News - 25.08.2014

Présidentielles : plaidoyer pour un candidat expérimenté

Près de 50 candidats et candidates désirent se bousculer à la porte du palais de Carthage. La plupart sont inconnus au bataillon. Quelques uns occupent la scène médiatique depuis quelque temps, d’autres par contre sont apparus épisodiquement sur des stations radio ou des chaînes de télé. En se présentant à ce prestigieux poste en sachant qu’on est inconnu (ou à peine connu) et dépourvu d’expérience dans la gestion  des affaires de l’Etat, que cherche-t-on au juste ? Ces candidats (tes) rêvent-ils (elles) d’occuper le somptueux fauteuil présidentiel garni d’or, pour assouvir leur brûlant désir de se trouver au dessus de tout le monde, être sollicités (ées) de toutes parts, salués (ées) avec les honneurs à chaque traversée des couloirs du palais et avoir une armée de serviteurs et de courtisans à leur botte.

Maudit soit le narcissisme morbide qui ronge certaines âmes de l’intérieur jusqu’à les pousser à vouloir obtenir l’impossible ! Pour un grand nombre d’entre eux (je ne cite pas de noms, ils se reconnaitront), il s’agit bien d’impossible avec zéro pour cent de chance de gagner, car c’est une élection et non pas d’un jeu de hasard dans lequel chaque joueur a une infime probabilité de chance de gagner en tirant un jeton ou en composant un numéro. A moins que ces messieurs-dames veulent juste avoir une idée sur le taux de popularité de leurs idées auprès des électeurs, auquel cas il faudrait qu’ils déboursent un prix conséquent à la communauté, car des élections avec 50 candidats sont certainement plus chères qu’avec 5, et c’est cette dernière (c-à-dire nous) qui paie.

A l'une des élections présidentielles françaises, le comique Coluche s’est présenté en sachant pertinemment qu’il n’avait aucune chance de gagner, mais c’était pour dénoncer les dérives de la campagne électorale et tourner en dérision certaines pratiques. J’aurais voulu voir Raouf Ben Yaghlène faire de même et dénoncer le «ridicule» dans lequel nous ont plongés nos «illuminés» députés.

Avant de déposer un bulletin dans l’urne, il est instructif d’analyser le passé, aussi bien le nôtre que celui  des pays ayant une mentalité et des traditions voisines. Si dans les pays démocratiquement avancés il est nécessaire, à l’exception de quelques rarissimes cas, d’avoir obtenu un diplôme universitaire conséquent pour occuper un poste de haute responsabilité (Angela Merkel est Docteur en chimie physique de l’Université de Leipzig, ex-RDA), force est de constater que dans les pays arabes très peu de dirigeants ont (ou ont eu) des diplômes délivrés par une Faculté ou une Ecole d’Ingénieurs. Certains (Nasser, Sadate, Kadhafi) ont été formés dans des Académies Militaires. D’autres ont reçu une formation (ou un complément) dans une Ecole Militaire (Ben Ali, Boumedienne). Comme leur nom l’indique, ces institutions dispensent probablement une formation plutôt tournée vers le maniement des armes et d’autres matériels de guerre. Les coups d’état fomentés chez nous et autour de nous ont été le fait d’anciens élèves de ces institutions (Nasser, Kadhafi, Boumedienne, Ben Ali), qui sont passés à la pratique.

On peut me rétorquer qu’un diplôme universitaire élevé atteste d’un niveau d’études avancé et nullement de l’acquisition d’une compétence et d’un savoir-faire dans la gestion des affaires de l’Etat. C’est vrai et la preuve tangible nous est fournie par notre président provisoire qui, malgré ses diplômes et ses nombreux ouvrages dont il ne cesse de nous rabâcher les oreilles, n’a pas bien réussi dans la fonction. Pour preuve, il suffirait de rappeler ses décisions hâtives dans les dossiers de la Syrie,  de l’Egypte ou de la Libye, sans compter ses sorties intempestives dignes d’un adolescent désireux de se mesurer aux adultes, ou ses discours improvisés prononcés sur un ton saccadé en bafouillant parfois et en avalant les mots. Le désastre est tel que la plupart de ses conseillers les plus proches ont démissionné. Ces déboires résultent  principalement du manque d’expérience dans les affaires de l’Etat. Est-ce la seule raison ? Je n’en suis pas sûr.

Pas très loin de chez nous, les monarques marocains (Hassan II et Mohamed VI) ont mieux réussi à la tête de l’Etat, car non seulement ils ont reçu une formation scolaire puis universitaire soutenue dès leur jeune âge, mais ont aussi été initiés à l’exercice du pouvoir et, de ce fait, ont acquis une expérience préalable. Dans les monarchies en général, la société ne doit pas se poser trop de questions sur la gouvernance au sommet de l’Etat, sauf celle, soulevée par une minorité, qui concerne le maintien de la monarchie au pouvoir.

Dans les républiques naissantes comme la nôtre, la question du  charisme et de la compétence des dirigeants est primordiale. N’en déplaise à notre illustre président provisoire, désacraliser la fonction de Président en affichant une excessive simplicité, voire une désinvolture et une négligence vestimentaire, relève du folklore, voire de l’amateurisme politique, et ne reflète point une adhésion à l’esprit démocratique, sans compter son effet négatif sur le sentiment collectif dans une société comme la nôtre qui y perçoit un signe de faiblesse ; ce qui écorne l’image de la fonction et par suite, l’Autorité de l’Etat. Qu’on le veuille ou non, notre société est très attachée au culte du Chef, ceci est vrai dans tous les secteurs d’ailleurs. C’est culturel. D’où la nécessité pour le chef de faire attention à tout ce qu’il fait.

D’autre part, la compétence ne s’acquiert pas à travers le militantisme dans des associations de droits de  l’Homme, le règne tumultueux que nous vivons depuis décembre 2011 le prouve bien. Elle ne s’acquiert pas non plus au cours d’un long séjour entre les murs d’une cellule de prison suivi d’une activité au sein d’un bureau d’études, puis d’un passage non mérité (car attribué sans aucune expérience préalable dans les rouages de l’Etat) d’un peu plus d’un an au Premier Ministère (cas de M. H. Jebali). Elle se construit progressivement le long d’une carrière effectuée au service de l’Etat et permet, de ce fait, de se construire une haute idée sur la prééminence et l’Autorité de l’Etat sans laquelle point d’Etat et davantage de débordements et de désobéissance civique.

Mohamed Jemal
 

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