié le déficit de la balance commerciale chaque année et la rendre positive dès 2020.
  • Redresser les comptes sociaux : reforme des caisses, reforme des régimes de retraite et de couverture maladie en 8 mois

A ceux là se rajoute les autres objectifs de continuité du rôle de l’état à savoir:

  • La santé
  • L’éducation et formation professionnelle
  • La Justice
  • La politique étrangère

2- Définir la structure gouvernementale la plus serrée possible alignée sur les objectifs retenus 

Une fois ces objectifs agréés et affinés, la structure optimale que je vois pourrait être la suivante

  • Un Premier Ministre
  • Une Vice-PM en charge du Pôle Financier avec des Ministres/Secrétaires d’état en charge du

- Plan et trésorerie
- Dette et service de la Dette
- Impôts et trésor Public
- Intégration à l’économie formelle
- Privatisation

  • Un Vice-PM en charge du Pôle Economique avec des Ministres/Secrétaires d’état en charge de

- L’Industrie,
- Les Mines et les ressources naturelles,
- L’Agriculture,
- Les PME, TPME et Artisanat,
- Le Tourisme
- Le Commerce
- Le Transport

  • Un Vice-PM en charge du Pôle Social avec des Ministres/Secrétaires d’état en charge du

- Des affaires sociales et de l’égalité des chances
- De l’Education Nationale
- Du Travail
- De la Santé
- De la Solidarité Sociale

  • Un Vice-PM en charge de la sécurité de territoire avec des Ministres pour

- La Défense Nationale
- La Sécurité Intérieure

  • Un Ministre des Grands Projets d’investissement (PPP, IDE, Grands Travaux)
  • Un Ministre de la Justice
  • Un Ministre des Affaires Etrangères
  • Rattaché au PM des Secrétaires d’Etat en charge de

- La  réforme du secteur administratif
- La Relation avec le Parlement et la Communication gouvernementale
- Les Cultes

C’est donc une structure très orientée vers les objectifs et qui doit permettre le fonctionnement en équipe d’une façon solidaire. Le niveau d’escalade des décisions est réduit et devrait permettre un cycle de prise de décision extrêmement court.

3- Choisir les personnes en fonction de leur compétence et de leurs capacités à atteindre les objectifs assignés

Le choix doit se faire sur des critères de compétence, d’expérience, de leadership et de capacité à atteindre les objectifs assignés au rôle. Peu importe l’appartenance politique ou l’indépendance dans la mesure où le soutien du parlement et des partenaires sociaux est acté et signé  pour la durée restante de la législature en cours.
Les choix de chaque membre du gouvernement est crucial et la sélection doit se faire parmi les candidats potentiels sur la base d’une présentation de leur vision, approche et plan pour atteindre les objectifs définis.

Leur capacité de travail et de leadership sont des conditions nécessaires ainsi que leur  présence sur le terrain qui doit être prouvée. Le Premier Ministre désigné prendra complètement en charge le choix des membres de son gouvernement et assumera sa responsabilité dans ce choix.

A noter que la performance sera jugée aux résultats et que la période de diagnostic et de prise en connaissance de la situation de départ ne devrait pas excéder les 3 semaines après la nomination. Lors de ces semaines, le désigné déclinera ses propres objectifs au sein de sa structure, l’ajustera en fonction de son approche et mettra en place sa propre gouvernance.

4- Faire signer un contrat d’objectifs individuels et collectifs et bâtir le système de gouvernance et de management de la performance du Gouvernement

Le résultat sera jugé  au travers de la réalisation des objectifs et l’amélioration de la situation économique, sociale et financière du pays. Le contrat d’objectif est le seul élément que le Parlement doit utiliser pour suivre l’exécutif et lui faciliter la mise en œuvre. 

La situation économique du pays est si grave et si urgente que nous devons absolument éviter de faire prolonger les tractations et les négociations préalables sur la répartition des postes entre les partis. Nous devons tout faire pour éviter de perdre un temps précieux  pour nous retrouver  finalement avec un gouvernement de compromis, sans saveur et sans âme, sans solidarité et sans compétence et surtout sans aucune chance d’atteindre les objectifs de redressement et de relance de la machine pour éviter la faillite générale du pays.
Toute discussion sur la structure ainsi que sur les noms n’a aucun sens avant de se mettre d’accord sur les objectifs minimaux que nous devrions atteindre et avant de finaliser la structure de gouvernement adéquate.

Nous devons prendre conscience qu’il nous reste une et une seule et dernière chance pour nous en sortir et il serait criminel de la perdre à cause d’enjeux partisans et individuels.
C’est en appliquant la méthode «Build To Target» que nous avons, ensemble, une chance de sortir le pays de la situation et de mettre l’économie en marche. Nous nous devons de considérer la  crise comme une opportunité pour enfin prendre conscience et travailler. Victor Hugo disait  «La crise n’est pas comme une maladie dont on ne peut sortir, elle est comme une sorte de nouvelle naissance» et par notre solidarité, patriotisme et volonté, nous pouvons faire en sorte que le nouveau bébé soit enfin beau.

Hichem Jouaber
Vice-Président du Groupe GlaxoSmithKline
En Charge de l’industrie
Londres

Autres publications de Hichem Jouaber sur notre site :

http://www.leaders.com.tn/article/19949-developpement-de-l-industrie-tunisienne-une-reelle-reforme-est-necessaire-pour-finir-avec-l-immobilisme

http://www.leaders.com.tn/article/4237-quelle-strategie-gouvernementale-pour-developper-l-industrie-en-tunisie

http://www.leaders.com.tn/article/19065-hichem-jouaber-analyse-critique-de-la-proposition-de-si-mansour-moalla-pour-resorber-le-chomage

http://www.leaders.com.tn/article/17703-le-terrorisme-de-ne-peut-se-battre-sans-lutter-efficacement-contre-la-corruption-et-la-contrebande-proposition-de-solutions

http://www.leaders.com.tn/article/8937-economie-pour-comprendre-ce-qui-nous-attend-si-rien-ne-change