Hommage à ... - 28.04.2016

À la mémoire de: Abdelaziz Skik , un soldat au grand cœur

À la mémoire de: Abdelaziz Skik , un soldat au grand cœur

Le 30 avril 2002, disparaissait un des plus prestigieux officiers de l'armée nationale contemporaine, feu ABDELAZIZ SKIK, Général de brigade  et Chef d'État -Major de l'armée de terre, suite à un accident d'hélicoptère dans la région de Mejaz- el- bab.

Ceux qui ont eu le privilège d'accompagner ce chef charismatique sont unanimes sur ses qualités humaines et professionnelles. Mêmes ses détracteurs les plus patentés lui reconnaissaient son extraordinaire maîtrise de son métier de meneur d'hommes. Son commandement s'articulait essentiellement autour de cette quête de l'excellence pour promouvoir l'armée à travers sa composante humaine en la nourrissant de ses paroles remplies d'amour et de verbes puisés dans une culture raffinée.Il était un homme au grand coeur, il ose aller vers les gens et tenter de leur communiquer un message d'amitié et d'espoir. Il était d'une modestie à faire brûler de honte ses paires comme ce général obscur, qui a, comble de la démesure et de la médiocrité, pris l'infâme décision de le dégommer de la mémoire collective de l'armée. Cet individu est aujourd'hui aux oubliettes alors que les étoiles de A.Skik éclairent encore et pour toujours les coins et les recoins des lieux de l'imaginaire et des espaces de la culture militaire tunisienne.

Abdelaziz Skik n'avait cure de ces reconnaissances ou de ces hommages pour morts que l'on célèbre ici et là dans le silence mortel des cimetières et dans l'indifférence totale. Mais le contexte morose actuel m'inspire le devoir de témoigner par ces quelques lignes, des moments professionnels que j'ai partagés avec un homme aussi représentatif de sa génération d'officiers que le général Skik. Un témoignage pour aussi périphérique et, forcément, incomplet qu'il puisse paraître, de prime abord, a l'avantage  de prendre le recul nécessaire  vis- à- vis du sujet.

Ma route a  croisé et recroisé celle  du grand défunt. L'une de nos dernières rencontres était au Cambodge, dans le cadre d'une mission Onusienne (UNTAC: United Nation Transitional  Authority in Cambodia) où J'ai découvert en lui  un Officier bourré de talents et  doté d'un flair militaire qui lui faisait décoder les situations les plus extravagantes.

De mon court séjour auprès de lui au Cambodge, il m'a été donné de découvrir ces qualités .Je me limiterai à citer deux circonstances.

La première, c'était sur le chemin ( il n'y en avait pas de goudronnées ) entre la capitale Pnom penh et le lieu de son PC en pleine jungle cambodgienne.Une distance d'environ 150km  qui longe par moment le cours du Mekong, l'un des plus grands et mythiques fleuves d'Asie . Cette région est truffée de check -points  sous contrôle exclusif des bandes rebelles KR ( ndrl: khmers rouges ) du tristement célèbre " Pol Pot", un pur produit de l'occupation vietnamienne.

On a été auparavant longuement briefé sur les actes de terreur et de la cruauté sauvage qui endeuillaient ce pays et qui semblaient  le renvoyer aux premiers âges de l'humanité. Lors de notre expédition, car c'en est une, nous avons subi des tourments que je n'oublierai jamais. A chaque check-point, des hommes armés jusqu'aux dents surgissaient de la jungle, excités et aveuglés par haine de l'étranger. Ils exigeaient de l'argent pour passer. A. Skik démontrait, chaque fois, une maîtrise de soi et une capacité de communication hors pair. Je ne sais pas comment il arrivait à sympathiser avec ces hommes résolument agressifs et hostiles à ceux qui ne sont pas conformes au mythe de l'homme cambodgien pur. Ses capacités de communication et de transmission ont été mises en évidence. Elles lui seront d'un grand recours pour la suite de la mission.

La deuxième, est inhérente à la spécificité de ce pays. La religiosité est partout présente, mysticisme sombre jusqu'à la superstition la plus noire, goût de la fête et des jeux d'eau, mais en même temps accès de folie et de cruauté féroce qui renvoient à l'ancestrale culture sauvage où les guerriers vainqueurs se nourrissaient du foie de leurs ennemis abattus.Dans ce contexte inextricablement confus, le général Skik, qui a saisi ces éléments, a eu la conviction que pour gagner la sympathie de ce peuple mystique et religieux, la rédemption ne pouvait être que mystique et religieuse. C'est donc dans cette direction qu'il fallait chercher. Aussitôt des contacts ont été effectués avec les bonzes bouddhistes, indifféremment de leur allégeance, soit du côté du  Roi Sihanouk ou de celui de Pol Pot, pour la réhabilitation des monastères sérieusement endommagées par les combats. Ce qui a été fait par les hommes du bataillon tunisien et tout le monde a trouvé son compte. Chez les cambodgiens, les âmes se sont quelque peu apaisées; les Tunisiens ont eu la paix pour le reste de leur séjour dans ce pays.

A. Skik , un grand leader militaire? le connaissant, il aurait recusé ce qualificatif et aurait préféré celui de soldat engagé pour le bien de son pays et la gloire de son armée. De toute manière, il avait choisi, dès le début de sa carrière de baliser sa vie d'une astreinte qui a pour nom la discipline. À partir de là, il ne pourrait, en aucune façon, s'imaginer revêtir un autre costume que celui de l'uniforme militaire.Peut être que trop modeste - malgré ses apparences seigneuriales - mais c'était le trait qui caractérisait tant d'autres Officiers de sa génération.

En jetant un coup d'œil en ces moments où tout va à l'encan, on est bien obligé - qu'on ait été d'accord ou pas avec leurs convictions et leurs méthodes - d'admettre que ces chefs emblématiques nous manquent aujourd'hui, énormément et davantage, encore à un paysage qui s'étiole chaque jour, un peu plus, sous les coups de l'affairisme du reniement et du mensonge.

Le seul espoir qui nous reste  est que ces anciens soient abondamment consultés par la relève afin que le levier de leur legs puisse servir à faire émerger une armée de rêve pour les Tunisiens et la Tunisie.

Je voudrais, avant de conclure, associer, à cet hommage particulier que nous rendons à un militaire exceptionnel, le souvenir de ses compagnons morts tous dans le même accident et à travers eux, dédier cet hommage à toutes celles et tous ceux qui ont mis leur vie en péril pour la Tunisie.
Mes pensées se tournent, bien entendu, vers son épouse et ses enfants (dont le capitaine Nabil), à qui j'adresse toutes mes amitiés et sympathies...Allah yarhmou.

Le Colonel ( r )M. Kasdallah

 

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4 Commentaires
Les Commentaires
mongi lahbib - 29-04-2016 08:57

Je reconnais parfaitement dans cet hommage certaines des qualités professionnelles et humaines du Général de Brigade feu ABDELAZIZ SKIK Nous avons travaillé ensemble alors que j'étais Ambassadeur à Amman dans les conditions difficiles de l'invasion du Koweit par l'Irak et la gestion du retour en Tunisie des membres de la colonie tunisienne installée dans la région fuyant les affres de la guerre.Outre les qualités de discipline et de sang froid j'ai pu apprécier le sens de l'ETAT du Général et son exquise gentillesse.Nous confrontions alors nos informations sur l'évolution de la situation en toute confiance tout essayant de respecter la répartition des taches qui prévalait alors d 'une séparation rigide entre les activités et l'échange d'information entre l'Ambassadeur et l'Attaché Militaire.Feu Général SKIK était le digne et valeureux représentant de notre vaillante armée républicaine .L'ayant associé à une émission de la TV jordanienne il sur notre pays il fait montre d'une grande culture associé à un sens aigu de nationalisme .S'agissant des qualités professionnelles j'ai souvenir de l'estime que lui portait des représentants des autorités jordaniennes et de membres de la communauté diplomatique. S'agissant de sa mission au Cambodge j'en ai eu des échos à Tunis et surtout à Pnom Penh à l'occasion de la présentation de mes lettre de créance au disparu le Roi SIHANOUK .Féru de culture -il a produit mème un film-le souverain à qui je remettais un ouvrage sur Carthage le souverain n'a pas tari d'éloges sur la contribution de la Tunisie à la restauration de la paix dans son pays en ajoutant qu'il faut savoir pardonner pour réussir la réconciliation nationale.Lourde mission sachant que plus du dixiéme de la population ont péri sous Pol Pot .Un vaste lycée conserve les tètes de cadavres "exposés" alors pour garder en mémoire les restes d'une tentative de génocide.Ceci pour dire dans quelles conditions notre vaillant soldat de la république avait accompli sa mission .Il est vrai que la modestie est l'apanage des Grands .Que nos "politiciens" s'en souviennent...ALLAH YARHMOU.

Habib Maâmar - 30-04-2016 02:13

Mon Colonel: Votre article est franchement un petit chef-d'oeuvre, je vous en remercie.

jaghmoun - 30-04-2016 19:52

Vous n'avez pas parlé de conférences de l'homme en occident Et même en Amérique. Pourquoi il n'y a pas eu d'enquête sur les causes de l'Occident.

bourigua fethi - 12-05-2016 12:58

Mon colonel, j'étais très ravi de lire avec un grand intérêt votre magnifique article relatif au grand homme LE GENERAL DE BRIGADE ABDELAZIZ SKIK. RAHIMAHOU ALLAH.C 'était une grande perte pour l'Armée et laTtunisie.

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