Questions à ... - 10.11.2008

Habib Karaouli

Le succès des privatisations les plus significatives en Tunisie porte ses empreintes. Habib Karaouli, PDG de la BAT relève de nouveaux défis avec la STIA. Dernier délai de remises des offres: ce 14 novembre 2008. Comment s'y prend-il? Qui est-il?

1. Vous avez réussi l’ouverture du capital de Tunisie Telecom et de la BTK ainsi que la cession de 35% du capital de la STAR. Aujourd’hui vous prenez en charge la privatisation de la STIA. Là où d’autres n’ont pas abouti au succès escompté. Comment se présente votre mission ?  

      Avec M. Charles Milhaud lors de l'acquisition de la BTK

En fait c’est un coup parti. Nous sommes sur ce dossier depuis cinq mois et le closing devrait intervenir vers fin 2008, le dernier délai de dépôt des offres ayant été fixé au 14 novembre. C’est dire la volonté des pouvoirs publics d’aller vite dans la recherche d’un partenaire technique ayant la capacité de gérer et de développer une unité industrielle et qui puisse surtout assurer la réalisation des objectifs recherchés à travers cette cession à savoir pérenniser, développer , diversifier l’activité de la STIA tout en consolidant l’emploi.

 
Nous avons d’abord, en étroite collaboration avec les cédants, procédés à une analyse approfondie des causes de l’échec des deux premières sorties sur le marché. Inventoriés les facteurs de désintérêt voire d’inhibitions et proposé d’agir sur eux préalablement à toute mise sur le marché. L’on doit ici rendre hommage à tous les intervenants, pouvoirs publics, direction générale de la société, banques, actionnaires pour avoir rapidement pris la mesure des enjeux de cette transaction et fait en sorte que toutes les conditions d’attrait soient réunies.
 
Oscar Wilde disait : " Success is a science. If you have the conditions you get the results”. Cette règle est valable pour toute action humaine et elle se vérifie toujours quant il s’agit de transactions   complexes. La qualité et la diversité des manifestations d’intérêt enregistrées ont confirmé cette approche qui, espérons le, se concrétisera par des offres fermes le 14 novembre.
  
2. Quelle sera votre démarche ?
 La démarche est classique. En même temps que l’on démarre les travaux de prise de connaissance approfondie de l’entreprise, des actions de pré marketing sont lancées en direction des candidats potentiels à la reprise pour les informer et surtout pour jauger leur niveau d’intérêt et éventuellement leurs observations sur le process envisagé. L’objectif est de susciter le maximum d’intérêt afin de favoriser la concurrence. Cette étape est extrêmement utile parce qu’elle permet de profiler davantage les contours de la transaction avant de la figer en anticipant la prise en compte des souhaits voire des exigences des candidats. Ensuite, une analyse des forces et faiblesses, enfin un travail approfondi de définition de stratégie avec les cédants pour arrêter le meilleur modus operandi.  
 
Concomitamment, un travail de due diligence vendor et de préparation de la data room qui permet aux candidats d’effectuer leur propre due diligence et leur évaluation, d’évaluation de l’entreprise et de rédaction de la documentation transactionnelle est réalisé avec le souci constant de présenter aux candidats l’information la plus exhaustive et la plus sincère. Bien entendu, avant la soumission, les candidats ont toujours la possibilité, dans le cadre du processus questions/réponses de poser les questions qu’ils souhaitent pour faire préciser certains points et proposer des amendements à la documentation juridique. Ce processus est extrêmement important parce que les réponses des cédants peuvent accroitre comme réduire l’intérêt des candidats, sont engageantes et prévalent sur toutes les dispositions qui leur sont antérieures. A l’issue de tout ce processus qui est souvent interactif, les candidats seront en mesure de déposer leurs offres.
 
3. D’après vous, quel serait l’argumentaire majeur pour séduire des partenaires stratégiques d’envergure ?
 
                                                                                                                                                           Avec M. Jean Zéma (DG Groupama)    
Outre que c’est une cession d’éléments d’actifs sous forme d’une unité fonctionnelle ce qui est déjà un argument de taille. La STIA dispose de plusieurs atouts qu’il s’est agi de valoriser dans le cadre d’une démarche marketing intensive et dynamique. D’abord, c’est la pionnière de l’industrie automobile en Tunisie, elle est l’un des principaux acteurs du marché tunisien des autobus-autocars et desvéhicules industriels (avec respectivement 26ù et 58% de part de marché en 2007  et bénéficie d’une notoriété nationale reconnue comme en témoigne ses partenariats et ses relations privilégiées noués au fil des ans avec les principaux constructeurs d’autobus-autocars et de véhicules industriels. Elle propose une gamme de produits diversifiée pouvant satisfaire les besoins du marché comme en témoigne sa récente diversification sur le segment des pick-up où elle détenait une part de marché de 71% en 2007.
 
L’outil de production de la STIA est fonctionnel et en bon état de conservation. Sa maîtrise du métier de carrossier, grâce à son personnel qualifié bénéficiant d’une expertise unique, se traduit par le développement de carrosseries propres à la STIA et de la structure autoportante. La STIA a mis en place un système d’Assurance Qualité et a été certifiée ISO 9001 version 2000 depuis juillet 2003 (certification TÜV).                                                                                                                                                                                     
 
La STIA dispose d’une emprise foncière industrielle importante et d’une grande capacité de production permettant d’envisager plusieurs scenari de développement, d’extension de l’outil industriel et surtout l’intégration de nouvelles productions. 
 
    Présentant Jean-Francois Lemoux (Groupama, DG International)
    au Ministre des Finances, M. Rachid Kechiche
 La STIA offre aux opérateurs étrangers la possibilité de délocaliser le montage et le carrossage de véhicules industriels et autobus-autocars. Cette délocalisation leur permettrait à terme une amélioration de leur compétitivité (coût de la main d’œuvre moindre, proximité de l’Europe facilitant la réactivité…) et surtout le développement de nouveaux marchés, faisant du site une plaque tournante pour l’exportation sur l’Afrique.
 
En outre, en application de l’accord de libre-échange de la Tunisie avec l’Union Européenne et du démantèlement tarifaire en vigueur depuis le 1er janvier 2008, les produits de la STIA bénéficient d’une franchise totale des droits de douane à l’entrée à l’Union Européenne. Ce qui offre corrélativement à la STIA, un avantage concurrentiel important pour les opérateurs ciblant le marché européen.
 
Dernier argument et non des moindres, la décision des autorités d’accorder une impulsion industrielle additionnelle au repreneur sous forme de protection administrative de l'assemblage du CKD pick-up et des camions jusqu'à 3.5 T de PTAC pour une période minimale de cinq ans à partir de la date de la cession.
   
 Qui est Habib Karaouli ?
 
Habib Karaouli,55 ans, 30 ans d’expérience en matière d’investment banking, de private equity, de création d’entreprises, de formation et de promotion de l’emploi.
 
Président-Directeur Général de la Banque d’Affaires de Tunisie depuis 5 ans. Il a dirigé des opérations diverses en matière de conseil : restructuration financière, évaluation d’entreprises, études technico-économiques et montage de projets, cession d’entreprises et privatisation, rapprochement d’entreprises et partenariat, …
 
A été conseil des plus importantes opérations de privatisation et de cession de participations publiques en Tunisie : Banque du Sud, Société Nationale de Distribution de Pétrole, Tunisie Télécom, Groupe Magasin Général, Banque Franco-Tunisienne, Hôtel Abou Nawas, Banque Tuniso-Koweitienne, ouverture du capital de la Star pour le compte de Groupama, … qui ont rapporté plus de  3 milliards de $US.
 
Habib Karaouli est un des pionniers du capital investissement en Tunisie. Il a notamment participé à l’élaboration de la Loi sur le capital risque et dirigé plusieurs sociétés d’investissement (SODIS, SIDCO, SODEK) spécialisées dans le capital création et le développement régional. A été à l’origine et/ou accompagné la création et le développement et/ou mise à niveau de plusieurs dizaines de projets et d’entreprises dans divers secteurs. Il a également effectué plusieurs missions de consultation pour le compte de la Banque Mondiale notamment pour la mise en place du capital risque au Sénégal et dans la zone de l’UEMOA.
 
A été en 1994 expert de la Commission européenne à Tunis en matière de création d’entreprises.
 
Habib Karaouli a été ou est administrateur de plusieurs banques et sociétés et membre de divers conseils consultatifs notamment le conseil supérieur de la création d’entreprises et des projets innovants, membre des Conseils d’Administration de la Banque Tunisienne de Solidarité, de la Banque du Sud, de l ‘Agence Tunisienne de la Coopération Technique, de l’Agence Tunisienne de la Formation Professionnelle, du Conseil National de la Statistique, …
 
Habib Karaouli a dirigé l’Agence Tunisienne de l’Emploi pendant deux ans où il a notamment développé l’intervention des services en matière de création de petites entreprises, de formation à l’entrepreneurship et d’accompagnement des promoteurs.
 
DESS d’économie de l’Université de Paris I Panthéon Sorbonne, diplômé de prévision économique. Auteur de publications notamment sur la création d’entreprises et le capital risque en Tunisie.
 
Officier de l’Ordre de la République
Prix du « Financier de l’année 2007 » attribué par un jury indépendant du journal « L’Expert »
 

 

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