News - 01.08.2014

C'est l'Etat qui est visé

Que l’on ne s’y trompe pas: ce sont les fondements de l’Etat qu’ils veulent saper. Jihadistes de tous bords, mais aussi aventuriers politiques qui n’ont jamais admis l’idée de la République, laïque et moderne, ils s’évertuent à disloquer les rouages de ce que la Tunisie a forgé de plus précieux, son système, son administration, son Etat. Torpiller le processus de transition démocratique et plomber les élections n’est qu’une étape dans leur sinistre stratagème. La finalité est de mettre le pays à genoux, puis, tels des vautours, le dépecer. Leurs acolytes s’y essayent en Syrie, en Irak, comme en Libye, avec des fortunes diverses, mais la même hargne, les mêmes charognards et, souvent, les mêmes bailleurs de fonds.

Maintenant, ils s’acharnent sur la Tunisie, la prenant pour une proie facile. Et voilà les «Abou… » obscurantistes et rétrogrades se lançant à son assaut, soutenus par les fonds des uns et le silence complice des autres. Le drame, c’est que la classe politique, syndicale et sociétale, censée être à l’avant-garde de la nation, ne mesure pas encore l’ampleur du désastre qui nous guette tous. Obnubilés par la course à Carthage, pour les leaders, et au Bardo, pour leurs lieutenants, ils ne pensent qu’à ça. Négociations sur les investitures, marchandages sur les alliances, collecte de fonds et mobilisation des troupes, ils ont la tête ailleurs.

Peu importe pour eux l’aggravation des menaces sécuritaires, la détérioration des finances publiques, l’enlisement de l’économie, la chute du dinar, l’accumulation des ordures, la dégradation de l’environnement, le pillage du patrimoine, les constructions anarchiques, l’usurpation des espaces publics et les abus en tous genres. Seuls comptent leurs intérêts personnels, leurs ambitions démesurées et le positionnement de leurs partis. L’envie effrénée du pouvoir l’emporte sur tout le reste.

Qui se soucie alors de la Tunisie et des Tunisiens? Même ceux qui prétendent porter un projet pour le pays n’en ont guère esquissé jusqu’à présent les moindres contours. Point de vision d’avenir, point de programme, pour la plupart. Exception faite des extrémistes, de droite comme de gauche, qui arrivent à peine à voiler leurs desseins.

Que faut-il pour tirer ces politiques, désunis, dépourvus de sens de l’Etat et d’attachement à l’intérêt supérieur de la nation, de leur tragique dérive ? Que faut-il pour les aligner tous ensemble dans un sursaut salvateur, soudant les rangs et mobilisant les énergies pour prémunir le pays contre ses assaillants? Le nombre des martyrs tombés au champ de bataille contre le terrorisme ne suffit-il pas encore? Le désastre économique n’est-il pas encore catastrophique? La recrudescence de la contrebande, du banditisme, de la violence et du crime organisé n’a-t-elle pas encore atteint le zénith? Combien de temps la Tunisie peut-elle tenir encore?  Qui la sauvera?

Aujourd’hui, plus que jamais, le retour de la sagesse s’impose en nécessité impérieuse. Le salut ne peut venir que de la clairvoyance des dirigeants politiques, syndicaux et acteurs significatifs de la société civile. L’assassinat de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi nous a cependant appris qu’ils ne bougeront que sous la pression d’une grande mobilisation populaire, d’un vaste mouvement dans la rue. C’est-à-dire ces dizaines et dizaines de milliers de Tunisiens et de Tunisiennes qui, descendus dans la rue,  restés en sit-in, criant sans relâche leur indignation,  avaient entretenu la flamme de l’espoir et forcé le destin. Faut-il qu’ils reviennent à la charge pour imposer ce grand sursaut national et défendre l’Etat?

Il y a péril en la demeure !

T.H.

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