Tendance - 24.11.2013

Lorsque la malédiction s'acharne sur les stars

Je sais ou, plutôt, je devine que vous allez croire que  je suis atteint d’une sinistrose aiguë. Puisque, pour la troisième fois consécutive, je ne traite dans ces pages que d’illustres disparus. Oui, d’un footballeur qui fut une immense idole, soit Moncef Klibi ; puis d’un violoniste qui n’a pas eu besoin d’un stradivarius pour enchanter les mélomanes, Kaddour Srarfi en l’occurrence… Et, aujourd’hui, place à la grande Dhikra Mohamed !

En effet, il y a tout juste dix ans, Dhikra Mohamed tombait sous les balles de son mari,  qui a vidé sur elle la quasi-totalité du barillet de l’arme du crime. Seize projectiles au total. Puis de se donner la mort. Pour fuir la justice humaine? Allez savoir… Ce mari de fortune, et c’est le cas de le dire, s’appelait Ayman Al Soweïdi, et il traversait une très mauvaise passe sur le plan des multiples affaires qu’il gérait. Interdit de voyage, Ayman était également jaloux des succès de son épouse. Et des forts liens d’amitié platonique dont elle entourait son «pays» Mohamed Jebali. Serait-ce donc rien que pour cela qu’Ayman a tué Dhikra? Peut-être bien que oui, et peut-être bien que non… Car, selon certains éléments de l’enquête, Dhikra, qu’on avait retrouvée sur un fauteuil, aurait été déplacée. Ce qui veut dire qu’Ayman n’était pas  seul à ce moment précis pour commettre le délit.

Et on s’est rappelé alors qu’une «fatwa» avait été lancée contre elle par un prédicateur du Hijaz. Pour la tuer ! Parce qu’elle aurait manqué de respect à notre religion !

Qui a donc tué Dhikra ? L’Egyptien, ou… des Saoudiens ? 

Dix ans après ce meurtre qui a défrayé la chronique, on se perd encore en conjectures, sans parvenir à toucher ne serait-ce que du bout des doigts la Vérité qui nous intéresse !
Ce mystère, il faut le préciser, n’a guère altéré l’intérêt que lui porte le public arabe. Et les chaînes satellitaires lui passent encore certains de ses clips indémodables. Pourtant, rien ne prédestinait Dhikra à un tel succès dans cette partie du globe. Même si en Tunisie elle jouissait d’une certaine estime, équivalente à celles d’Amina Fakhet et Latifa Arfaoui, ses camarades de promotion. Mais Abderrahman Ayedi  n’avait d’yeux que pour elle… Il la couvait… Il la protégeait… Mais l’oiselle était autrement plus ambitieuse. Elle voulait mettre Le Caire et le célébrissime «Charaâ el Haram» à ses pieds !

Et voilà Dhikra qui s’envole vers l’Egypte où elle est accueillie par un organiste de deuxième catégorie. Dont le seul titre de gloire était d’avoir fait partie de la Troupe El Massia, d’où il a été viré par Abdelhalim Hafedh, pour rendement insuffisant…Bref, cet organiste la prend sous son aile et lui fait signer un contrat d’exclusivité. Les mois passent et le décollage promis n’arrive point. Dhikra se rebelle et s’en va frapper à d’autres portes. L’organiste dépose plainte et gagne son procès. Elle devra donc lui payer 80.000 livres, qu’elle n’a pas. Latifa lui apporte son soutien, tout comme quelques amis qui croient en elle. Ce virage lui porte chance et la vie s’annonce en rose. A tel point que l’immense Warda ne se fait pas prier pour affirmer que «Dhikra possède la plus belle voix du monde arabe» (sic).

Mais Ayman entre en jeu… Lui, ou les autres, peu importe, Dhikra nous a dit «adieu» ; alors qu’elle n’avait que 37 printemps !

L’âge: le syndrome des stars!

En fait, l’âge et le miroir sont ennemis jurés de la corruption des stars. Ces narcisses incorrigibles au triple ego qui éprouvent les pires frayeurs du lendemain. C’est-à-dire des menaces imminentes des rides, du double menton, des crinières qui s’effilochent, du tour de taille qui prend de l’ampleur et des chairs qui deviennent flasques… Que faire donc pour contrecarrer ce massacre ? Aura-t-on donc assez de courage pour affronter les vicissitudes des saisons, et de faire avec ?

Certes, la solution du lifting pourrait s’avérer utile, sans être idéale… A preuve, un jeune danseur libanais qui s’était marié avec Sabah, alors septuagénaire, n’a pas pu résister longtemps à cette cohabitation somme toute légale. «Car, en dormant, elle ne pouvait plus fermer les yeux ! a-t-il déclaré au juge pour justifier sa demande de divorce. Voilà ce qu’il advient lorsqu’on n’arrive pas à museler son appétit sexuel, Madame Sabah !

Ce danger a été évité par la grandissime Chadia,  qui pointe aujourd’hui à 81, ou 83 automnes. Après avoir bien rempli sa vie amoureuse avec Farid Lattrache, Imed Hamdi et Salah Zulfikar (et même Abdelhalim dans un intervalle), Fatma Ahmed Kamel Chaker (c’est son identité complète), s’est complètement retirée de la vie publique juste après avoir triomphé sur les planches dans l’inoxydable «Raya et Sakina». Cette retraite anticipée a été également prise en considération par Nadia Lotfi (75 ans), Raquel Welch (73 ans), Ursula Andress (77 ans) et Hind Rostem. Révélée à l’échelle internationale dans le film de Jo Chahine, Ban el hadid en 1957, Hind a aussitôt été surnommée : «El jassad», grâce à sa plastique aux lignes plus que parfaites. Mais elle a eu le flair de s’éclipser lorsque son «corps» avait commencé à prendre du volume. Et elle s’est cachée pour s’éteindre le 9 août 2011 à l’âge respectable de 82 ans. Ou même un tout petit peu plus…

Le suicide : solution extrême !

Hind Rostem avait un style glamour, et des rondeurs, c’est vrai… Mais Marylin Monroe, c’était vraiment autre chose ! Cette authentique reine du star-system ruisselait de «sex-appeal», au point de faire tomber dans ses rets John et Bob Kennedy. Ni plus, ni moins. Et, au summum de sa beauté, elle se suicida en 1962. Alors qu’elle n’avait que 36 ans… Autre suicidée de marque: Dalida. Elle a grandi au Caire où elle est née le 17 janvier 1933, puis elle est montée à Paris pour chanter. Sa voix forte et les «r» qu’elle roule délicieusement lui assurent d’emblée un succès phénoménal sur les ondes d’Europe 1, avec «Bambino». Elle multiplie alors les triomphes avec «Il avait 18 ans», «Gigi l’amoroso», et une série infinie qui lui vaut une présence permanente dans les hit-parades européens. Une série infinie de titres chocs et d’histoires d’amour qui, toutes, finissent mal ! Dalida souffre, s’ouvre les veines, avale des barbituriques, mais la mort ne veut pas d’elle. Du moins provisoirement… Elle chante alors dans sa langue originelle, l’arabe : «Helwa ya Baladi», «Salma, ya salama», «Ah ya zine». Puis elle tourne en vedette dans le film de Jo Chahine, Le 6ème jour. C’était en 1986… Et, à l’aube du 3 mai 1987, à Paris, dans son luxueux appartement de la Butte Montmartre, on la découvre sans vie. Avec à ses côtés une poignée de tubes de somnifère. Dalida n’avait que 54 ans…

Plus dramatique a été l’extinction de King Elvis Presley, le 16 août 1977, à Memphis, alors qu’il pointait à 42 ans. En plus de vingt ans d’une carrière extraordinaire, le roi du rock a connu tous les honneurs sur la scène et au cinéma. Mais sa boulimie, conjuguée avec l’absorption de cachets de toutes sortes, a précipité sa déchéance physique. Le cœur a donc fait tilt, alors qu’il savait qu’il allait tout droit vers la mort. Trente-six-ans plus tard, son souvenir est resté intact, et à chaque 16 août que Dieu fait, des milliers de fidèles vont se recueillir sur sa tombe, à Graceland, dans son palais !

Les rendez-vous de la grande faucheuse

Dites, vous avez aimé Abdelhalim Hafedh? Pour ma part, je l’adorais, et j’ai même fait un saut au Caire pour ses funérailles. C’était en 1977, et il n’avait que 48 ans… Sa popularité était si gigantesque qu’on avait pris précaution de l’enterrer avant l’aube, en présence de seulement Mohamed Abdelwahab, Mejdi Amroussi, son avocat et associé, et Chahat, son cousin-à-tout-faire. Par crainte des débordements d’une foule frappée d’hystérie. Ce détail m’a été fourni par Farouk Ibrahim, son photographe particulier. D’ailleurs, selon cette même source, Gamel Abdelnasser et Om Kalthoum ont été enterrés à cette même heure. Alors que les cercueils étaient remplis de pierres!

J’aurais voulu, tant et tant voulu, que Halim soit encore en vie. Mais en 2013, et avec 84 ans au compteur, aurait-il pu encore se produire sur scène et enchanter son auditoire ? Impossible ! Le destin a donc tranché… Halim est parti au faîte de sa carrière… Quitte à plonger ses fans dans le désespoir. Naïma Akef, la fameuse « Lahalibou », a connu le même sort, en partant définitivement le 23 avril 1966, à l’âge de 36 ans. Danseuse, chanteuse et actrice au talent prodigieux, elle a succombé devant le cancer. Tout comme Anwar Wajdi qui se « retira » de l’existence à Stockholm alors qu’il n’avait que 44 ans !

Plus jeune que tout ce beau monde, Amel Lattrache, alias Ismahan, a vu le jour sur un bateau en 1912, et s’est noyée dans un affluent du Nil, à bord de sa voiture décapotable, le 14 juillet 1944. Il paraît qu’on l’a «aidée» à se noyer pour d’obscures raisons. Qui n’auraient rien à voir avec Om Kalthoum, sa grande rivale…

James Dean, lui, n’a pas pu profiter de sa popularité planétaire, en mourant dans un stupide accident de voiture en 1955. Révélé dans La fureur de vivre, il a confirmé dans A l’est d’Eden, mais il n’a pas terminé son troisième et dernier film, Géant, sorti un an après sa mort. C’est d’ailleurs au cours des années qui ont suivi sa disparition qu’il est devenu un symbole en Europe et en Tunisie… Et il n’avait que 24 anns…

Mais quittons l’Europe et revenons en Tunisie.

L’Hammam-lifois Aly Ben Ayed aura été le plus jeune trépassé en nous quittant le 14 janvier 1972. Acteur de talent sur les planches et metteur en scène avant-gardiste, il a dirigé de main de maître la prestigieuse Troupe de la Ville de Tunis au moment de sa splendeur. Puis il a brillé de mille feux dans Angélique et le sultan, aux côtés de Robert Hussein et Michele Mercier, avant de confirmer dans un film égyptien avec Souâd Hosny. D’ailleurs, le producteur Ramsês Naguib m’avait avoué lors d’un entretien qu’il avait la ferme intention de le lancer dans le système égyptien. Mais la mort était au rendez-vous et nous l’a chipé alors qu’il avait tout juste 40 ans. Sofiane Chaâri, cet enfant de la Balle, qui n’est autre que le fils du comédien Habib Chaâri et le neveu de la musicienne Ismahane Chaâri, a connu un début de carrière différent. Au départ, Sofiane s’était spécialisé dans la régie, où sa bonhomie et sa disponibilité ont fait merveille. Puis il a dévié tout naturellement vers la comédie sur les plateaux de télé, où il est devenu irrésistible dans des séries hilarantes. Mais avant de boucler son demi-siècle d’existence, il nous a quittés brutalement…

Saliha (44 ans), Oulaya (54 ans) et Ali Riahi (58 ans) ont eux aussi rendu les armes d’une façon précoce. Encore vivants, ils auraient eu exactement : Saliha (99 ans), Oulaya (77 ans) et Ali Riahi (101 ans). Je suis sûr qu’ils auraient très mal supporté les affres insupportables de la vieillesse.

Ils sont partis en pleine gloire et c’est Dieu qui les a rappelés dans le paradis des Artistes. Qu’ils reposent en paix !

Toutefois, je suis certain que Dieu enverra en enfer un certain Michaïl, citoyen soviétique, né le 10 novembre 1919. Pourquoi serais-je certain de cela? C’est parce que cet homme s’appelle Kalachnikov… Compris ?

Enfin, terminons sur une note gaie. C’est le 20 novembre 1902 qu’a été inauguré le Théâtre municipal avec l’opéra «Manon» de Jules Massenet.

Stoura

Tags : tunis  
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