News - 21.01.2014

Ashark El Awsat : La Tunisie… et Rached Ghannouchi, guide et clerc (al-murshid al-faqîh)

Quel sens donner aux mots du président du mouvement tunisien Ennahdha  Rached Ghannouchi lorsqu’il déclare que «La Tunisie offrirait le refuge politique si les Frères Musulmans d’Egypte le demandaient»? Nous y identifions avant tout la reconnaissance de la part des Frères, à l’échelle de leur organisation internationale, de leur défaite en Egypte. Nous y voyons aussi qu’ils sont prêts à oeuvrer de l’extérieur pour atteindre L’Egypte. Cette déclaration signifie encore que la Tunisie est gérée par un murshid faqîh ( note du traducteur: le premier mot veut dire «guide», il désigne la fonction suprême de l’organisation des Frères; le deuxième a le sens de «clerc»; il renvoie à la notion inventée par Khomeiny «wilâyat al-faqîh», le gouvernement du clerc» qui donne à la personne qui l’incarne l’autorité suprême; le faqîh est situé au-dessus de l’Etat, il est hors toute institution et toute autre fonction  qui passe par l’épreuve des élections jusqu’à celle de président de la République, dépend de son autorité.)

C’est l’unique explication qui se dégage clairement des propos de Ghannouchi, et non pas comme l’a dit un autre dirigeant d’Ennahdha : «Ce n’est au fond qu’une position humanitaire qui ne supporte pas des interprétations politiques plus sophistiquées.» Au contraire, les déclarations de Ghannouchi signifient que les Frères retournent à leur premier carré, celui du militantisme hors de leur pays. Ils reprennent les outils anciens pour harceler l’Etat égyptien, comme ils l’avaient fait après leur confrontation avec feu Gamal Abdel Nasser ainsi qu’après l’assassinat de Sadate. Ce qui veut dire que les Frères n’ont tiré aucune leçon de leurs erreurs passées, non seulement en Egypte mais partout où ils sévissent. Au lieu de s’aviser et de corriger leur démarche, il est évident que les Frères ont décidé de revenir à la clandestinité, à orchestrer leur opposition à partir de l’étranger. Comme aujourd’hui ressemble à hier!

Il va de soi que les déclarations de Ghannouchi signifient aussi que la Tunisie est dirigée par un murshid, un «guide» qui anime la wilâyat al-Faqîh, le «gouvernement du clerc». Sinon quel est l’attribut de Ghannouchi au sein de l’Etat tunisien? D’autant plus que ses déclarations sur la possibilité d’offrir l’asile politique aux Frères d’Egypte va engendrer une rupture réelle avec la nouvelle Egypte. Rupture qui aura bien des conséquences au plan arabe tant l’Egypte pèse, sans négliger les autres positions arabes qui refusent catégoriquement l’hégémonie des Frères. Ces déclarations de Ghannouchi signifient que la Tunisie entre dans une phase aventureuse dont elle payera le prix comme l’ont déjà fait les pays qui ont accueilli les Frères pourchassés par Nasser, que ce soit dans le Golfe, tels l’Arabie Saoudite, les Emirats ou le Koweït comme dans d’autres pays de la région. Ce sera le même prix que sera amené à payer un jour Qatar. Car l’histoire nous apprend que quiconque ouvre ses portes aux Frères le payera à un prix cruel.

Pour ce qui concerne notamment la Tunisie, tous les indicateurs nous disent que les choses ne vont pas bien pour les Frères là-bas, c’est-à-dire pour Ennahdha. La braise reste vive sous les cendres. Il y a là-bas un rejet populaire des Frères. Et si jamais En-Nahdha accueille comme réfugiés leurs Frères d’Egypte, la Tunisie sera à feu et à sang. Ce qui menacera, non seulement les Frères, mais aussi l’Etat tunisien qui connaîtra à l’intérieur de ses frontières un crise aigüe, et à l’extérieur, une rupture avec l’Egypte et des difficultés avec le reste du monde arabe.

Aussi les déclarations de Ghannouchi ne sont-elles que le reflet de l’état des Frères Musulmans en tant que organisation internationale ressentant la défaite qui l’a atteinte depuis le changement en Egypte, surtout après le vote en faveur de la nouvelle constitution. Ces déclarations signifient encore que les Frères n’ont pas fait évoluer leurs outils; ils n’ont rien appris de leurs erreurs. Les Frères des années 1950 sont les mêmes que les Frères de 2014. La seule chose qui a changé c’est que leur murshid, leur «guide» s’appelle maintenant Ghannouchi.

Tariq al-Hamid
(Traduit de l'arabe par Abdelwahab Meddeb)

Tags : Ennahdha   Fr   rached ghannouchi   Tunisie  
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8 Commentaires
Les Commentaires
Karim - 21-01-2014 16:41

Le peuple doit à présent les dégager de grès ou de force ! La Tunisie n'a rien a voir avec l'histoire des frères et n'a rien a gagner de suivre ce grand gourou qui considère le pays comme sa chasse gardée !

sihem - 22-01-2014 10:46

c'est tous ce que vous avez retenu de son entretien. quand on veut semer la haine, rien ne vous arrête. mais comme vous n'avez pas le courage de vos opinions, vous traduisez un article qui vous convient. cet interview a démontré que Ghannouchi est le plus sage des politiciens.

radhia - 22-01-2014 11:17

vous rejoignez la meute ainsi, parce que la haine vous a aveuglé, exactement comme la compagne contre Dieudonné. c'est une belle promesse de la liberté d'expression partiale.

pseudo - 22-01-2014 13:12

La Tunisie aspire à etre la Suisse de l 'Afrique du Nord et non à etre la plate forme des Frérots;que les Egyptiens ne confondent pas Ennahda avec la majorité du peuple tunisien et se dirige d 'une maniére pragmatique et endogène vers la démocratie et le développement;leur échec en Syrie n 'a rien appris à Ghannouchi qui mene le pays vers des aventures dont notre pays ne veut pas;nous ne voulons pas d 'idéologie mais du boulot du développement la liberté la dignité.C'est stupéfiant;nous sommes un petit pays malmené ;Si mr Ghannouchi est mégalo ;qu'il aille exercer ses talents ailleurs;nous voulons la paix et la sécurité

tounsi - 22-01-2014 13:17

N 'est pas KHOMEINY qui veut en Iran il y a eu une révolution ou les khomeynistes ont blouzé les démocrates comme Sanhaji, Beni sadr et Gotbzadeh qui a fini à la potence.L 'Iran est un empire pétolier;la Tunisie n 'aspire pas a etre la grenouille qui veut devenir aussi grosse que boeuf

Atlal El-Mahdiyya - 22-01-2014 13:45

Les islamistes de l'Egypte doivent trouver une issue á leurs prblémes,leurs erreurs et leur d'entetement. Quand ils étaient invités á participer au pouvoir avant les evenements de RAbiaa, ils ont visé trop et cela les amis en goulon d'etranglement de l'ordre public. Leur entetement est allé jusqu'á la desobediance anarchique destructrice des fondements de l'Etat Egyptien tout entier. Ce n'est pas les Tunisiens qui vont payer pour leur betises.Il a fallu qu'ils acceptent les choses par étapes et batir pour le future. La Tunisie n'est pas une base de militantisme religieux. C'est un pays democratique en phase d'etablir les fondements d'une société civile moderne qui incarne la religion musulmane comme la religion dominante du pays sans pour autant faire passer la doctrine nahdhauite sur le peuple. Ceci étant, si Rached voulait se passer pour un EvEque il serait celui de son fief pas plus. Il ya un Etat, un gouvernement qui prennent les decisions et pas des charlatants visseraux qui veulent se faire passer pour des guides spirituels. Et puis qui est ce Rashed pour intervenir dans la vie politique des Tunisiens? On n'a pas besoin de lui.

farid ammar - 22-01-2014 17:13

Cela ne lui a pas suffi de diviser les tunisiens en musulmans et mécréants..Il veut maintenant faire entrer dans ce pays ouvert des terroristes ou tout simplement des hommes de cavernes qui partout ou ils passent transforment tout ce qui est bien en mal..Dégagez ces indésirables et faites taire définitivement les salafistes et apparents qu'on retrouve la paix...amine ya rab el alamine

Zied - 23-01-2014 10:08

Il parle toujours comme la Tunisie est sa propriété privée.Il exprime toujours son point de vu en tant leader du peuple tunisien et son guide suprême, Alors qu'il est un simple chef d'un mouvement politique au sein de son groupe est vivement contesté. Plusieurs fois, des voix des siens s'élèvent ouvertement demandant sa mise à la retraite politique.Il faut qu'il soit mis en garde juridiquement pour qu'il cesse de s'exprimer en tant que représentant absolu du peuple tunisien.

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