Opinions - 07.08.2014

De l'actualité du Bourguibisme

Le 3 Aout n’est pas une date quelconque dans les annales  de la Tunisie et la mémoire  des Tunisiens. Emblématique, elle suscite  un sentiment de fierté et d’introspection  alors que l’on célèbre le 111ème anniversaire de la naissance du père de la nation et fondateur de son Etat moderne. C’est que la Tunisie n’appartient plus à  Bourguiba à l’égard de  laquelle il s’est acquitté du  devoir. La conjoncture le rattrape, toutefois pour faire en sorte que  la Tunisie a encore besoin du bourguibisme dont le discours -sans apprêt- résonne toujours dans les esprits de la génération postindépendance.

Enfant du terroir et féru d’histoire ,Bourguiba aimait souvent se comparer à un autre illustre enfant du pays:Jugurtha. Il s’empressait  d’ajouter que contrairement au souverain numide, lui a réussi. S’il est vrai que Rome de l’avant- histoire n’était pas la France de l’après histoire, la politique  ne retient des péripéties  que le résultat .Avec Bourguiba la Tunisie revient de facto et de droit à ses citoyens .Ils sont  désormais capables de faire son bonheur et… son malheur aussi.

S’appuyant sur le pivot de l’affirmation de la valeur de l’homme et son aptitude à maîtriser son devenir terrestre par la lutte et la raison, le discours bourguibien –toujours actuel - invite inlassablement au combat pour le progrès, la justice sociale, la dignité et la noblesse du labeur .

«Au bonheur dans la servitude, ils ( les peuples) préfèrent la misère dans la liberté» ,déclare t-il dans un discours prononcé à Tunis  le 14 mai 1960.A cette date, comme plusieurs de ma génération , j’avais huit ans  et fier de faire les premiers pas vers les bancs de l’école de la république.

Un peu plus tard le 2 Mars 1963, il invente un concept: la démocratie participative.

«La force de l’Etat ne réside pas dans les mesures de prévention ou de répression, mais dans le libre consentement des citoyens et l’harmonieuse  conjugaison des efforts autour du pouvoir .Ainsi les citoyens sont-ils étroitement associés à la gestion de la chose publique».

Au plan économique, il a opté clairement pour un socialisme dit «destourien ou tunisien» ayant en commun avec la jeunesse deux caractéristiques: l’idéalisme et l’espoir.

«Le socialisme destourien ou tunisien n’entend jeter l’exclusive  -à priori sur aucune méthode, sur aucune théorie .Notre souci est de tirer parti de toutes les expériences  fructueuses et dans la mesure où elles s’harmonisent  avec les réalités physiques et humaines de notre pays .En vérité ,notre socialisme est une révolution continue » ( Bizerte le 19 octobre  1964).

Engagé pour  l’émancipation de la femme, Bourguiba  affirmait  que «  sans  la promotion de la femme, le progrès de la nation est impensable « ( Tunis le 12 aout 1966).

Si j’ai choisi délibérément ces  extraits datant des années 60 c’est  à dessein pour rappeler combien ces années étaient difficiles pour nos parents qui ont  contribué à la libération  le pays et œuvré  très  souvent dans le besoin pour jeter les bases de son développement .Faut –il rappeler que durant  ces  années galères un travailleur manuel  était payé 200 millimes par jour et deux kilos de semoule ! Un instituteur moins… de quinze dinars par mois.Faudrait il rappeler que le pays était infesté de bestioles et celui qui ramenait un kilo de mouches recevait en contrepartie un kilo de farine et que notre génération avait fait des études sans électricité domestique ni télévision. Cette même génération dont sortiront des ingénieurs, des médecins, des universitaires  et moult  politiciens et politicards était nourrie   à l’entrée des classes chaque  matin par le bol de lait offert par le programme alimentaire  mondial (pam) . Seul le Tsf à piles  sur  les ondes duquel était diffusait le discours bourguibien rattachait les citoyens à «habib tounès» .

L’histoire a démontré que  ce discours était et demeure en synergie avec la réalité du pays qui a fait depuis des avancées indéniables.

Dans ce contexte ,il importe de n’avoir  d’autre  allégeance qu’à la patrie. Et pour en faire une maison commune,un effort solidaire  de la part de ceux  dont l’opulence a été obtenue grâce aux dividendes  de l’indépendance ou au  détournement de ses valeurs doit être consenti. En conformité avec la vision désintéressée de Bourguiba  afin que (sa )la révolution continue.

H.O

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