News - 22.04.2015

Néjib Derouiche, ministre de l’Environnement, piégé par la confusion des genres

Nejib Derouiche

L’escapade en jet privé de Néjib Derouiche, ministre de l’Environnement et du Développement durable (UPL), avec son chef de parti, Slim Riahi, pour suivre un match de foot disputé par le Club Africain, vendredi à Alger, prolongée par un séjour sur la Côte d’Azur a fait enfler la toile de commentaires et controverses. Un membre du gouvernement a-t-il le droit de « faire l’école buissonnière » un jour de travail, etc. Etait-il en congé?

Pour se défendre, le jeune et nouveau ministre (45 ans), qui vient du secteur privé, s’est fendu d’une interview à notre confrère Ech-Chourouk. Sous le titre de : « Mon voyage avec Slim Riahi était pour le travail et non pour le match du CA », il essaye d’apporter ses explications. « Outre ma fonction gouvernementale, j’assume un poste important au sein de l’Union Patriotique Libérale dit-il. Dans l’ensemble, le voyage n’était pas programmé uniquement pour le match du CA, mais s’intégrait dans une série d’autres étapes. C’est ainsi que le président du parti, Slim Riahi était l’invité de responsables français. Je l’y avais accompagné pour rencontrer le Maire de Nice et avons évoqué avec lui des un projet de partenariat avec Djerba dans le domaine environnemental. Il sera parmi nous au cours des prochaines semaines.»

« Nous avons également rencontré, poursuit-il, le Sénateur de Grasse, la capitale des parfums qui jouit d’une expérience exemplaire en matière d’écologie. Nos entretiens ont porté sur un partenariat avec Hammamet. En outre, j’ai pu m’entretenir avec nombre de Tunisiens résidents en France pour m’enquérir de leur situation après l’attentat contre Charlie Hebdo. Ce n’était donc pas des vacances, mais un voyage de travail avec en intermède le match du CA. Vous savez, je consacre tout mon temps au travail surtout que ma famille est restée à Dubaï ».
 
Un argumentaire de "bonnes intentions" qui peut convaincre certains, mais laisse la porte ouverte à nombre de questions. Avant de quitter le territoire, le ministre avait-il respecté les règles en vigueur, à savoir solliciter et obtenir l’accord du chef du gouvernement (matérialisé par un ordre de mission, avec désignation d’un intérimaire pour les cas d’urgence), informer notre ambassadeur à Paris et notre consul général à Nice  ? Un rapport de mission a-t-il été adressé à son retour au chef du gouvernement et aux ministres concernés? Quelles frontières à respecter entre activités au sein du parti et en son nom et les autres en tant que ministre? A quel titre, avait-il discuté des projets de Djerba et d’Hammamet? Ses collègues, le ministre de l’Intérieur et le secrétaire d’Etat aux Collectivités locales, tout comme les maires de ces deux villes en étaient-ils informés, au préalables et par la suite? Bref, toute une série de considérations.
 
A sa décharge, peut-être, l'inexpérience gouvernementale : le ministre Derouiche est en apprentissage du fonctionnement de l’Etat. Pour ne pas tomber dans le piège de l’amalgame et de la confusion des genres, l’alerte lancée à ce sujet par la société civile sur les réseaux sociaux lui sera utile pour se conformer désormais, et tous les autres du gouvernement issus de partis politiques, aux procédures de l’Etat... Et à ses bonnes règles.